Confidentiel : Chronopost envisage d'ouvrir une marketplace de producteurs alimentaires locaux

Le transporteur pourrait profiter du lancement de son réseau frais en septembre pour ouvrir cet automne une place de marché de produits alimentaires frais et secs.

Selon nos informations, Chronopost envisage d'ouvrir une place de marché pour les petits producteurs de produits alimentaires. Prévue pour cet automne, elle a pour vocation de mettre en avant les productions très locales, qu'il s'agisse de produits secs ou frais. Et utiliserait le service de transport en froid positif (0 à 4°C) et en réfrigéré (-18°C) que l'expressiste lancera officiellement en septembre. L'ouverture de la marketplace n'est pas encore complètement actée mais le projet bien avancé, Chronopost ayant par exemple déjà contacté des producteurs.

Cette place de marché constituerait une initiative plutôt étonnante. Non seulement parce que cette catégorie de produits n'a jamais suscité l'engouement des cyberacheteurs, mais aussi parce que vendre en ligne n'a jamais été le métier de Chronopost. Bref : que diable irait-t-il faire dans cette galère ?

"Ce marché est encore microscopique en France, analyse Olivier Mathiot, PDG de Priceminister. Chez nous, les volumes demeurent très faibles, alors que nous essayons de suivre l'exemple de Rakuten qui pour sa part arrive à vendre en grande quantité des œufs, du poisson, de la pâtisserie…" Toutefois, le dirigeant note un frémissement venu de nouveaux acteurs : "Les box alimentaires s'installent dans le paysage, les services de livraison de repas aussi, et on voit émerger de l'achat groupé auprès de fermes et de coopératives." Donc les internautes s'intéressent bien à ce segment. "Et à un moment ou à un autre, l'e-commerce alimentaire va lui-aussi finir par décoller".

Rentabiliser le dernier kilomètre

Reste à savoir si Chronopost peut rendre son service rentable sur tout le territoire. Vu son activité première, le transporteur a sans doute prévu d'assurer le trajet complet des colis, du producteur jusqu'à l'acheteur. Or le dernier kilomètre reste un maillon difficile à rentabiliser, en particulier dans l'alimentaire frais qui exige une chaîne logistique adaptée. Raison pour laquelle les nouveaux services se concentrent généralement sur les centres-villes, plus denses. "Pour l'instant, à part dans l'alimentaire de luxe, entre les frais de stockage et de livraison, les marges sont trop faibles", constate Olivier Mathiot. Feu Madeleine Market n'a, par exemple, jamais résolu l'équation. Chronopost compte donc sûrement sur les flux apportés par les futurs clients de son réseau frais pour rentabiliser l'ensemble.

Si ces deux défis compliqués à relever ne finissent pas par éroder ses intentions, c'est peut-être parce que l'expressiste estime ne plus avoir le choix : il lui faut tout simplement se défendre, face aux bataillons de nouveaux acteurs de la livraison qui attaquent son pré-carré à grands coups de dents. Se positionner sur un maillon supplémentaire de la chaîne de valeur e-commerce, tout en attaquant un segment qu'aucun acteur ne maîtrise encore ? En théorie plutôt un bon pari. "Que Chronopost innove pour reprendre le dessus serait une très bonne idée", estime Olivier Mathiot. Quant à deviner si l'expressiste apparaîtra légitime aux yeux des consommateurs et des producteurs, l'interrogation demeure. Attention en tous cas au mélange des genres : les marchands devraient scruter de très près où Chronopost prendra ses marges…

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