OfferUp, l'app qui ringardise eBay et Craigslist

Avec son prisme hyperlocal et sa présentation à la Pinterest, l'application américaine d'achat-vente entre particuliers est en train de faire un carton.

Jusqu'ici, les Américains qui voulaient revendre un bien dont ils n'avaient plus l'usage le proposaient habituellement sur la marketplace d'eBay ou le site d'annonces de Craigslist. Aujourd'hui, ils se tournent massivement vers un service alternatif : OfferUp.

Lancée en octobre 2011 par deux jeunes pères qui cherchaient à revendre de façon simple des articles de puériculture, l'app-marketplace a démarré comme une fusée. Elle enregistrait déjà 3 milliards de dollars de ventes en 2015 et en vise 14 cette année. Elle emploie 80 personnes, dont 45 ont été recrutées en 2015. A ce jour, elle affiche 18 millions de téléchargements iOS et Android. La start-up a déjà levé un total de 93 millions de dollars auprès de grands noms du capital risque comme Andreessen Horowitz et Tiger Global, et sa valorisation dépasse le milliard de dollars. Et dans son rapport 2016 des tendances Internet, Mary Meeker remarque qu'à stade de développement comparable, OfferUp décolle plus vite encore qu'eBay à ses débuts.

Comparaison de la croissance du volume d'affaires d'eBay et d'Offerup depuis leur création © KPCB

Pourquoi cet engouement ? Parce que l'expérience d'achat-vente entre particuliers a été totalement repensée autour de deux partis pris : l'hyperlocal et l'hypervisuel. A la façon d'un flux Pinterest, l'app permet de naviguer parmi les photos des articles en vente aux alentours, d'afficher plus d'informations sur le produit et le vendeur, d'utiliser la messagerie interne au service pour lui faire une offre ou d'accepter le prix proposé. Au vendeur de décider à qui vendre parmi les personnes qui lui ont écrit.

Pour identifier les utilisateurs, OfferUp leur demande de scanner leur permis de conduire et de se connecter avec Facebook ou un autre réseau social. Acheteurs et vendeurs se notent les uns les autres et un service client est actif 24h sur 24 pour traiter les plaintes.

Après l'achat d'impulsion, la vente d'impulsion…

Côté vendeur, poster une annonce est particulièrement rapide. On prend une photo (ou plusieurs), on choisit une catégorie et un prix, on décide de partager l'article avec son cercle d'amis ou avec tous les utilisateurs, et le tour est joué. Plus rapide, donc, que les process de Craigslist ou eBay, des plateformes nettement moins pratiques pour les vendeurs que pour les acheteurs. La description du produit est par exemple optionnelle et l'annonce est publiée immédiatement, sans étape de validation par mail.

OfferUp, qui déclare transformer en vendeurs des gens qui ne se sont jamais embêtés à poster des annonces sur Craigslist ou eBay, estime donc pouvoir puiser dans un réservoir de vendeurs potentiels bien plus large que ses deux aînés. Et puisque poster une annonce prend moins d'une minute, les utilisateurs n'hésitent pas non plus à mettre en vente de nombreux articles.

Avec 20 milliards de pages vues par mois, Craigslist reste incontournable, affichant 380 millions de dollars de chiffre d'affaires et 300 de bénéfices grâce aux frais d'insertion sur les annonces d'emploi et d'immobilier. Mais son expérience utilisateur date d'un autre siècle et le mobile constitue un véritable talon d'Achille, puisqu'il ne dispose même pas d'une application. Son volume d'affaires, que certains estimaient à 6,5 milliards de dollars en 2015, ne peut donc pas compter sur ce canal pour assurer sa croissance. Les nouveaux entrants (comme OfferUp mais aussi VarageSale, 5miles, Close5, Letgo, Wallapop ou Wish Local) qui sauront adapter le concept aux consommateurs d'aujourd'hui devraient lui donner bien des cheveux blancs.

Des tests de paiement en ligne

A en juger par la progression du temps passé sur OfferUp par ses utilisateurs, passé de 13 minutes par jour en novembre 2014 à 25 minutes en juin 2015, la carte de la plateforme visuelle à la Pinterest, Wish et Origami est la bonne : consulter les flux d'articles devient une habitude quotidienne pour les utilisateurs de l'app, qui se laissent happer par les photos de produits comme ils l'auraient été sur Instagram.

Temps passé par jour sur les plateformes par leurs utilisateurs, en novembre 2014 et en juin 2015 © KPCB

Qui plus est, OfferUp est en train de prendre le tournant de la monétisation. Pour l'instant, comme sur Craigslist (ou LeBonCoin en France), la transaction se finalise en liquide lors d'un rendez-vous physique. La start-up ne monétise donc pas son service et ne prend ni commission ni frais d'insertion sur les annonces. Elle commence toutefois à tester le paiement électronique avec Stripe dans sa ville natale de Seattle. L'expérience demeure ancrée dans le monde physique : avant de valider la transaction, l'app demande à l'acheteur s'il se trouve avec le vendeur et a bien inspecté l'article, puis recommande au vendeur d'attendre la confirmation du transfert d'argent avant de donner l'article à l'acheteur. Mais les bases d'une source de revenus sont posées. S'attribuer une commission sur un volume aussi important de transactions a en effet de quoi susciter les appétits d'OfferUp comme de ses investisseurs.

 

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