Julien Parrou (ConcoursMania) Le secteur du jeu gratuit a pesé 235 millions d'euros en 2008

Alors que l'ouverture du marché français des jeux d'argent se prépare, certains acteurs des jeux et loteries gratuits veulent faire entendre leur différence et contribuer à faire connaître leur métier.

JDN. Vous venez de réaliser une étude sur le marché des jeux gratuits sur Internet. Pourquoi avoir réalisé cette étude ? 

Julien Parrou. A l'heure où tout le monde parle de l'ouverture du marché des jeux payants en France, il nous a semblé important de parler de son pendant, le marché des jeux gratuits sans obligation d'achat. Cette activité est encore peu connue. Pourtant, le marché est très dynamique: nous estimons que plus de 18 000 opérations ponctuelles de jeux concours ont été organisées en 2008. Notre objectif était donc de réaliser un état des lieux du secteur. 

 

Quel est le poids financier de ce secteur ? 

L'ensemble du secteur du jeu gratuit représente 235 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008. Plus de la moitié de ces revenus sont générés par les éditeurs de jeux, qui génèrent à eux seuls un chiffre d'affaires de 130 millions d'euros. Viennent ensuite les prestataires, qui réalisent ces jeux et représentent 28 % du secteur, les loteries gratuites et les "gamezones" comme Prizee.com qui représentent 14,5 % du marché. Enfin, les annuaires et les sites qui recensent les jeux gratuits représentent 2 % du secteur. Au total, le jeu gratuit emploie près de 850 personnes en France. 

 

Ce marché reste cependant petit à côté du potentiel des jeux d'argent en ligne ? 

C'est vrai. Le marché des jeux payant était estimé aux environs de 700 millions d'euros en 2008 et pourrait dépasser 1,5 milliards d'euros. Cependant, le marché des jeux gratuits est aussi en forte croissance. Par ailleurs, Nos estimations sous-evaluent volontairement la taille du marché des jeux gratuits puisque nous n'avons pas comptabilisé l'impact de ces opérations promotionnelles en termes de ventes pour les marques qui les utilisent. 

 

Pourquoi avoir attendu aujourd'hui pour dresser cet état des lieux ? 

Nous voulions faire le distinguo entre le marché du jeu payant sur Internet et celui du jeu gratuit alors que se prépare l'ouverture du marché des jeux payants en France. Il existe déjà un arsenal réglementaire qui régit très bien les jeux gratuits sur Internet. La loi de 1836, la même qui a organisé jusqu'à présent le monopole des jeux d'argent, est à mon avis suffisante pour les jeux sans obligation d'achat. Elle a justement permis le développement de jeux gratuits, qui reste encore une spécificité française en Europe, bien que les acteurs français exportent aujourd'hui leur savoir-faire dans l'ensemble de l'Union européenne. 

 

Vous ne souhaitez pas que les jeux gratuits soient assimilés aux jeux d'argent ? 

Je pense que la convergence entre le secteur des jeux gratuit et celui des jeux payant est inéluctable. En attendant, nous ne devons pas être traités comme les opérateurs de paris. Parler de jeux en ligne pour désigner les jeux d'argent, c'est oublier qu'il existe tout un ensemble de professionnels du jeu qui n'ont pas les mêmes problématiques, à commencer par la légalité de leur activité. D'ici le 1er janvier 2010, les opérateurs de paris resteront illégaux en France, alors que les jeux sans obligation d'achat sont, eux, tout à fait légaux. Il me semble étonnant que les acteurs du secteur ne se soient pas encore regroupés pour défendre leurs spécificités et leurs intérêts. 

 

Envisagez-vous de le faire ? 

Oui, nous voulons rassembler les professionnels du secteur. Ce groupement pourrait prendre la forme d'un syndicat professionnel qui rassemblerait l'ensemble des acteurs qui ont des problématiques communes. J'en ai déjà discuté avec le fondateur de Prizee, Tristan Colombet, qui est partant. Mais ce souhait ne se réalisera que si l'ensemble des acteurs du marché du jeu gratuit y voit un intérêt et se rassemble. 

 

"Nous n'avons pas été associés aux débats sur la LCEN"

Que pourrait apporter ce syndicat professionnel du jeu gratuit ? 

En dehors de l'ouverture du marché des jeux d'argent, nous avons beaucoup à apporter sur l'ensemble du dispositif réglementaire qui encadre les jeux, notamment en favorisant la diffusion de bonnes pratiques en matière de droit de la consommation, de la publicité ou sur des questions qui interpellent les internautes, comme l'usage des informations les concernant. Pourtant, les acteurs du jeu gratuit n'ont pas été associés à l'élaboration de la loi pour la confiance dans l'Economie numérique (LCEN adoptée en 2004, nrdlr), faute d'être représentés par un interlocuteur visible et légitime. Jusqu'à présent, la France a su favoriser le développement de notre secteur. Elle doit en préserver la créativité et le dynamisme. 

 

La récente décision de Médiamétrie d'exclure de sa mesure d'audience le trafic apporté par certaines loteries vous pousse-t-elle à vous organiser pour défendre votre activité ? 

Médiamétrie a annoncé que les clics forcés, nécessaires pour valider certaines loteries ne seraient plus comptabilisés dans la mesure d'audience. Cette décision était souhaitable et va permettre d'assainir les pratiques des éditeurs. Il serait en revanche dangereux d'exclure de la mesure d'audience le trafic généré par l'ensemble des loteries et des jeux gratuits, comme certains le réclament. Dans ce cas, autant en exclure aussi toute forme de publicité. Cette polémique est justement emblématique du manque de connaissance de notre activité. Si nous disposions d'un syndicat, nous pourrions échanger sur ce point avec Médiamétrie. 

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