Noms de domaine en .EU : quel avenir pour cette extension ?

Un an et demi après le lancement du .eu, combien de noms de domaine ont été déposés sous cette extension ? Qui sont les dépositaires et à quoi servent ces noms de domaine ? Les principaux chiffres sur la septième extension mondiale.

Le succès de la zone EU en termes d'enregistrement est incontesté. L'objectif fixé par la Commission en 2002 est de "faciliter l'utilisation des réseaux Internet et du marché virtuel fondé sur l'Internet" et "d'accroître la visibilité du marché intérieur sur le marché virtuel fondé sur l'Internet". Après une année d'existence, quel est l'avenir de la zone qui identifie l'entité politique qui réunit la troisième population au monde, après la Chine et l'Inde ?

Les statistiques d'Eurid pour 2006

L'Eurid, le registre en charge de la zone EU, aborde cette question dans son rapport annuel pour 2006. Il rappelle que, comme pour toutes les zones de nommage, il existe toujours un nombre d'enregistrements dits de protection qui ne sont pas destinés à un usage. L'analyse est faite à partir de données statistiques.

En janvier 2007, 70,8 % des enregistrements donnaient accès à un site Web, dont 21,7 % sont automatiquement reroutés vers d'autres sites, à une autre adresse, tandis que 66,5 % des noms de domaine en .EU sont utilisés comme adresse électronique. Seuls 21,2 % des enregistrements ne font l'objet d'aucun usage, que ce soit pour donner accès à un site ou comme adresse électronique.

Les entreprises présentes sur la zone EU

Plusieurs grandes entreprises françaises exploitent leur nom de domaine en .EU : Air France, Carrefour, Dior, Yves Saint Laurent; Peugeot. Pour les entreprises des autres pays de l'Union européenne, peuvent être cités BMW, Milka, Versace, Dolce & Gabanna et pour le reste du monde Lexus et Levi Strauss.

Parmi ces exemples, ceux du japonais Toyota et de l'américain Levi Strauss sont remarquables. Le site accessible à partir du nom de domaine "lexus.eu" donne accès à une page d'accueil qui propose des liens vers les sites de 30 pays, soit les 27 pays de l'UE, plus la Norvège, la Russie et la Suisse. Un autre lien donne accès à un site européen à l'adresse "lexus-europe.com" qui a été enregistré par Toyota Motors Europe dès le 19 juin 1996. Toyota a clairement construit, avant l'heure du Web européen, sa communication européenne sur le Web, en enregistrant également, à titre d'exemples, "lexus-europe.biz" le 19 novembre 2001, "lexus-europe.info" le 6 août 2001, "toyota-europe.com" le 19 juin 1996.

L'exemple américain de Levi Strauss suit en partie la même logique : le nom de domaine "levi.eu " reroute un site à l'adresse eu-levi.com. La différence est que, selon son extrait Whois, "eu-levi.com" a été enregistré récemment, le 13 mars 2006. La stratégie de Levi Strauss associe donc la présence sur la zone EU à une identification européenne sur le .com. Le site européen est disponible en anglais, français, allemand, italien, espagnol, polonais et russe. Il se distingue du site accessible à partir du nom de domaine "levi.com" qui est clairement mondial et est organisé par continent.

Les enjeux techniques économiques et juridiques

Les enjeux sont importants, que ce soit d'un point de vue technique, pour que la zone EU existe sur le Web, d'un point de vue économique pour que la présence sur cette zone génère de réels courants d'affaires et enfin d'un point de vue juridique. Ce dernier aspect ne doit pas être oublié. Même si le statut juridique du nom de domaine n'est pas unifié en Europe, le nom de domaine est dans de nombreux pays protégé dès lors qu'il est utilisé.

Seul son usage permet donc d'acquérir au niveau communautaire une protection ou de renforcer une protection existante, par exemple une protection par des enregistrements de marque.

La zone EU : une nouvelle frontière

La mise en place d'une politique de communication spécifique à l'Europe est la nouvelle étape à franchir. Elle va bien entendu nécessiter des moyens nouveaux et en particulier des moyens humains. Les entreprises au sein desquelles les services marketing, informatique et juridique coopèrent seront favorisées pour mettre en place et développer une présence efficace sur la zone EU, en parallèle avec une présence sur les zones nationales et sur le .com dont la suprématie, il est vrai, demeure.

Cette suprématie ne doit pas conduire à négliger la zone EU, car la tendance est à la régionalisation et à la spécialisation du Web, afin de mieux cibler et de rendre plus efficace la communication et la présence sur le Web (lire "Le .eu exemple de la régionalisation du Web" Marie-Emmanuelle Haas du 21 avril 2006). Le web est un formidable outil de développement à aborder selon une logique d'investissement et d'ouverture.

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