Jeux d’argent en ligne : six mois après, pari tenu

Depuis l'ouverture du marché des jeux d'argent en ligne dans l’Hexagone, le bilan est positif : la croissance du secteur est rapide et continue, malgré les contraintes fiscales. Comment ce marché va-t-il évoluer et se structurer ?

Avec près de 500.000 joueurs français en ligne chaque semaine et 500 millions d'euros misés par les parieurs hippiques et sportifs depuis l'ouverture du marché en juin dernier, le segment des jeux d'argent en ligne a prouvé sa solidité et s'est transformé d'un obscur et insaisissable secteur « gris » en un véritable marché. La création d'emplois et de richesse pour les entreprises et l'Etat est un reflet palpable de cette mutation. En outre, l'ouverture du marché a attiré de très nombreux joueurs qui jusqu'ici ne souhaitaient pas franchir le pas. L'ARJEL annonce plus de 2,5 millions de comptes ouverts chez les opérateurs légaux en seulement 6 mois !

De nombreuses évolutions restent à venir avant que l'on puisse parler de véritable maturité de ce secteur. Plusieurs poids lourds du secteur européen dont le CA atteint des milliards d'euros ne sont pas encore arrivés sur le marché français. Je pense notamment à Unibet, Intralot (Grèce) et SNAI (Italie). Certains mouvements de concentration entre acteurs du marché sont à prévoir en 2011 et 2012. L'annonce de la fusion entre Bwin, leader européen des paris sportifs, et PartyPoker, 3ème acteur mondial du poker en ligne ne fait qu'illustrer ces changements à court terme.

Enfin
, le processus d'ouverture du marché pourrait s'étendre dans les années qui viennent non seulement à de nouveaux jeux sur Internet (sans doute le casino et le bingo) mais également aux jeux dits « en dur ». Ces évolutions seraient de nature à modifier profondément la taille du marché des jeux d'argent. Ces derniers pourraient ainsi, à l'image du marché anglais et du marché italien ouverts il y a 3 ans, atteindre plusieurs milliards d'euros annuels.

Fiscalité française, frein au développement ou rampe de lancement pour de nouveaux acteurs ?

La fiscalité française, plus lourde que celle de l'Angleterre ou de l'Italie revues à la baisse récemment après deux années pleines d'ouverture, impacte les opérateurs qui annoncent peiner à être profitables, notamment sur les paris sportifs. Ils s'en sortent cependant bien mieux sur le poker.

S'il est vrai que la fiscalité limite le taux de retour au joueur (fixé à 85% en France alors qu'il peut être à 95% dans certains pays)
, et que les plus gros opérateurs se plaignent de la limitation de l'effet de concurrence qu'il engendre, elle ne semble pas suffisamment contraignante pour limiter les candidatures de nouveaux opérateurs. Plus d'une trentaine de licences ont été accordées par l'ARJEL, et une dizaine de candidats supplémentaires sont déjà en train de préparer leur arrivée en France.

Des perspectives de développement encourageantes
Selon toutes les études récentes, la France devrait être le deuxième plus gros marché européen derrière l'Angleterre dans les cinq prochaines années et dépasser les 3 milliards d'euros contre moins d'1 milliard aujourd'hui. La spécificité de la France réside probablement dans la présence de deux opérateurs géants, FDJ et PMU, qui ont largement participé à évangéliser le jeu auprès de la plupart des Français du temps de leur monopole. La France est ainsi le deuxième plus grand pays au monde pour le Turf derrière le Japon et compte 30 millions de joueurs (offline et online), tous jeux d'argent confondus.

Evolution des comportements des joueurs
Si les mises sont réduites (quelques euros) mais régulières (une à cinq par semaine) pour les paris sportifs et le turf, un nombre croissant de joueurs tend à tester plusieurs opérateurs. Depuis le mois d'octobre, nous observons sur RueDesJoueurs.com un intérêt croissant des parieurs (sportifs et hippiques) pour le poker. Les frontières entre les types de jeux sont de plus en plus poreuses.

Après le pic lié à la Coupe du Monde, les mises semblent s'être stabilisées autour de 8 à 10 euro en moyenne, contrairement aux sommes jouées sur les rooms de poker en ligne qui s'accroissent chaque mois, au fur et à mesure que les joueurs s'initient aux subtilités des tables. La grande évolution sur les paris sportifs est le poids croissant des mises en live, c'est à dire pendant le déroulement du match. De moins de 25% à l'ouverture du marché, elles tendent aujourd'hui vers 40 à 50% selon les opérateurs. A en croire les témoignages de nos visiteurs et internautes, nous ne serions pas surpris que la part du live betting frôle les 65% d'ici 2012.

L'émergence de nouveaux profils
Si les férus de paris sportifs restent encore majoritairement des hommes de 25/40 ans, l'ouverture a permis à de nouveaux types de joueurs d'émerger. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s'intéresser au poker, et il est possible que d'ici la fin 2011, elles représentent près de 40% des joueurs sur les rooms de poker en ligne. Les femmes, à la surprise générale, sont également très présentes sur le turf, conséquence probable des excellentes et massives campagnes publicitaires orchestrées par le PMU en 2010.

Enfin, si les jeunes adultes s'intéressent particulièrement au poker, jeu social par excellence, l'arrivée des joueurs seniors, dont nous constatons une présence de plus en plus forte sur nos sites, devrait également être la grande tendance de ces prochaines années, notamment sur les paris sportifs.

Autour du même sujet