L'open source mobile et le jeu des acteurs

L'open source mobile est en pleine explosion et nécessite de développer de nouveaux liens de gouvernance entre les acteurs de l'éco-systèmes.

Issu du monde du logiciel et de l'Internet traditionnel, l'Open Source est défini par quatre droits fondamentaux permettant, d'accéder au Code Source, de le modifier, de le distribuer et d'y contribuer. L'industrie du mobile s'est toujours montrée très enthousiaste concernant cette "ouverture" en général et l'Open Source en particulier. Un nombre conséquent d'acteurs de l'industrie du mobile et de consortiums ont ainsi tenté d'embrasser la cause de l'Open Source, que ce soit la LiMo Foundation, l'Open Handset Alliance Android de Google, la Symbian Foundation, Nokia avec Qt, le tandem Intel et Nokia avec Meego, WebKit, et autres GTK. Ainsi Les opérateurs se sont tous lancés dans une course à la différentiation, notamment avec la plateforme "Open Source" Android qui propose une différentiation... low cost : pour les opérateurs mobiles Tier-1 qui disposent d'une stratégie software, Android constitue le moyen idéal pour abaisser le cout de delivery des smartphones (Orange Boston en est un exemple). C'est la raison pour laquelle les terminaux Android sont souvent proposés par un binôme équipementier / operateur basé sur des engagements de volume. Android permet aux OEM de réduire leurs dépenses R&D afin de focaliser leurs forces à la bataille de la différentiation, dans un terminal Android, la majorité du budget OEM étant alloué à celle-ci. Toutefois, si les licences Open Source permettent de contrôler le software et le code source, il reste que le code source et les produits constituent deux éléments bien distincts. Par exemple, un membre peut avoir accès au code source de la Symbian Foundation, mais qui décide d'incorporer les contributions et les changements au Symbian OS ? En termes de projet OSS, il existe ainsi un ensemble de questions à se poser afin d'identifier ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, mais aussi afin d'identifier le mode de fonctionnement de ces projets, leur gouvernance. L'Open Source Software mobile (MOSS) doit s'analyser à l'aune de deux types d'écosystèmes qui régissent le champ des possibles. Tout d'abord, "l'avant lancement" (Pre-Load) qui comprend les OEM, les opérateurs et leurs centaines de fournisseurs software, ces-derniers s'occupant de mettre sur le marché, de promouvoir et de prendre en charge les terminaux. Ensuite, "l'après lancement" (Post-Load) qui comprend les développeurs software qui peuvent utiliser le code source et le SDK afin de proposer des applications et/ou des services disponibles après la commercialisation du terminal. Le point de démarcation entre les deux écosystèmes est le Loading Point, qui constitue le moment où l'image software du terminal est figée. Selon l'écosystème considéré, une plate-forme est plus ou moins fermée. Ainsi Apple avec son iPhone est complètement fermé en Pre-Load et fermé pour le Post-Load. Android est fermé en ce qui concerne l'écosystème Pre-Load alors que son écosystème Post-Load, est l'un des plus, sinon le plus ouvert. Par  gouvernance on entend l'influence qu'a un acteur sur le produit Open Source. Il existe d'un coté, des communautés autonomes où des leaders d'opinion influencent la direction en termes de produit (comme Linux), alors que d'un autre coté il existe des communautés autour d'un seul acteur qui détermine la roadmap produit. Il convient donc de ne pas regarder les seules licences mais aussi d'étudier les modes de gouvernance associés. D'une part, les licences Open Source couvrent le contrôle du code source. Celles-ci sont bien diffusées, et comprises. D'autre part, les modes de gouvernance, régissent le contrôle du produit, sont propriétaires, peu diffusés et compris. De fait le mode de gouvernance d'Android est un ensemble élaboré de points de contrôle qui permettent à Google de composer ses propres services sur les terminaux Android, mais aussi de contrôler très précisément le software et le hardware des terminaux... ce qui n'empêche pas la firme de clamer l'ouverture de sa plate-forme Android, ou plutôt du SDK basé sur la licence Apache. Google a défini un système de contrôle très sophistiqué qui lui permet de présider aux destinées des services, du software et du hardware présents sur les terminaux Android. Plusieurs exemples illustrent cette assertion : les codelines sont accessibles uniquement aux OEM de Google  qui est la seule autorité susceptible d'accepter ou de rejeter une contribution à la communauté Android ; l'Open Handset Alliance interdit de commercialiser des terminaux qui n'ont pas été testés et approuvés par Google (Exemple du  Motorola Droid X amputé des services de Skyhook Wireless, concurrent de Google, afin de passer les dits tests) ; les applications comme Android Market, Gmail et autres Gtalk ne sont pas présentes dans le SDK et font l'objet d'un accord commercial séparé et obligatoire. Google joue donc sur les deux tableaux : l'Open Source, afin de créer un intérêt pour sa plate-forme et un mode commercial très strict afin de contrôler la plate-forme. Android constitue la mise en oeuvre la plus élaborée de l'Open Source à des fins commerciales. Android et Google, ne sont pas plus ouverts (ou moins fermés) que Symbian, Apple iOS, WebOS ou LiMo (Linux Mobile) : la notion de plate-forme ouverte/fermée restant toute relative. Somme toute, le discriminant n'est pas le caractère Open Source d'une plate-forme mais bien le niveau de contrôle de celle-ci ainsi que la manière de présider à sa destinée, c'est-à-dire le mode de gouvernance. Jean-Michel Huet, Directeur Associé BearingPoint
Tariq Ashraf, Manager BearingPoint

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