La République 5.1 ou la démocratie parlementaire participative sur Internet

Les gouvernements réforment peu et ne séduisent plus, nous allons à coup sûr dans le mur si le rejet de nos dirigeants continue à croître. Comment construire une démocratie participative en ligne, en douceur tout en maîtrisant les risques ?

Fondamentalement, l’humain est de gauche de cœur, de droite de devoir, ou l’inverse; écologiste de nature et spirituel universellement. Internet est l’outil idéal de la désintermédiation, l’industrie et le commerce l’on adopté mais pas encore la politique.

L’école de la cité, un nouveau contre-pouvoir en ligne
Une chambre parlementaire participative en ligne serait tout simplement une autre école de la vie. Une école qui nous permettra à tous d’être force de proposition et de votation parlementaire. Une école sur Internet qui donnera le droit de vote sur les sujets de la cité une fois leurs compétences acquises puis mises à jour.
Une formation et une certification citoyenne sur tous les sujets politiques que l’on prend le temps d’apprendre et que l’on domine.

Voici les objets que traitera cette école :

  1. une formation exhaustive aux sujets, aux dossiers politiques et à la pratique règlementaire ;

  2. un testeur garant des compétences acquises sur le moment et sur la durée ;

  3. un lieu de débat dynamique permettant des rencontres ;

  4. un département juridique de connaissance mais aussi de protection du règlement de l’école ;

  5. une interface entre les dossiers en cours et les propositions des citoyens habilités dans leur spécialité ;

  6. une présence d’un cadre équilibré pour les lobby’s et les spécialistes indépendants ;

  7. un espace d’investissement financier et de suivi sur des projets publics, pour les citoyens « gros imposés », ou « évadés fiscaux » ;

  8. un outil de vote ultra-sécurisé qui permet à tous de contrôler la validité et l’origine des votes.


Si cette chambre était intégrée au Sénat nous resterions bicaméristes ; ce qui pourrait répondre à bien des questions sur l’avenir du Palais du Luxembourg tout en le renforçant.
Il ne s’agit d’une approche sans idéologie républicaine et laïque et donc qui respecte les religions.
Un projet qui compte avec l’entreprise, ses salariés et ses entrepreneurs, les chômeurs.
Qui interroge la signification de la « carrière » en politique mais qui s’assure que femmes et hommes dont la profession est d’incarner les intérêts de l’état reste essentielle.


Nous, les « écoliers » serions parfois compétents en entrepreneuriat, parfois en prévention et gestion de la sécurité, voire, en travail associatif, en médecine, en droit du travail, en tourisme, il y a des milliers des sujets de compétences. Cette chambre permettra d’aller plus vite, de faciliter les audits, les propositions, les débats, les expérimentations et les choix.


En gros, elle diminuera la névrose du système !
L’école de la cité ouvrira la certitude d’une souveraineté au plus grand nombre. Ne serait-ce pas à l’honneur de notre France fébrile mais encore exemple du monde, de construire cet outil participatif et pourquoi pas de le répandre ?

Un état des lieux intéressant
De droite, de gauche ou d’ailleurs, oligarques, politiciens, lobbystes, consommateurs, sans travail, nous sommes tous responsables de l’état de notre société; tant l’idée d’améliorer notre système nous semble impossible.
Ce ressenti d’institutions immuables, la certitude que partis, syndicats ne sont pas assez représentatifs et que la finance règne trop, est le symptôme des bâtons persistants dans la roue que nous poussons tous.


Navrés par le spectacle de la chasse permanente à l’élection, la réélection, et à leurs dérives collatérales du coté des affaires,  nous déprimons, et moi le premier car le discours d’espoir de nos dirigeants reste improbable.
Même si nous avons tous fait pour le mieux ou comme nous le pouvions à ce jour, il me semble que désormais, la réduction des dogmes de notre démocratie pourrait séduire.

Comment fluidifier cette paralysie pose tout d’abord cette question : Peut-on mettre à jour notre système démocratique ? Oui, il y a déjà eu plusieurs versions de République. La démocratie peut-elle être reprogrammée comme un système d’exploitation, éditer une République démocratique 5.1 ?


Nous avons la chance de vivre dans un environnement bien documenté; ce qui est un préalable fondamental à la compréhension de l’architecture et à amélioration d’un logiciel.
Et puis il y a Internet.
Ce n’est pas un outil pour construire un monde idéal, mais à coup sûr un lieu de formation, de débat et de vote dont l’efficacité n’est plus à démontrer.

Le Club-Sénat
Au début des années 2000 et pendant quatre années de ma vie associative, j’ai participé en tant qu’expert e-business au Club-Sénat, présidé par Christian Poncelet, le Président du Sénat, sous l’initiative Jacques Chirac et l’un de ses conseiller, Xavier Schällebaum. Puis l’ai dirigé en tant que Vice Président délégué pendant deux ans.
La plupart des Sénateurs et autres politiciens que j’ai rencontrés étaient des femmes et des hommes remplis de qualités mais peu qualifiés sur les TIC (Technologies de l’information et des communications) et peu utilisateurs des outils en ligne. En général, les Sénateurs étaient peu au courant des dossiers et des enjeux des TIC.


Le Club-Sénat, était un groupe ouvert et/ou coopté de spécialistes des nouvelles technologies; et en particulier d’Internet. Il y avait pourtant le Sénateur Philippe Adnot, qui connaissait très bien son sujet. Alex Türk, futur Président de la CNIL et Henri Sellier, ex-Sénateur de l’Aveyron, le Directeur de cabinet Alain Méar, l’administrateur David Alphand, nous ont autant appris qu’ils nous ont formés.


Un soir de débat, le Sénateur Sellier vint me trouver pour me tenir ces propos :

- « Ce serait bien qu’un groupe de personnes compétentes dans leur domaine comme Club-Sénat puisse devenir une troisième chambre ».
Je ne le pris pas au sérieux, mais depuis 10 ans, une pensée me dévore.
Henri Sellier valide presque la représentation que je me fais d’une démocratie plus ouverte. Une cité dans laquelle les citoyens augmentent leur participation peu à peu avec l’aide des politiciens, des administrations et des oligarques qui le veulent.


C’est l’assurance de multitude d’idées, de propositions, de réduction des coûts, des dossiers d’application réglementaires respectées ou réétudiés plus vite, pas comme en Suisse, ni en France pour l’instant. Si comme le Sénateur Sellier, un politicien était presque convaincu il y a dix ans, il me semble que nous sommes « time to market », Le bon marché au bon moment, en français; et en particulier pour que ce sujet soit un gros morceau de la présidentielle 2017.

Les GAFA’S
Le rôle des réseaux sociaux dans les printemps Arabes a orienté les manifestants avec une efficacité redoutable en rassemblant des centaines de milliers de personnes. En Tunisie, 39% des citoyens avaient accès à Internet en 2011.


Ils ont fait parler de FaceBook, Tweeter et Youtube mais en échange, ces derniers les ont légèrement oublié. Compte tenu de la difficulté de la situation dans ces pays où la population s’accroche toujours en souffrant; nous sommes très loin de l’existence du bon outil. Depuis les Printemps Arabes, la démocratie participative est inhérente à nos sociétés. Mais je suis sûr que ce n’est pas aux GAFA’S (Google, Apple, Facebook, Amazon et bien d’autres nouveaux venus) de gérer la cité.

Le souci des GAFA’S est multiple, au moins triple
Premièrement, ce sont toutes des organisations qui sont dans une dynamique de fuite en avant face la pression technologique, d’usage et de finance. Croître à tout prix, faire exploser les cours ou « faire cracher la boîte » (les dividendes) est consubstantiel.

Bref, la garantie de riches plus riches et de pauvres plus pauvres. La négation du droit à l’oubli sur FaceBook et Tweeter, l’enfermement vers l’environnement d’une marque que propose Apple en sont les attributs.


Deuxièmement, on ne connait pas les intérêts suprêmes des propriétaires de ces énormes structures. Nombreux des patrons des GAFA’s sont transhumanistes et ne rêvent que de vivre éternellement dans les bits de l’informatique en oubliant le prérequis de la conscience pour penser.


Enfin, les GAFA’s ont à coup sûr dans les cartons des projets de gestion de la démocratie en ligne; sans doute avec des algorithmes d’intelligence artificielle reposant sur des probabilités, comme les banques.


Comment un cartel de « World Company’s » pourrait gérer la cité de manière responsable ? C’est pourquoi l’ école de la cité , cet instrument en ligne qui appartiendra à tous, se doit d’être étatique et/ou international.


Obama à promis de céder la tutelle américaine de l’Icann, le gestionnaire des noms de domaine et des numéros IP (société californienne sans actionnaire ni assemblée générale, et où le Département du Commerce dispose d’un droit de veto (Brousseau, 2001), pour fin septembre 2015. On dirait qu’il est en retard.

Pourquoi ça peut marcher ?

Parce que Wikipédia fonctionne, sa gouvernance possède une expérience désormais historique de sa régulation. Parce que les Lobbies devront s’ouvrir à plus d’objectivité et de transparence pour mieux se faire entendre.


La plupart des politiciens de carrière traitent les questions techniques sans penser aux idéologies de droite ou de gauche, seules leurs postures les identifient généralement. Ce personnel politique dévoué, travailleur mais trop communicant n’a pas forcément plus de supériorité cognitive et de connaissances spécifiques que la plupart des citoyens.


Par exemple, un guichetier de banque a une meilleure connaissance de sa clientèle qu’un Parlementaire. Un éboueur connaît les dangers de son métier ou ceux que son activité pourraient poser à la cité de manière pratique. Pour un policier, un pompier, un employé du monde de la santé, n’en parlons pas.


Un oligarque ou un rentier qui a exilé son argent, principalement parce qu’il pense que l’usage qu’en fait la puissance publique est mauvaise, pourrait bien plus s’impliquer et investir dans la nation, ses qualités seraient reconnues, sa parole écoutée, il pourrait accompagner et suivre des projets.


Nos générations sont depuis des centaines d’années de mieux en mieux armées pour l’apprentissage; les TIC sont devenus les premiers outils de communication et s’offrent le luxe de s’améliorer en permanence dans l’expérience de la formation.


L’exemple de l’« école42 », mais aussi de nombreuses formations efficaces dans tous les domaines, nous crèvent les yeux.

Comment l’école fonctionnera t-elle ?

Le citoyen devra prouver son identité et être visible avec son propre nom pour garantir et vérifier l’existence de son vote. Puis il choisira un ou plusieurs sujets d’intérêts d’apprentissage. Lire, regarder des vidéos, poser des questions sur des forums, s’intéresser à la contradiction, passer un examen mais aussi se tenir au courant des évolutions pour garder son ou ses droits à voter.
Et surtout, pour réussir ce projet, il y a l’usage !
Depuis presque 30 années que je pratique le monde du Minitel, puis de l’Internet, je remarque que seul l’usage, l’utilisabilité et le nombre d’utilisateurs fait valeur.


L’atteinte d’une masse critique d’utilisateurs diluera le poids des Lobbies, le but n’étant certainement pas de les supprimer, mais de connaître les enjeux qu’ils représentent. Ce que Wikipédia nomme « les dossiers pompiers » devra être une inspiration mais il faudra innover pour adapter aux règles de l’école.


Les Lobbies sont parfois lamentables mais pourtant indispensables. Par exemple, la bataille contre des normes abusives ou pour certains sauts technologiques est légitime. Ils sont aussi témoins de sentiments d’injustice et participent souvent à l’amélioration des réformes.


Certains Lobbies, forcément diluées tenterons peut-être d’acheter des votes mais seront punis sévèrement s’ils sont pris. L’école aidera à les détecter via ses historiques.


Les oligarques souhaiteront conserver leurs prés-carrés, il sont très riches, et alors ! Ils sont souvent pragmatiques, ingénieux, responsables, ont des enfants et des petits enfants qu’ils ne veulent pas voire vivre dans un monde abîmé.


Ceux que Monsieur Balladur appelait les « noyaux durs de l’économie » ont une grande inertie qui participe à la stabilité de l’économie et des capacités d’investir à long terme pour le bien de tous. Si le projet atteint 100.000 usagers, il sera bien parti; à 1 million d’« écoliers » qui votent, ce sera du sérieux.


Si l’usage d’un service de démocratie participative se répand, nous pourrions faire des économies mais surtout apporter aux usagers de la facilité d’utilisation par une claire représentation des enjeux des réformes.


Ce projet induira sans doute à terme une baisse de personnel politique. Je ne juge pas l’addiction au pouvoir. En revanche, je suis persuadé qu’elle peut se compenser par plus de participation, d’échanges, de fraternité, d’altruisme, de reconnaissance, de tendresse.


Il y a sans doute des domaines régaliens, telles que les services secrets, des aspects de la défense qui pourraient paraître ne pas être compatibles avec cette « République Démocratique 5.1 ».


Cette école de la cité, comme toute école, me semble devoir savoir apprendre pour évoluer. Ses valeurs internes seraient celles de notre République, la technologie de l’information, et particulièrement de la sécurité des données des citoyens. Une sécurité qui pourrait s’adapter le jour venu aux exigences du secret défense.


Ses valeurs externes seraient l’appartenance à sa commune, à sa région, à la France, et pourquoi pas à l’Europe qui cherche sa voie ; les valeurs de la connaissance, de la critique, de l’implication, de la reconnaissance, de la fierté, de la souveraineté, du débat, de la satisfaction de ses choix.


Enfin l’école devra aborder la condition humaine, et en particulier l’égo, pour aider chacun de nous à mieux le maîtriser, pour que celui ci nous dépasse le moins possible lors de nos choix.


Quant-aux 5 à 20 % de non utilisateurs d’internet ou « d’illettrés » suivant les âges et les milieux, il est possible de les accompagner dans les lieux publics du numérique, et comme tous de voter dans les médiathèques.


Antoine Emmanuel Cahen

antoine412@free.fr

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