Bernard-Louis Roques (Truffle Capital) "La réforme des jeunes entreprises innovantes ne va pas dans le bon sens"

Truffle Capital a fait partie en 2010 des fonds d'investissement les plus actifs en France. Son associé co-fondateur revient sur sa stratégie et donne son avis sur le capital-risque en France.

JDN. Vous organisiez la semaine dernière le "Truffle Exchange", pour présenter des entreprises cotées dans lesquelles votre fonds avait investi. Pourquoi cette mise en avant de sociétés déjà mûres ?

Bernard-Louis Roques. Ces sociétés ont passé une étape, c'est vrai. Elles ne sont plus des start-up. Mais leur route reste encore longue. Même si elles sont aujourd'hui cotées sur Alternext, elles ont tout à faire. Avec cette manifestation, nous voulions mettre en valeur ces sociétés innovantes, dont nous possédons généralement entre 20 et 60 % du capital.


Beaucoup d'entrepreneurs regrettent la frilosité des investisseurs, en particulier dans les premières étapes de la vie d'une société. Truffle Capital est spécialisé dans les gros montants. Vous sentez-vous visés ?

Le marché du capital-risque a tendance à aller de plus en plus vers des sociétés mûres, par peur du risque. C'est un segment où nous sommes effectivement bien présents, puisque nous sommes spécialisés dans les spin-off, issus généralement de groupes, d'universités ou de laboratoires. Nous investissons le plus souvent entre 2 et 10 millions d'euros par société.

Mais nous allons en réalité à contre-courant de cette tendance, en multipliant les opérations en amont, en particuliers dans la santé, l'énergie, et certains domaines d'Internet et du mobile. Je peux citer Booster Media, une société hollandaise qui développe des jeux accessibles sur le Web mobile. Autre exemple, Lead Media, une plateforme d'affiliation que nous avons sortie de NetBooster et redressée. Nous y avons ensuite réinvesti 100 000 euros, puis 1 million d'euros, puis fait un tour de 2 millions d'euros. Désormais la société fait des acquisitions au Brésil et vise 25 millions d'euros de chiffre d'affaires. Dans le capital-risque, il faut savoir prendre des risques. C'est notre métier.


Truffle Capital s'est montré très actif en 2010, selon l'indicateur annuel Chausson Finance. Pourquoi se regain d'activité ?

La technologie arrive à un stade où beaucoup de ruptures se produisent. Ces ruptures technologiques représentent autant d'opportunités. Nous entrons dans une période de véritable ébullition, qui s'accompagne d'une vague importante de nouveaux entrepreneurs. Le capital-risque doit s'y adapter. Malheureusement en France, on n'a pas réalisé le rôle social des entrepreneurs et leur rôle dans l'économie. On continue d'être spécialisé dans des sociétés industrielles. Par ailleurs, la réforme des jeunes entreprises innovantes et du crédit impôt recherche ne vont pas dans le bon sens. Une solution qui me semble évidente pour changer la donne serait de faire un "Small Business Act" à la française, qui réserverait une partie des appels d'offres publics aux PME.

 

Avant de créer Truffle Capital, Bernard Louis Roques était associé fondateur d'ABN Amro Capital Finance. Il est diplômé de l'Essec et du MIT aux Etats-Unis. Par ailleurs, il est éditeur du "Truffle 100", un classement des 100 meilleurs éditeurs de logiciels en Europe. Il est membre du conseil d?administration de Netbooster, Phone Systems, Deny-All, Equitime, MoMac, PeopleCube et GoAdv.

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