Alexandre Dreyfus (Chiligaming.com) Les acteurs du jeu attendent un signe du gouvernement pour investir en France

Chiligaming.com, éditeur de Chilipoker, s'apprête à lancer Chilibet, un site de paris sportifs pour profiter de l'ouverture du secteur en France. Son fondateur évoque les enjeux de cette ouverture.

Le gouvernement pourrait n'autoriser que les entreprises disposant de casinos en France à profiter de l'ouverture du marché des paris sportifs en ligne. Comment réagissez-vous ?

 

C'est ce qu'essaient d'imposer les casinotiers français. Ils craignent de ne pas faire le poids face à la concurrence des pure players quand le marché des jeux d'argent s'ouvrira sur Internet. A l'exception du groupe Partouche qui a pris une certaine avance sur ses concurrents, les casinotiers auront du mal à résister aux nouveaux entrants. C'est un métier différent que l'on n'apprend pas en quelques mois. Ils auront à faire face aux mêmes difficultés auxquelles les groupes marchands ont été confrontés au début du e-commerce au début des années 2000. D'ailleurs, les pure players de l'époque sont les leaders d'aujourd'hui.

Mais si le gouvernement devait prendre cette décision et que Bruxelles donne son accord, alors en fonction de notre stratégie française, nous envisagerions d'acheter un casino en France.

 

Quelle serait alors la réaction des sites tenus à l'écart ?

Ils ne seraient pas forcément déçus, car dans la pratique le marché est déjà ouvert en France. Peut-être que l'ouverture officielle de ce marché provoquerait une légère croissance de 15 à 20 % par an qui n'existerait pas sans ça, mais le revers de la médaille serait une concurrence bien plus vive et très onéreuse. Mais si le marché s'ouvre, les sites qui n'obtiendraient pas de licence et qui seraient donc dans l'illégalité du point de vue de la loi française existeront toujours. Il est impossible de les interdire. Un site comme Pokerstars pourtant interdit aux Etats-Unis y réalise toujours 60 % de son chiffre d'affaires, soit 600 millions de dollars par an...

 

Que préconisez-vous ?

La véritable question n'est pas de combattre les sites dits illégaux. Ils existeront toujours, et représenteront au minimum 10 % du marché. Le problème est de trouver comment favoriser suffisamment les sites disposant d'une licence afin des les rendre plus attractifs. Cela peut passer, comme en Angleterre, en les autorisant à faire de la publicité à la télévision, ce qui leur ferait bénéficier d'un avantage considérable, ou en ne les imposant pas à 57 %, comme le sont les casinotiers, afin qu'ils restent compétitifs.

 

Quand comptez-vous communiquer sur le marché français ?

Les acteurs du jeu attendent un signe du Président de la République pour investir en France, ce qui se fera sans doute dans les jours à venir. En disant l'intention de la France d'ouvrir ce marché à la concurrence, il donnera le feu vert aux acteurs du secteur qui pourront alors communiquer librement sur l'Internet français.

 

A combien évaluez-vous le prix du ticket d'entrée pour le nouvel entrant ?

Cela dépendra des modalités d'ouverture, mais au minimum 10 millions d'euros, et uniquement en marketing. La situation me fait penser à la bataille des numéros téléphoniques de renseignements, les 118. Finalement, le leader du marché est celui qui a le plus investi en marketing. Et ceux qui existaient avant ont vu leurs parts de marché se diluer.

 

Comment comptez-vous faire face à ces dépenses ?

Nous étudions actuellement plusieurs scénarios. Soit attaquer le marché français en indépendant, et ambitionner d'intégrer le top 6 des acteurs des paris sportifs sur Internet en France, soit nous associer à un média important, et nous viserons une place sur le podium. Il pourrait s'agir d'un rapprochement capitalistique, d'un joint venture, ou d'un simple partenariat commercial, nous verrons. Beaucoup de médias réfléchissent actuellement à se diversifier dans le jeu. Mais ils se demandent s'ils gagneraient plus d'argent en tant qu'opérateur, mais ils se couperaient de certains annonceurs avec lesquels ils entreraient en concurrence, ou en tant que support publicitaire profitant des investissements des acteurs du secteur.


Paris sportifs / Gouvernement