Le bitcoin est-il une monnaie d'avenir ?

Les risques du bitcoin Volatilité, spéculation à l'extrême, risque de hacking et régulation étatique pourraient empêcher le décollage du bitcoin.

Jeudi 5 novembre 2013, la banque de France s'est fendue d'une note avertissant les utilisateurs des dangers du Bitcoin, qui représente un "risque spéculatif certain". Et elle n'est pas la seule. Partout dans le monde, autorités financières, banques centrales et gouvernements ont tenu à exprimer leurs craintes face à la monnaie virtuelle, à l'image de l'autorité bancaire européenne et de la banque centrale de Chine par exemple. Les défauts et risques intrinsèques au Bitcoin en font une monnaie à risque. Voici pourquoi.

 Volatilité

"La valeur des bitcoins sur les plateformes d'échange n'est pas garantie et résulte exclusivement de la confrontation de l'offre et la demande", souligne la banque de France dans son rapport, avant de rappeler que le bitcoin "représente un risque financier certain pour les acteurs qui le détiennent". La monnaie virtuelle est en effet extrêmement volatile. De moins d'un dollar à ses débuts, elle vaut aujourd'hui près de 460 dollars après être passée par divers pics et avoir franchi la barre des 1 000 dollars ! Divers événements ont influencé son cours, à commencer par la crise chypriote en avril 2013, qui a poussé les habitants à se tourner vers le bitcoin et a fait monter le cours. Une attaque informatique de la plateforme de référence MtGox avait ensuite fait chuter son cours, avant qu'il ne reparte à la hausse. La fermeture de SilkRoad par le FBI en octobre 2013 a entraîné une baisse temporaire du cours, qui a ensuite rapidement repris. L'intérêt massif des Chinois pour le bitcoin a ensuite fait exploser le cours à plus de 1 000 dollars, avant que le gouvernement n'en interdise l'utilisation en décembre. Enfin, la fermeture et mise en faillite de MtGox a fait baisser le cours, qui est vite reparti à la hausse depuis.

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Cours du Bitcoin depuis janvier 2013, en dollars. © Bitcoincharts.com - Creative Commons

 Risque spéculatif

 La quantité de bitcoins créés, à terme, est limitée par l'algorithme à 21 millions de bitcoins, limite qui pourrait être atteinte aux alentours des années 2140. Aujourd'hui, 12,6 millions de bitcoins sont déjà en circulation, pour une valeur de près de 460 dollars, soit 5,4 milliards de dollars en circulation. Le rythme de création des bitcoins fluctue selon le nombre de transactions acceptées et le nombre de mineurs actifs. Selon la banque de France, il était de 50 bitcoins toutes les dix minutes en 2009 et est passé à 25 toutes les dix minutes en janvier 2013. "En limitant la quantité maximale de bitcoins pouvant être créée et en faisant fluctuer le rythme de création au cours du temps, les concepteurs ont "organisé" la pénurie de cette monnaie virtuelle et lui ont ainsi conféré son caractère hautement spéculatif", argue la Banque de France.

La pénurie organisée du bitcoin en a fait augmenter le cours, notamment lorsque les Chinois ont commencé à l'utiliser en masse en novembre 2013, et en a fait un produit hautement spéculatif. Sa valeur est vouée à monter : le bitcoin est une monnaie déflationniste, contrairement aux monnaies traditionnelles dont la valeur baisse à cause de la création monétaire. En conséquence, les utilisateurs gardent leurs bitcoins et ne les utilisent pas pour effectuer leurs achats. "La monnaie est censée être utilisée pour des transactions, mais beaucoup l'achètent de manière totalement spéculative", reconnaît Fabien Hassan, titulaire d'un master de droit économique et spécialiste des questions de régulation financière. "Les vrais usages monétaires sont encore très rares. C'est la rançon du succès et cela rend la valeur très incertaine."

 

 Hacking

"Le système Bitcoin en lui-même est sûr, assure Fabien Hassan. Mais les plateformes d'échanges ne sont, elles, pas à l'abri de faiblesses." Elles peuvent être victime de hacking et de vols. Sur ce point, la mise en faillite de la plateforme MtGox comporte bien des parts d'ombre et certains internautes accusent son CEO, Mark Karpelès, d'avoir menti et peut-être même volé les bitcoins ayant disparu (lire les articles : "MtGox : des hackeurs révèlent les comptes de la plateforme et accusent Karpelès d'avoir menti", du 10/03/14 et "MtGox retrouve 200 000 bitcoins dans un ancien porte-monnaie électronique", du 21/03/14). Pour Philippe Rodriguez, président de l'association Bitcoin France, les plateformes les plus sûres seront les seules à subsister, à terme, dans un système "darwiniste". Certaines plateformes cherchent d'ailleurs à se faire agréer par des autorités pour rassurer sur leur sérieux. En France, Bitcoin Central, fondée par Paymium, figure ainsi sur la liste des établissements de paiement agréés par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Elle donne des garanties quant à la lutte contre le blanchiment d'argent et aux procédures de sécurité. Bitcoin Central ne conserve par exemple aucune clé privée de ses utilisateurs sur ses serveurs.

 

 Régulation

Le bitcoin inquiète les Etats. Et pourtant, "il faut rappeler que l'utilisation du bitcoin reste extrêmement faible, et qu'elle concerne un public averti", tempère Fabien Hassan. Le 2 avril, L'agence de notation Fitch a ainsi souligné que le bitcoin est encore trop peu important pour avoir un impact sur les systèmes de paiement traditionnels et sur les monnaies nationales. En février 2014, les transactions en bitcoins représentent 68 millions de dollars par jour, révèle Fitch, contre 225 millions pour Western Union et 492 millions pour Paypal, par exemple.

Si différents Etats commencent à s'intéresser au Bitcoin et souhaitent le réguler ou le taxer, la monnaie virtuelle en prendra-t-elle un coup ? "Les avantages actuels reposent sur le fait que le bitcoin n'est pas régulé, pas taxé, décrypte Fabien Hassan. En principe la loi anti-blanchiment s'applique, mais il y a différentes approches selon les pays. Les lois ne sont pas claires et changent très vite, mais les avantages concernant l'anonymat par exemple pourraient bientôt disparaître."

Selon l'agence Fitch, l'avenir du bitcoin repose justement de la réponse qui sera adopté par les Etats: "Le futur des monnaies digitales dépendra partiellement de la manière dont on répondra aux inquiétudes du public. Il est possible que si le bitcoin était régulé aussi fortement que les monnaies conventionnelles, son attrait en tant que moyen d'échange low-cost serait bien moins important." Selon les pays, l'attitude change. En Allemagne, l'Etat a reconnu le bitcoin comme une monnaie pour pouvoir le taxer. En Thaïlande, il est illégal, et la Chine pourrait suivre la même voie. Si les Etats-Unis veulent taxer les plus-values effectuées sur les bitcoin, le Danemark se refuse à le faire.

"Il est difficile d'imaginer que le Bitcoin disparaisse du jour au lendemain, assure en tout cas Fabien Hassan. Il a même survécu au scandale MtGox. Est-ce que le bitcoin restera "la" monnaie virtuelle par excellence, ce n'est pas sûr. En tout cas, si cette expérience ne marche pas, on assistera sans aucun doute à d'autres essais. Le phénomène en tant que tel serait difficile à éteindre. Certes, une régulation y retirerait un peu d'intérêt, mais le but ultime n'est pas seulement la spéculation ou éviter les impôts. C'est de court-circuiter le système bancaire."


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