Panda Update : pourquoi Google énerve les webmasters

Avec Panda Update, Google s'attire de nombreuses critiques que son attitude "autiste" vis à vis des webmasters américains ne contribue pas à régler rapidement.

Sur le papier, tout devait bien se passer. Le 24 février 2011, Google mettait en ligne une modification substantielle de son algorithme sur sa version américaine. Son nom ? Si dans les premiers temps, les internautes l'ont appelée Farmer Update, elle a été nommée par les équipes du moteur de recherche, Panda Update. Rien à voir avec l'animal, le nom fait référence au nom de famille d'un des membres de l'équipe qui a développé le concept. Son objectif ? Améliorer la pertinence des réponses du moteur de recherche, en mettant avant les plus qualitatives et en rétrogradant les moins intéressantes.


Son origine ? Multiple. D'un côté, le lobbying des "créateurs" de contenus contre les "copieurs". Les premiers enrageaient de se voir mis sur un pied d'égalité avec les seconds dans les moteurs de recherche alors que les uns investissaient dans leurs contenus alors que les seconds se contentaient de les "réécrire".

D'un autre côté, la montée en puissance des fermes de contenus aux Etats-Unis avec le rachat de Associated Content par Yahoo et l'introduction en bourse de Demand Media. Les fermes de contenus emploient des auteurs freelance afin de concevoir des pages sur un seul critère d'apparition dans les moteurs de recherche et non de pertinence par rapport à la requête donnée.

Et en toile de fond, on peut l'imaginer, une volonté de Google de "désintermédier" le Web, c'est-à-dire de supprimer les étapes inutiles entre un internaute et un contenu, et même entre un internaute et une publicité. Dans la bouche de Matt Cutts, responsable de la qualité du moteur de recherche, cela se résume en quelques mots : "Certains éditeurs se posaient la question de comment faire le minimum pour que leur contenu ne soit pas considéré comme du spam par les moteurs de recherche; c'est là-dessus que nous avons réfléchi".


Son résultat ? Notable puisque les résultats présentés par le moteur ont changé sur près de 12% des requêtes. Dans les premiers jours, des chiffres circulent sur le Web : tel site aurait perdu 94% de son audience, tel autre 93%. Du grand n'importe quoi puisque ces chiffres se basaient sur la position des sites sur 1 million de requêtes au maximum alors que l'audience des sites de contenu vient très souvent de la longue traîne et donc de plusieurs millions de requêtes. En réalité, les chiffres publiés par Compete (qui utilise un panel d'un million d'internaute) montre une chute de 50% pour les sites les plus pénalisés, Suite101 ou Associated Content.

Les webmasters s'énervent
Si Google a réussi à frapper un grand coup, il s'est en revanche attiré les critiques de très nombreux webmasters. Comme à l'habitude, la théorie du complot n'était pas très loin. "Si Google a modifié son algorithme, c'est pour protéger les éditeurs américains regroupés au sein de la puissante OPA [Online publishers Association]", a-t-on pu lire sur certains blogs. Si l'hypothèse est amusante, elle est largement infirmée par les faits : certes CNN a vu son audience progresser en mars mais il faut plus y voir l'impact du Japon que du Panda. D'ailleurs son audience en avril 2011 est inférieure à celle d'avril 2010. De son côté, le Wall Street Journal n'a jamais connu une audience aussi faible, tout comme USA Today.


En revanche, plusieurs bloggeurs démontrent résultats à l'appui que le Panda Update n'a pas abouti au but recherché, et même qu'il a généré l'effet inverse. Techie Buzz réalise ainsi plusieurs expériences dont une plutôt drôle. L'auteur recherche une phrase extraite d'un billet provenant du blog de Matt Cutts, mister Panda himself. Le résultat est sans appel, les trois premières réponses renvoient vers un site d'agrégation qui s'est contenté de copier/coller le billet du blogueur. Et ce dernier n'apparaît même pas sur la page de résultats.

Le bloggeur de Technically Personnal s'est pour sa part aperçu que la mise à jour Panda ne déclassait pas les sites dits "proxy", voire les favorisait. C'est à dire les sites miroir qui se contentent de dupliquer le contenu d'autres sites. Il s'aperçoit ainsi que l'un de ses billets remonte en première position sur Google mais que le lien ne renvoie pas vers son site mais vers un miroir.

 

D'autres encore s'énervent que Google pénalise un site dans son intégralité à cause de certaines pages incorrectes. Car il semble bien que l'algorithme du Panda ait trait au Trust rank. Si un nombre trop important d'indicateurs ne répondent pas aux nouvelles exigences de qualité de Google, le trust rank est affecté et le site est envoyé dans les profondeurs du classement.


Mais surtout, ce qui agace les bloggeurs c'est l'autisme de Google. Dans son billet "Pourquoi j'en ai finalement assez de Google", le bloggeur de iSource s'énerve que le moteur ne communique pas comme une entreprise "normale". Les forums, posts sur des blogs, formulaires de contact en ligne c'est bien mais qu'on voit son site perdre une bonne partie de son audience, on aimerait avoir quelqu'un en ligne dit en substance le blog. Mais si la remarque est vraie, elle est surtout tardive : rappelons que les annonceurs sur Adwords (c'est à dire les propres clients de Google) n'avaient par le passé accès qu'à une assistance mail. Et les annonceurs français se rappellent encore les mails en provenance de l'Irlande disant en substance "Veuillez lire l'aide en ligne".

 

Google répond
Pour répondre aux inquiétudes des webmasters, Google a communiqué... sur son blog. Le 6 mai, un billet intitulé "Plus de conseils pour bâtir un site de grande qualité" a été mis en ligne. Tout d'abord, il tente de "disculper" le Panda en affirmant que 500 modifications d'algorithme vont être mises en ligne cette année, Panda n'étant que l'une d'elle. Depuis Panda, 12 autres modifications auraient été mises en ligne.

 

Suit une liste de 23 points qui permettraient à chaque webmaster de se "mettre dans la tête de Panda". Reste à savoir si cette séance de schizophrénie s'avèrera d'une quelconque aide pour les webmasters. Un auteur de blog aura sans doute du mal à répondre à la question "Donneriez-vous votre numéro de carte bancaire à ce site ?". De même, la question "L'article décrit-il les deux points de vue d'une information" laissera dubitatifs les sites de recettes de cuisine. Fromage ou dessert ? Le billet se termine par un conseil précisant que les éditeurs doivent se concentrer sur la création de contenu qualitatif sans se préoccuper de leur référencement.

Pourtant, toute l'histoire du moteur montre qu'il a systématiquement favorisé l'inverse, des MFA (made for Adsense, sites faits pour Adsense), aux fermes de contenus... avant de les punir. Le blog Webwhile encourage pour sa part Google à tuer le Panda et à réinventer son algorithme de A à Z, critiquant le fait qu'il n'ait finalement peu changé depuis la création de Google.


Enfin, le moteur recommande de ne pas surcharger son site en publicité (notamment Adsense) pour ne pas être considéré comme indésirable par Panda. Mais ne s'applique pas à lui-même cette règle comme le montre Seobook : sur la requête "San francisco dentist", un seul résultat organique est visible sur la page de réponse, le reste étant consacré aux Adwords, Maps et autres services du moteur.

 

Turbulences pour Google
En même temps, Google traverse une zone de turbulence. Son cours de bourse est en nette baisse. Non pas à cause du Panda Update mais parce que ses résultats du premier trimestre ont déçu, tout comme ses prévisions. Le courtier Oppenheimer a revu son objectif de cours de 715 à 650 dollars. En parallèle, la commission européenne continue son enquête, notamment sur l'algorithme de positionnement des réponses et sur son interaction - ou non - avec l'offre publicitaire du moteur. Un moment pendant lequel le moteur qui multiplie les dépenses en lobbying y compris en France devrait veiller à ne pas s'aliéner la précieuse bonne opinion des internautes.

Google / Panda