AdBlock Plus : chevalier blanc du marché de la pub en ligne ?

AdBlock Plus publicité Le filtre anti-pub change de positionnement et veut inciter les annonceurs à faire des campagnes plus vertueuses, moins intrusives.

Alors que Free et sa décision de filtrer les publicités via sa Freebox Revolution font l'actualité, un autre acteur bien connu des publiphobes entame en douceur sa mue : AdBlock Plus. Lancée en 2006, AdBlock Plus est rapidement devenu l'une des extensions les plus prisées par les technophiles. Ils sont aujourd'hui une quarantaine de millions à utiliser ce produit qui permet aux internautes de surfer sur le Web sans se confronter aux publicités intrusives. Ce projet open source allemand a pris une telle ampleur que ses deux cofondateurs, Till Faida et Wladimir Palant, ont pris la décision, fin septembre 2011, de le professionnaliser en créant une société, Eyeo, à laquelle s'adosse le produit. "Il était impératif de prendre un tel virage pour assurer la continuité du projet", explique Till Faida.

D'autant que la société ne manque pas d'ambition pour un produit qu'elle estime à tort étiqueté comme une Némésis des publicités. "Nous avons conscience que les publicités sont indispensables à la survie de tout un écosystème sur Internet et préférables à un système de 'paywalls' que les internautes rejettent. C'est pourquoi nous voulons les rendre plus vertueuses et moins invasives." Désireux de s'éloigner de toute vision manichéenne de la publicité, AdBlock Plus intègre donc depuis peu un filtre "white list" qui laisse passer les publicités certifiées par l'extension.

"La centaine des membres les plus engagés de notre communauté réfléchit quotidiennement au sujet, identifie les bonnes pratiques et décide en conséquence", ajoute Till Faida. Interrogé sur les critères d'acceptabilité, le cofondateur d'AdBlock Plus insiste sur l'importance de "la séparation claire entre publicité et contenu et le bannissement de tout format trop intrusif du type pre-roll, expand, animation vidéo..." 

Evangéliser le marché de la publicité

Les esprits les plus mal intentionnés pourraient voir dans cette initiative la volonté de monétiser un service qui touche une audience significative. "Ce n'est pas l'objectif premier", nie Till Faida. AdBlock Plus se défend de toute relation financière avec les annonceurs. Son développement est financé par les donations de la communauté, l'investissement de fonds privés et des partenariats avec les sites éditeurs, pour lesquels AdBlock Plus fait le liant avec les utilisateurs de son produit. "Certains de ces sites se voient parfois amputés de près de 30% de l'inventaire, et même plus pour les sites technologiques, justifie Till Faida. Nous les aidons à mettre en place de bonnes pratiques pour qu'ils y remédient." Et de fait certains des partenaires du projet ont vu leurs revenus publicitaires grimper de plus de 15% le temps de l'opération.

 

Moins de 1% des internautes ont fait un opt-out sur la "white list"

Et l'internaute dans tout ça ? "AdBlock Plus permet à chacun de configurer les publicités qu'il juge acceptables, tout comme il est possible de désactiver la "white list" si on ne veut vraiment pas être exposé au message", avance Till Faida. Il en profite pour se féliciter au passage du faible ratio d'opt-out, moins de 1%. Preuve que les utilisateurs peuvent transiger avec la publicité.

"Nous savons très bien que notre nouveau positionnement est controversé mais l'attitude de nos utilisateurs semble nous donner raison et nous sommes persuadés que si nous restons transparents, il sera possible d'atteindre une situation de win-win." Pour y arriver, AdBlockPlus, qui touche plus de 8 millions d'Internautes aux Etats-Unis, 6,8 millions en Allemagne et 1,1 million en France, compte bien accélérer son développement à l'international. "Le marché qui nous résiste pour le moment est la Chine. Mais nous ne désespérons pas d'y construire une véritable communauté."

Autour du même sujet