Pas encore sur les routes, le véhicule autonome invente déjà des métiers

Pas encore sur les routes, le véhicule autonome invente déjà des métiers Experts de la robotique mobile, spécialistes de l'intelligence artificielle appliquée à l'automobile, car masters… L'avenir de la voiture sans chauffeur repose sur de nombreux nouveaux talents.

Ils leur promettent le plein emploi. Les constructeurs automobiles s'arrachent déjà les talents sortis des grandes écoles d'ingénieurs : "Ceux qui se spécialisent dans les technologies nécessaires au développement de la voiture autonome trouveront immédiatement du travail et se verront même proposer de nombreuses offres", affirme Vincent Abadie, responsable innovation et technologies avancées d'aide à la conduite chez PSA.

"Ceux qui se spécialisent dans les technologies nécessaires au développement de la voiture autonome trouveront immédiatement du travail"

Le constructeur français, comme la plupart de ses concurrents, a déjà commencé à recruter massivement : "Nous parlons là de plusieurs dizaines voire de centaines d'emplois. Nous ne pouvons pas entrer dans le détail car tous les constructeurs se posent aujourd'hui la même question de l'effort à fournir sur le véhicule autonome. C'est une information très concurrentielle", avance-t-il. Voici une sélection de ces métiers qui prendront bientôt les commandes de l'industrie automobile.

Spécialistes de la robotique mobile

Les véhicules intelligents ressemblent à première vue à des robots sur roues. La réalité est bien plus complexe, selon Vincent Abadie : "Il existe déjà des robots fixes dans les usines, par exemple, qui savent prendre une pièce et la déposer sur un tapis roulant. Mais ni le robot ni ce tapis ne changent de place. La voiture autonome, au contraire, se déplace et doit reconstruire en permanence son environnement. Nous avons donc besoin d'experts de la robotique mobile pour gérer cela."

Une révolution qui va aussi avoir un impact direct sur la mécanique automobile : "Il va falloir une approche systémique de la mécanique et de l'électronique. C'est-à-dire être capable d'apprendre à l'ordinateur de bord la gestion des automatismes, comme actionner le freinage par exemple", ajoute Guillaume Devauchelle, directeur de l'innovation et de la recherche scientifique de l'équipementier automobile français Valeo. Le génie électrique est aussi selon lui à repenser : "Avec toutes les nouvelles fonctionnalités nécessaires à l'autonomie, mais aussi au divertissement de l'automobiliste qui n'a plus à conduire, l'énergie à bord sera comptée." Il met aussi en avant l'importance du nettoyage automatisé des capteurs, victimes de la poussière et des caprices de la météo, qui doivent être en permanence opérationnels.

Experts de la fusion de données

Outre de nombreux postes créés dans l'intelligence artificielle, qui permet à la voiture de se souvenir des situations qu'elle rencontre et des meilleurs comportements à adopter, PSA recherche activement des spécialistes de la fusion de données : "Le système embarqué intelligent doit être capable de croiser une multitude de données issues des radars, des caméras, des autres véhicules et des infrastructures communicantes. Toutes n'ont pas le même format ni la même chronologie et pourtant il faut pouvoir les fusionner", explique l'expert du constructeur français.

Un tournant majeur dans les sciences de l'ingénieur selon Guillaume Devauchelle : "Il s'agit en quelque sorte de big data appliqué à l'automobile, c'est-à-dire de la capacité à extraire et à traiter des données de masse et de faire prendre au véhicule une décision à partir de données très hétérogènes." Guillaume Crunelle, associé responsable de l'industrie automobile chez Deloitte, voit ainsi émerger un métier de "data doctor", c'est-à-dire un ingénieur capable de vérifier en permanence la qualité et la sécurité des données collectées et partagées par les véhicules.

Statisticiens pour éprouver la technologie…

Chez PSA, Vincent Abadie a aussi besoin de mathématiciens doués dans les analyses probabilistes : "Pour garantir la sécurité de fonctionnement du véhicule autonome il est impossible d'appliquer des méthodes de preuve par l'usage au kilomètre, car il faudrait en accumuler des milliards, ce qui est évidemment impossible." Il mise donc sur la simulation numérique pour traiter les dizaines de milliers de scénarios que peut rencontrer une voiture au quotidien. PSA est déjà en relation avec des spécialistes des mathématiques qui ont travaillé sur la problématique des centrales nucléaires : "Comme pour la voiture sans chauffeur, une fois qu'elles sont mises en route il n'y a plus aucun droit à l'erreur."

… et sociologues pour l'interntionaliser

Face à la diversité des comportements des automobilistes dans les différents pays du globe, Guillaume Devauchelle souligne l'importance des études sociologiques : "L'ethnologie et les sciences cognitives sont des métiers nouveaux pour l'industrie automobile mais indispensables car l'attitude au volant est quelque chose de très culturel que la voiture autonome doit comprendre. On ne conduit pas à Paris comme au Caire, par exemple."

Car master pour accompagner les passagers

En plus d'être culturellement compatible, la voiture autonome devra savoir comment communiquer avec ses passagers et les autres usagers de la route. Cela nécessite des experts de l'interface homme-machine mais aussi, selon Guillaume Crunelle, des concierges qui assureront un service quasi humain dans le véhicule intelligent : "Malgré la nouvelle expérience embarqué ultra-connectée qui s'annonce, il y aura toujours un besoin de contact humain et de pédagogie au-delà de l'algorithme. Il faut créer une expérience digitale chaleureuse."

Aiguilleurs routiers pour maîtriser les flux urbains

Selon le spécialiste de Deloitte, l'humain sera aussi indispensable pour la supervision des véhicules sans chauffeur : "Il faut un contrôle routier au-delà des calculs automatiques. Pour contourner des zones denses ou sinistrées, il est parfois plus rapide de faire plus de kilomètres, par exemple, et cela relève du bon sens d'opérateurs humains."

Le last mile coaster, relais du dernier kilomètre

Dans un avenir plus proche, Guillaume Crunelle croit beaucoup au potentiel des camions autonomes. A l'image du test réussi par la start-up américaine Otto, spécialisée dans les poids lourds sans chauffeur et rachetée par Uber en 2016, qui a effectué une première livraison fin octobre dernier. "Le fret autonome supprimera le travail des routiers mais il peut créer un nouveau poste : le last mile coaster. Il s'agirait d'un conducteur qui prendrait en charge le camion une fois son trajet effectué sans chauffeur sur l'autoroute pour l'amener à son point de livraison. Il effectue ainsi le ou les derniers petits kilomètres qui demandent beaucoup de manœuvres que la technologie n'est pas encore prête à réaliser", détaille-t-il. L'expert de Deloitte imagine aussi que cette tâche devienne collaborative, avec des livreurs de dernier kilomètre à la demande sur le modèle d'Uber.

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