e-Santé : les données sont-elles le remède au mal ?

Institué par la loi n°2004-810 du 13 août 2004, le Dossier Médical Personnel (DMP) vise à regrouper toutes les données personnelles du patient dans un fichier informatique unique pour améliorer la qualité et l’efficacité des soins grâce à un meilleur suivi des traitements et des pathologies.

Depuis 2011, le DPM est disponible pour tous. Plusieurs jalons ont marqué la mise en place de ce vaste programme de santé publique. En juin 2010, l’Agence des Systèmes d’Information Partagés de Santé (ASIP Santé) a lancé un programme destiné à aider tous les organismes de santé sous-équipés à se doter d’un système d’information simple et « communicant ». Progressivement, tous les professionnels devraient ainsi disposer d’un système adapté à l’e-santé, notamment à la prise en charge du DMP. En décembre 2010, la CNIL a autorisé la première phase de déploiement du DMP.

Depuis le début de l’année 2011, tous les professionnels de santé peuvent créer un DMP pour leurs patients et, depuis avril 2011, tous les patients ayant un DMP peuvent y accéder sur le site dmp.gouv.fr. En l’espace de quelques mois, le DMP a gagné du terrain et cette fin d’année sonne l’heure du bilan de la première phase. C’est l’occasion de mesurer le degré de préparation et d’adhésion des organismes de santé à de telles initiatives. Les défis sont nombreux, non seulement sur le plan juridique, mais aussi en termes d’environnement technologique et, puisqu’il s’agit fondamentalement d’information, de capacité à traiter la quantité, la qualité et la confidentialité des données.

Le secteur de la santé est soumis à de nombreuses contraintes et pressions. D’un côté, on demande aux organismes et professionnels de santé d’améliorer la qualité des soins donnés aux patients, tandis que de l’autre on les enjoint de freiner l’escalade des dépenses de santé. S’ajoutent à cette injonction paradoxale, d’une part, des obligations réglementaires de plus en plus contraignantes concernant la sécurité des données des patients et, d’autre part, une explosion des volumes d’informations électroniques.

Du fait de l’informatisation des données patient, la quantité d’informations échangées explose. Pratiquement chaque rencontre entre le patient et un prestataire de santé génère des données : sur la santé, les protocoles de traitement, les demandes de prise en charge et de remboursement par l’assurance maladie, la facturation, le règlement, etc. Bien au-delà du patient et de son médecin, cette évolution touche la plupart des acteurs du système de santé : gestionnaires publics de la couverture santé, organismes payeurs, mutuelles et compagnies d’assurance, etc.

Les prestataires de santé doivent analyser d’énormes quantités d’informations et prendre chaque jour des décisions importantes impactant de nombreuses personnes. Pour corser le problème, les données nécessaires sont généralement dispersées dans les systèmes de plusieurs départements et dans des dossiers papier. Les pratiques et les parcours cliniques faisant l’objet d’innovations et de recherches continues, il devient clair qu’à l’avenir, les prestataires devront de plus en plus faire appel à des applications d’analyse clinique et d’information temps réel pour remplir leur mission. Les établissements de soins sont aussi soumis à des exigences de performance opérationnelle accrues. Des initiatives d’e-santé comme le DMP et les programmes de réduction des dépenses de santé les obligent à optimiser leurs ressources, leur utilisation et les temps de séjour des patients, mais aussi à améliorer la gestion des dépenses interservices et à s’assurer de la conformité des remboursements.

La gestion analytique des données permet aux prestataires de santé de simplifier leur intégration grâce à un ensemble de processus et de technologies adaptés à ces problématiques. En unifiant l’accès aux données et en utilisant de solides outils de découverte et de nettoyage, les prestataires de santé peuvent rapidement exploiter à bonnes fins les volumes croissants induits par l’utilisation des dossiers de santé électroniques et l’intensification des échanges d’informations qui en résulte.

Apporter au patient des soins de qualité

Un prestataire de santé s’efforce avant tout de fournir aux patients les meilleurs soins possibles. Mesurer la qualité des soins n’est pas chose nouvelle et nombre d’institutions compilent des mesures pour leur propre compte mais, la plupart du temps, sans les diffuser à l’extérieur. Cependant, le besoin de partage d’informations les oblige aujourd’hui à diffuser ces informations beaucoup plus largement. Les applications analytiques départementales sont devenues inter-organisations pour faciliter l’établissement et le suivi des protocoles de soins, la recherche et la coordination des intervenants.

Améliorer la performance opérationnelle

La nécessité d’améliorer le fonctionnement des hôpitaux va de pair avec la transformation du secteur de la santé et la diversification des canaux de soin et des services du système hospitalier. En centralisant les données de planification – utilisation des ressources, rendez-vous, dépenses… – les établissements peuvent gagner en efficacité et optimiser leurs flux de trésorerie. Les applications d’analyse leur permettent d’identifier les dossiers où les remboursements ne peuvent être obtenus parce que les données sont incomplètes ou erronées. Les professionnels de santé ont besoin de pouvoir calculer les temps de séjour et d’accueil des patients pour améliorer la satisfaction des patients, les soins et les remboursements. Ils doivent se doter d’une plate-forme de données agile pour renforcer leur capacité à intégrer des canaux de services supplémentaires et faciliter les fusions ou acquisitions de services et d’établissements.

Rendre l’information disponible plus rapidement

Un des aspects les plus problématiques des systèmes d’analyse d’entreprise est le temps qu’il faut aux utilisateurs pour obtenir les informations qu’ils veulent. L’objectif est ici d’accélérer l’accès aux données pour valider des hypothèses, réduire les temps de développement et éviter de refaire ce qui a déjà été fait. Les organisations doivent fréquemment alimenter leurs moteurs d’analyse avec de nouveaux types de données ou, pour les études cliniques, consolider de grandes quantités de données. Pour cela, elles ont besoin d’un personnel formé et d’une plate-forme technologique robuste permettant de disposer plus rapidement de solutions plus économiques. Une bonne plate-forme technologique permet également aux professionnels de disposer plus rapidement des analyses dont ils ont besoin grâce à l’intégration en temps réel des données transactionnelles.

Gérer la qualité des données patients

Connaître la source des données conditionne la confiance qu’on leur porte. Mais avec la fragmentation croissante des données due à la prolifération d’applications et de systèmes, leur qualité est devenue un problème, d’autant plus que les organisations en génèrent continuellement toujours plus. Les utilisateurs doivent en premier lieu pouvoir faire confiance à la qualité des données pour avoir l’assurance que leur tableaux de bord, les décisions prises dans l’organisation et les initiatives informatiques se fondent sur des données complètes, cohérentes et exactes. En se dotant de processus et d’outils pour mesurer, superviser, suivre et améliorer en continu la qualité des données en tous points de leur organisation, les organismes de santé donnent aux producteurs et propriétaires de ces données les moyens de mettre en place et d’appliquer dans toute l’organisation des politiques de qualité efficaces et durables.

Protéger les informations confidentielles des patients

Du fait de la multiplication des réglementations, la sécurité des données est plus que jamais un défi pour les acteurs du secteur de la santé. C’est en dehors des environnements de production, c’est-à-dire dans les environnements de développement et de test, que la sécurité des données est la plus menacée. Comment les organismes de santé peuvent-ils en assurer la sécurité tout en fournissant aux équipes de développement et de test les informations dont elles ont besoin ? Les départements informatiques sont constamment sous pression pour livrer toujours plus rapidement de nouveaux projets et fonctionnalités. La complexité et la difficulté de ces tâches augmentent de manière exponentielle lorsque la taille des organisations augmente et qu’il faut partager des données patients confidentielles non seulement en interne mais aussi avec des partenaires extérieurs.

Le masquage de données, ou « data masking », est une méthode extrêmement efficace pour sécuriser de bout en bout les données utilisées dans le cadre des projets sans compromettre la qualité ou la rigueur des processus de test et de développement. L’anonymisation empêche l’exposition involontaire d’informations confidentielles et réduit les risques de violation de données des patients. Cette technologie permet aux équipes informatiques d’appliquer des règles de masquage spécifiques aux différentstypes de données utilisées dans les environnements de test, de développement et de formation. Ne changeant ni la nature, ni la structure des données, l’anonymisation des données est idéale pour réduire les risques de violation de données et améliorer la qualité des activités de développement, de test et de formation, tout en respectant les exigences et les réglementations – internes, sectorielles et gouvernementales – relatives à la protection des données à caractère personnel.

Tous les professionnels et établissements de santé qui se donneront la peine de mettre à niveau leur système d’information de façon à avoir une approche centralisée des patients en retireront rapidement des avantages significatifs. 

LES 12 APPORTS MAJEURS D’UNE APPROCHE CENTRALISÉE DES PATIENTS
1. Des soins de meilleure qualité et un meilleur suivi de la santé et de la sécurité du patient
2. Amélioration du niveau de service et de satisfaction des patients
3. Cohérence des soins et des communications entre les différents canaux
4. Efficacité et transparence des interactions avec le patient
5. Réduction du risque d’erreurs médicales grâce à la précision accrue et à l’actualisation rapide des informations du dossier patient
6. Meilleure coordination entre les prestataires de santé et les organismes payeurs
7. Rationalisation des processus d’indemnisation et de facturation grâce aux informations patient disponibles en temps réel
8. Réduction du coût des soins médicaux grâce à l’efficacité accrue des processus
9. Adoption plus rapide des meilleures pratiques médicales
10. Amélioration de la conformité avec les réglementations sectorielles et gouvernementales grâce à la traçabilité accrue des transactions de données
11. Intégration plus rapide de nouvelles prestations médicales
12. Optimisation de la valeur de systèmes existants

Grâce au développement de l’e-santé, les acteurs du secteur ont plus que jamais la possibilité de placer le patient au cœur de leurs pratiques. Ils transforment aujourd’hui leur processus et la manière dont ils gèrent les données pour se préparer à offrir des services de nouvelle génération améliorant les traitements et les soins fournis aux patients. En s’équipant des bonnes technologies et en adoptant les bonnes méthodes, les organismes de santé participent à une révolution dont les patients seront les premiers bénéficiaires. Condition d’une approche de la santé centrée sur le patient, les données sont une composante centrale et cruciale d’un système de santé agissant pour le bénéfice de tous.

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