Être Business Angel : un plaisir qui s'apprend

J’ai appris que s’investir est un des grands plaisirs d’être Business Angel. Une TPE n’est pas un pétrolier lancé sur son erre. J'ai appris aussi que j'avais investi sans me soucier assez d’évaluer le chef d’entreprise, un créatif finalement pas du tout entrepreneur !

Après 25 années passées au marketing/ventes/filiales étrangères d’une « Big Pharma », j’ai vite compris, une fois ma liberté retrouvée et par hasard candidat-Business Angel, que mes moyens ne me permettaient pas de regarder les start-up issues du secteur pharmaceutique avec les yeux de Chimène : projets trop gros et trop chers (ne faut-il pas des dizaines de millions d’euros pour créer un nouveau médicament…).
J’ai alors attendu que soit présenté dans mon club de Business Angels (Investessor dans l’Ouest parisien) un projet d’entreprise que le bon sens me permettait de comprendre suffisamment pour avoir envie d’étudier le dossier de près.

En 2000, j’ai très vite plongé aux côtés de cinq autres Business Angels dans un projet de puériculture fort bien défendu par son fondateur. Finalement, il n’y a jamais eu de chiffre d’affaires, la grande distribution n’étant pas preneuse des stocks de sociétés en création.
Je me suis aperçu que, pour prendre ma décision d’investissement, j’avais « suivi » les autres Business Angels, trop vite rassuré par un marché, la puériculture, que je croyais comprendre. Et sans me soucier assez d’évaluer le chef d’entreprise, un créatif finalement pas du tout entrepreneur !

Plus tard, après nombre de dossiers étudiés et après d’autres investissements, certains réalisés en commun à travers une holding de Business Angels, j’ai appris sur moi-même que je n’analyse efficacement un projet, bien sûr en relation avec le porteur du projet et d’autres Business Angels, que si j’envisage intuitivement d’y investir. Faute peut-être de bilans et autres comptes d’exploitation, le « ressenti » importe énormément, à mon sens, face à une entreprise en création et à son fondateur.

J’ai aussi appris que s’investir est un des grands plaisirs d’être Business Angel. Participer très activement au closing de la levée de fonds est source de plaisir-passion, parvenir à une valorisation de l’entreprise qui reste motivante pour les deux parties aussi, même l’élaboration du pacte d’actionnaires ! car il s’agit en pratique pour les angels de convenir avec l’entrepreneur du rôle et de la composition d’un organe commun de coopération stratégique. L’avocat, lui, intervient dans le pacte pour les clauses techniques et la mise en musique juridique, ce qui m’ennuie plutôt.

Suivre de loin un entrepreneur avec qui  je m’entends bien est une satisfaction mais une satisfaction facile.  Autre chose est de l’accompagner réellement, non au jour le jour car il ne s’agit pas du tout de co-manager, mais pas non plus une fois par trimestre car une TPE n’est pas un pétrolier lancé sur son erre. Nous insistons pour avoir une réunion chaque mois avec le chef d’entreprise, cela pendant un an ou deux, voire trois, le temps que les roulettes de l’avion quittent le sol. Accompagner est un job. Il peut être terrifiant quand l’entrepreneur n’est pas un bon.
Fait à plusieurs Business Angels, l’accompagnement des premières années, même en période critique, est tout autre, stimulant et convivial. Mais il faut savoir qu’il devient  exigeant dans les tempêtes car on doit rester positif vis-à-vis de l’entrepreneur, sous peine de mort subite. Un swing ou un putt avec du négatif dans la tête, c’est une balle dans les fourrés ou à côté du trou.
De même, un Business Angel négatif, c’est un boulet qui freine l’entrepreneur, qui peut même le « casser », ce n’est plus du tout le soutien dont il a terriblement besoin.

 

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