Le trading par ordinateur a amplifié la crise financière, au point de tuer toute intervention humaine ?

En quarante ans, l’informatisation des places boursières et la dématérialisation des ordres d’achats et de vente ont permis un traitement en temps réel des données. C’est ce que l’on appelle le trading algorithmique.Un modèle à repenser pour sortir de la crise.

Depuis des semaines, les marchés sont en tension, les pays au bord de la faillite. L’automatisation de la prise de décision dans le secteur financier y joue un rôle certain.
Le trading algorithmique laisse l’ordinateur effectuer seul les opérations grâce à des codes fixant des scénarios et comportements à adopter selon telle ou telle situation. Celui-ci présente des avantages certains, d’où son utilisation quasi-générale : exécution rapide des opérations, pas de doute ni de stress ralentissant ou nuisant à la qualité de la prise de décision, identification rapide des tendances macro-économiques, traitements de gros volumes de données, etc.; atouts qui se retrouvent difficilement chez un trader sans machine !
Pourtant, l’ordinateur ne peut prendre en compte ce qui fait l’essence même des compétences d’un trader, à savoir : sa sensibilité, son intuition, son courage, sa créativité, son expérience ou encore sa capacité à s’adapter à des situations complexes ou imprévues.
En laissant la prise de décisions aux ordinateurs, nous ne pourrions être surpris qu’un jour, un évènement inattendu se produise et renverse tout ce que nous avions pu jusqu’alors anticiper. Les derniers événements économiques mondiaux sont la preuve, une fois de plus, que la stabilité financière globale est bancale et sujette à des risques imprévus.
Le secteur financier est aujourd’hui à la veille d’une révolution, comme en appellent les milliers de personnes qui se réunissent chaque jour devant les places économiques de leur pays depuis des mois.
La date du 15 octobre 2011 restera une date phare dans l’Histoire économique et financière mondiale.
Ceux que l’on appelle « les Indignés » se sont rassemblés par millions à travers le monde, soit 90 pays et 1 051 points de manifestation, pour exprimer, pacifiquement, leur volonté des changer les règles financières actuelles et notamment encadrer les comportements de trading, qui ont une grande part de responsabilité dans la situation que  nous connaissons aujourd’hui.

Et si la solution résidait dans un trading communautaire ?

Le rassemblement de millions de personnes dans le monde est la preuve que les individus, au-delà des frontières, sont capables de se réunir et s’allier pour défendre des valeurs et idéaux. C’est en cela qu’ils forment une communauté. En l’occurrence, il s’agit ici d’une communauté ne niant pas la nécessité du capitalisme, mais souhaitant un capitalisme plus règlementé et moins agressif.
Avec l’accès planétaire à internet, ces personnes ont aujourd’hui la possibilité de se rassembler et modifier la donne financière grâce au trading communautaire, également appelé communauté d’investissement, qui est apparu il y a quelques années.
Il s’agit là, je pense, de la nouvelle dimension du trading.  Les communautés d’investissement donnent un rôle actif aux investisseurs passifs dans leurs opérations d’investissement. Rappelons que la majorité des individus investissent au quotidien sans y penser, que ce soit par le biais de leurs comptes bancaires ou encore de leur fonds de pension. Ils n’ont aucun pouvoir de décision sur la façon dont ces sommes sont investies. Or, des exemples récents, comme celui de Goldman Sachs,  nous ont montré que ces organisations utilisent leur nom pour vendre toujours plus, sans toujours se soucier de la qualité de leur produit.
Les communautés d’investissement réunissent des individus de tous horizons et c’est en cela leur première force, puisqu’elles sont une source de compétences et expériences diverses tout en mettant sur le même pied d’égalité chacun de leurs membres. Tantôt ils seront suiveurs, pour apprendre, et tantôt meneur grâce à leurs performances.
Le trading communautaire, en apportant un algorithme basé sur l’humain, offre donc un angle financier nouveau en permettant à tous d’investir plus intelligemment. Les investisseurs peuvent composer des portefeuilles de traders aux stratégies et goûts du risque différents. Ils décideront alors qui imiter et comment, grâce à la capacité de pouvoir diversifier leurs investissements en intégrant tous les paramètres humains et techniques de chaque contact.
Il parait cependant bien utopique de penser que ces communautés pourront changer un système établi depuis des décennies. D’autant qu’il est difficile de réagir en temps réel et à la micro seconde pour prendre une décision. La meilleure solution serait finalement de trouver un modèle hybride capable de coupler l’intelligence et la sensibilité humaine à la vitesse et la capacité de traitement des ordinateurs. Le principe étant de bénéficier des qualités de chaque partie tout en considérant le jugement de l’homme supérieur à la machine, puisqu’aucun programme artificiel ne peut (pour le moment) reproduire certaines caractéristiques humaines.
L’intuition, l’expérience, la compassion, le courage dont doit faire preuve un trader ne pourront jamais être codifiés. Le proverbe « Ne pas voir la forêt derrière les arbres » trouve dans cette situation tout son sens : bien qu’une machine dispose de toutes les informations financières en temps réel, il lui manquera toujours l’élément le plus important, une personnalité.
Plus qu’un instrument financier, c’est l’addition des compétences de chaque membre des communautés de trading qui constituera certainement  l’ « algorithme » de demain. En témoigne le nombre croissant de membres rejoignant chaque jour l’une de ces communautés.

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