Football : l’actionnariat populaire est-il prêt à faire son arrivée en France ?

Qu’on le veuille ou pas, le sport d’élite est aujourd’hui guidé par l’argent. Comment revenir aux fondements du sport, à savoir une gouvernance indépendante politiquement mais surtout financièrement ?

Face à l’augmentation des revenus (droits télévisuels, produits dérivés,…) et des charges (achats et salaires des joueurs), les clubs de football européens cherchent toujours de nouvelles sources de financement afin de rester compétitifs tant dans leur championnat domestique que dans les coupes d’Europe. A l’heure où le Paris Saint-Germain a trouvé avec le fond d’investissement Qatar Sport Investment (QSI) les moyens de revenir sur le devant de la scène internationale, rappelons que l’Olympique Lyonnais avait choisi de s’introduire en bourse pour financer son développement économique et sportif.

Chez nos voisins européens, une alternative à cette financiarisation du football se développe sur base d’actionnariat populaire. L’idée est de regrouper des supporters au sein d’une association qui pourra prendre part à la gouvernance du club. Adaptation moderne et capitaliste du système espagnol dit des socios,  ce concept, qu’on retrouve depuis quelques années en Allemagne et en Angleterre, permet aux supporters d’acheter des parts de leur club de football.  Le principe est simple : une voix, une action.
Depuis 1998, les clubs professionnels  allemands (ayant un statut d’association) peuvent intégrer ou transférer leur section professionnelle de football à une société anonyme (SA) externe séparée du club, à une condition : que les associations coexistantes conservent la majorité des actions des sociétés anonymes nouvellement formées. Il s’agit de la règle dite du « 50+1 », empêchant la prise de contrôle des clubs allemands par des investisseurs, souvent extracommunautaires comme on a pu l’observer en Angleterre.
Ce cadre légal a permis dans un certain nombre de cas, l’engagement de supporters au sein de ces structures associatives. La réglementation allemande garantit à l’association la possibilité d’influencer plus que sensiblement les décisions de la société anonyme, de par son statut d’actionnaire majoritaire du club. Fort de ce statut particulier, les associations comme « HSV supporters » pour Hambourg ont connu une importante dynamique d’adhésion, comptant aujourd’hui plus de 50.000 membres.
Évidemment, l’i
nfluence réelle des clubs de supporters indépendants, des départements de supporters et/ou des groupes d’ultras, dépend de différents facteurs, notamment du cadre légal, des structures de propriété et de gouvernance, des statuts du club et de la culture des supporters. On a pour habitude d’ériger le système des socios en Espagne en modèle de l’implication des supporters dans la vie de leur club. Si on prend le cas du mythique Barça, le club est de fait, la propriété des 160.000 socios qui cotisent chaque année près de 150 €, principalement pour avoir le droit d’élire tous les 4 ans, le président de leur club de cœur. Les clubs espagnols ont pu disposer dans le temps, de la manne financière des socios pour se construire pour beaucoup, un patrimoine foncier et/ou immobilier, véritable gage de confiance pour les banquiers.
Outre-Atlantique, la multiplication des introductions en bourse des clubs a eu pour conséquence l’arrivée de nouveaux propriétaires, souvent passionnés de football et parfois spéculateurs, générant une véritable frustration pour les fans de toujours. Des groupes de supporters ont cherché alors à s’organiser pour peser sur les décisions de leur club. En réaction du rachat de Manchester United par la famille Glazer, certains fans ont même créé de toute pièce, un nouveau club. Soucieux du phénomène, le gouvernement britannique a favorisé la création de la fondation Supporters Direct (SD), qui a pour but d’accompagner les supporters de football dans leurs projets d’actionnariat populaire et leurs revendications de représentation au sein des instances du football. Supporters Direct représente aujourd’hui plus de 200 organisations au Royaume-Uni pour un total de 270 000 membres. En dehors du Royaume-Uni, SD soutient des initiatives d’actionnariat populaire dans plus de 20 pays européens, représentant aujourd’hui un total de 44 organisations et de 90 000 membres, de la Suède au Portugal, en passant par la Belgique et l’Allemagne.
En France, quelques initiatives semblent se structurer comme A La Nantaise mais, sans cadre juridique contraignant comme en Allemagne et sans réelle volonté du propriétaire actuel du FCNA, la portée d’un tel projet reste limitée.
Sachant que le football moderne, probablement victime de son succès, s’est créé une profonde dépendance économique (budgets des clubs et masses salariales toujours plus importants), générant trop souvent des déficits galopants (cf. rapport de l’UEFA – Rapport de benchmarking sur la procédure d’octroi de licence aux clubs, exercice financier 2010) que seuls des « machines de guerre » sont capables d’assumer, l’hypothèse germanique apparaît difficilement transposable de ce côté du Rhin. Comment le football français pourrait-il alors attirer des financeurs en les privant d’un pouvoir majoritaire ? QSI aurait-il racheté le PSG pour ne détenir que 49,9% du capital du club ?

En l’état, l’instauration de la règle du « 50+1 » s’avèrerait donc contre-productive. En revanche, imposer par la loi, la présence des associations sportives (qui sont à l’origine de l’existence de ces « clubs entreprises ») dans une proportion minoritaire est certainement une mesure que l’UEFA et le Parlement Européen pourraient soutenir, car ce serait finalement, la matérialisation de l’ancrage local des clubs. Quant aux associations de supporters, le modèle de « Arsenal Fanshare Society » (société regroupant des fans dont l’objectif est de mutualiser l’achat d’actions de Arsenal Holdings PLC)  semble pouvoir se mettre en place, pour tout club côté en Bourse et ainsi garantir à terme, ce fameux ancrage citoyen.
Peut-être une piste à creuser pour les amoureux de l’OL ?

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