Pourra-t-on éviter une purge des finances publiques des Etats surendettés ?

Depuis le début de la crise grecque, la zone euro par l’intermédiaire de la Banque Centrale Européenne (BCE) ne cesse de remplir le tonneau sans fin des dettes de la Grèce.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on s’attend à un appauvrissement encore plus élevé des Grecs comme des Européens. Ne pas comprendre cette mécanique, c’est refuser la réalité. Dés 2011 la crise grecque est programmée et les artisans de cette programmation sont aujourd’hui ceux qui veulent à tout prix préserver leurs privilèges.

Un conflit d’intérêts patent. Depuis le 1er novembre 2011, le président de la BCE n’est autre que Mario Draghi, ancien dirigeant de la Banque Goldman Sachs, "banque aux 700 milliards de dollars d’actifs" (cf. l’émission d’Arte Goldman Sachs la banque qui dirige le monde, diffusée le 04 septembre 2012). Or cette banque qui a beaucoup gagné avec la crise des subprimes est aussi la banque qui a contribué à diffuser les Credit Default Swap (CDS), ces "assurances" contre le défaut de paiement.
Aujourd'hui la dette grecque est adossée à des milliards de CDS. Si la Grèce fait faillite, les CDS devront être honorés. Or qui dispose ou disposait de milliards de CDS grecs ? Goldman Sachs. Si demain la Grèce sort de l’euro et qu’elle n’honore pas ou en partie sa dette, les émetteurs de CDS devront rembourser. Mario Draghi, actuel président de la BCE, ne peut pas laisser tomber ses anciens collègues de Goldman Sachs. Tant que Mario Draghi sera à la tête de la BCE, il ne laissera donc pas la Grèce faire défaut.

Une confusion des genres. Le président de la Banque centrale américaine en février 2012 avait porté le zèle à diligenter une enquête sur les firmes ayant participé à la diffusion des instruments de type CDS. Il précisait dans un communiqué rendu public que les firmes qui utilisaient ces instruments financiers contribuaient à déstabiliser les emprunteurs (pays ou firmes). À l’époque, des experts indépendants avaient insisté sur le fait que ces montages financiers pour le moins sophistiqués allaient contribuer à accroître les difficultés des pays fortement déficitaires et gros débiteurs, comme la Grèce, en Europe, par exemple.
Or, comme nous le savons, Ben Bernanke n’est pas sans savoir que pour acquérir un actif quelconque il faut des liquidités et seules les Banques centrales peuvent imprimer de la monnaie à partir de rien.
Autrement dit, un régulateur, en l’occurrence la Banque centrale américaine, s’offusque que des acteurs privés, mais de connivence avec des acteurs publics réalisent des montages de plus en plus sophistiqués contribuant à déstabiliser l’économie. Dans le même temps, elle alimente la spéculation par un torrent de liquidités sans précédent.
Tout cela a pour effet d’amplifier la crise de la dette publique en privatisant les gains issus de ces spéculations et de ces montages pour le moins hasardeux :
- Si l’opération est profitable, c’est Goldman Sachs ou une autre banque d’affaires qui empocheront les gains.
- Mais si ce n’est pas profitable, ce sont les citoyens du monde entier qui payeront.
De fait aujourd’hui un grand nombre de gouvernements devraient se déclarer en faillite, mais alors ils déclencheraient l’exercice des CDS et autres instruments de ce genre. Comme ces instruments ne seraient plus profitables, les gouvernements américains et des pays d’Europe devraient à nouveau "sauver" le système en alimentant la dette par la dette ou par l’inflation.
C’est pour cela que l’on peut parler de faux débat entre austérité et croissance en Europe comme ailleurs parce qu’en réalité pour éviter les crises à l’avenir il faudrait passer par une gigantesque purge qui aurait pour principale conséquence un assainissement complet, total et radical des finances publiques des États surendettés. Au-delà de cet assainissement salutaire, il serait nécessaire de séparer clairement sphère privée et sphère publique en donnant aux États le rôle qu’ils n’auraient jamais dû perdre : garantir le cadre des échanges et des contrats et permettre à la sphère privée de se développer.

Le cercle vicieux du tonneau sans fond. Aujourd’hui, le schéma que nous proposent les gouvernements du monde entier est un schéma inverse qui consiste à sauver des systèmes qui sont devenus ingérables.
Tout le monde connaît dans la mythologie grecque les Danaïdes condamnées à verser éternellement de l’eau dans un tonneau sans fond. Le règlement de la crise de la dette ne sera pas réglé par plus de dettes. Car une dette est un engagement à rembourser et dans le cas de la dette publique un engagement à prélever plus d’argent pour payer la dette : en France, par exemple, le premier budget n’est pas celui de l’éducation, de la justice, de l’armée ou du transport, mais celui de la dette. Chaque année, la France affecte de plus en plus de recettes (issues des impôts et de nouvelles dettes) à rembourser la dette. Cela ne fait-il pas penser au tonneau des Danaïdes ?
Car, on ne peut pas créer des richesses (croissance et emplois) dans un environnement hostile à la création de richesse (hausses d’impôts). Ceux qui prétendent résoudre le problème par plus d’intervention ne font que prolonger la vie d’un patient cliniquement mort. Devons-nous dire aux générations à venir : "Vous allez travailler toute votre vie pour payer la dette de vos aînés ? Vous allez devoir créer des richesses pour rembourser une dette sans fin ? " Il est temps de sortir par le haut de cercle infernal de la dette.
Nous l’avons dit dans d’autres articles, il faut se tourner vers la société civile et libérer les initiatives qui pourront, nous n’en doutons pas un seul instant, mettre en place des solutions innovantes pour garantir à tous paix et prospérité. Nous pouvons stopper l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard.
Si le tonneau des Danaïdes continue à être rempli, les contribuables du monde entier continueront à payer des impôts pour rembourser des dettes. La décroissance sera alors au rendez-vous puisque les plus riches trouveront toujours des paradis et des placements pour les enrichir un peu plus, alors que les plus pauvres continueront à payer la dette en payant plus d’impôts présents et plus d’impôts futurs. La décroissance se traduira par la création d’une classe de très riches et une classe de pauvres.  
La classe moyenne disparaîtra et des pays, comme la France, par exemple, auront la configuration d’un pays du Tiers monde : un pays qui vit du tourisme avec une classe aisée et une classe de travailleurs locaux vivants des retombées du tourisme.
Pour endiguer cela, mobilisons-nous pour stopper l’interventionnisme sans fin qui ressemble à s'y méprendre au tonneau des Danaïdes.

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