Le dollar face à l’euro : les limites des accords de Maastricht

Alors que les États-Unis, la Chine et le Japon utilisent leurs monnaies comme instruments de politique commerciale, la zone Euro est passive et la Banque Centrale Européenne n'a aucune marge de manœuvre et se contente de constater les dégâts.

Les pays européens n'ont pas les mêmes objectifs quant aux niveaux des taux de change. Les Allemands ont toujours défendu jadis la surévaluation du deutschemark et maintenant celle de l'euro, les pays du Sud ont tout intérêt à la dépréciation monétaire. Se pose également la question de la réforme du système monétaire international.

De mes recherches sur les politiques des taux de change des devises-clé depuis 1981, je déduis les conclusions suivantes :

Les États-Unis est le seul pays price maker, ayant une force de frappe colossale sur les marchés des changes. Tous les cambistes et spéculateurs de la planète peuvent être mis en échec par la FED (Federal Reserve américaine). Ce pays a fait monter le dollar à 11 franc français contre le dollar dans les années 1980, afin d’attirer les capitaux pour le faire baisser jusqu’à 5 FF dans les années 1990, dans l’objectif de relancer ses exportations.
Le dollar américain bénéficie du privilège d’une monnaie nationale jouant un rôle international, institué par les accords de Bretton Woods en 1944. Le président US Richard Nixon, par une décision scandaleusement unilatérale, abandonna en septembre 1971, sa convertibilité en or.
Les raisons furent multiples ; les dépenses considérables engendrées par la guerre du Viêt-Nam, la compétitivité accrue des pays européens et celle du Japon et  un déficit commercial sans précédent.
N’importe quelle monnaie, autre que la devise américaine peut faire l’objet d’attaques spéculatives. Rappelons-nous ce 16 septembre 1992 (surnommé le mercredi noir) lorsque le milliardaire George Soros mena une offensive contre la livre sterling, ce qui  obligea la banque d'Angleterre de sortir sa devise du SME (SystèmeMonétaire Européen). Ces transactions contre la livre sterling auraient permis à ce trader de générer une plus-value d'environ 1.1 milliards de US.

Malgré la crise en Europe, la monnaie unique européenne continue de s’apprécier face au dollar. L’explication est simple, l’administration américaine est derrière cette politique de change afin de stimuler les exportations étasuniennes. Paul Krugman, prix Nobel d’économie disait ceci : « dans la mesure où il n’est pas possible de baisser les salaires des américains, il faut déprécier le dollar ».

John Bowden Connally, Jr  alors secrétaire au Trésor sous la présidence Nixon déclara à une délégation européenne, venu en 1971 s'inquiéter des fluctuations du dollar américain: « Le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème. »

Cette déclaration est toujours d’actualité, à la différence près que les Européens ont une monnaie unique qui pourrait faire poids face au dollar. Mais les accords ultra-libéraux de Maastricht empêchent la Banque Centrale Européenne de mener une politique de change pro active, afin de stimuler la croissance et améliorer la compétitivité.  Les Chinois non seulement soutiennent financièrement leurs entreprises et profitent des coûts bas de leur main-d’œuvre, mais administrent pleinement le yuan qui est durablement sous-évalué.
Pendant ce temps les tenants de la pensée unique et le patronat européen ont les yeux rivés sur la réduction des coûts salariaux et la mise en cause de ce qu’ils appellent les rigidités du marché du travail. Ils oublient que les Allemands ont exporté des biens d’équipement et des voitures avec des salaires et des charges les plus élevés en Europe et un deutschemark au plus haut niveau. C’est par la qualité, l’innovation et une bonne spécialisation qu’ils ont obtenu cet avantage comparatif.

Alors que les entreprises allemandes sont avantagées par un euro fort, leurs homologues  d’Europe du Sud, perdent du terrain sur les marchés internationaux. Les raisons, que j’ai moi-même constaté en tant que conseiller en commerce international, résident dans le choix de créneaux fortement concurrencés par les pays émergents

La capacité des États-Unis de créer des dollars ex-nihilo, en faisant tourner la planche à billets depuis 40 ans et cette pluie de billets verts déversés sur les économies du monde, grâce au rachat d’une partie de la dette américaine par la FED (3 opérations QE quantative easing) imposent la réforme du système monétaire international.

Cet objectif, à peine affiché par la France, la Chine, la Russie, l’Afrique du sud et le Brésil lors des G20 en 2008 a vite été mis sous silence pour les raisons suivantes :

-  Nicolas Sarkozy, alors président de la République et président du G20, n’a pas voulu heurter de front les intérêts de l’Oncle Sam,
-  les Chinois sont les premiers créanciers et surtout les premiers fournisseurs de produits aux Etats-Unis,
-   les pays émergents craignent qu’une remise en cause de l’ordre monétaire international puisse faire vaciller la première économie du monde et par ailleurs locomotive de la croissance.

Il est possible, cependant de faire jouer un rôle central aux DTS (Droits de Tirages Spéciaux), monnaie composite gérées par le FMI et rendre l’euro une monnaie de facturation des matières premières et monnaie de réserve.

L’Europe est la première puissance économique mondiale, aussi bien du point de vue du PIB que par son poids dans le commerce extérieur et des flux financiers de l’investissement international. Malgré cela, le dollar compte pour 62% du total des réserves mondiales, alors que la monnaie unique européenne ne représente que 27%.

Les banques centrales détiennent aussi une partie de leurs réserves en or (en moyenne 11%). Celles des pays émergents ont régulièrement augmenté la part en or de leurs réserves : 439,7 t en 2011 contre 77 t en 2010.
Les BRIC et le Mexique tentent de résister à l’omniprésence de la devise étasunienne dans leurs comptes tout en positionnant leurs  monnaies comme  réserves mondiales.  Cependant certains pays comme la Chine ou l’inde ne souhaitent pas rendre convertibles leurs monnaies afin de maîtriser leurs taux de change. Le Brésil a une monnaie liée directement ou indirectement au dollar ne serait-ce que sur le plan géostratégique et eu égard aux pays voisins qui entretiennent depuis des décennies des relations économiques avec les multinationales américaines. 

Une convertibilité totale du Yuan le ferait grimper à des niveaux insupportables pour les exportateurs chinois. La crise de la dette en Europe a fait fuir des centaines de milliards d’euro en dehors du vieux continent et semé le trouble sur son avenir. En tant que monnaie convertible s’imposant dans un espace à fort potentiel, il aurait dû se substitue au dollar, en tant que principale monnaie de réserve.

Le pays qui émet la principale monnaie de réserve reçoit les avantages du seigneuriage et exerce un pouvoir d’achat supplémentaire sur les autres économies.
Une monnaie est utilisée comme moyen de règlement entre opérateurs étrangers parce qu’ils ont confiance dans sa valeur propre, incarnée par la solidité de son économie, le poids de son PIB, le potentiel de développement, sa présence dans le commerce international, la stabilité des prix, des flux financiers importants avec les autres pays…
La livre sterling a perdu son statut de monnaie de réserve, qu’elle détenait seule jusqu’à la fin du XIX siècle et concurremment avec le dollar depuis le début du XXème siècle, en raison du déclin de l’économie britannique et par là même celui de son poids dans le monde.

La BCE devrait être en mesure de pratiquer une politique active de lissage de l’euro dans le sens de l’amélioration de la compétitivité des pays du Sud de l’Europe. Cette politique de taux de change aurait comme cible le dollar US, par des interventions sur le marché des changes ou du moins une déclaration ferme vis-à-vis des spéculateurs.
En ce qui concerne le Yuan, monnaie administrée par l’Etat chinois cela devrait passer par des négociations donnant-donnant entre l’Union Européenne et la Chine sur les parités euro-yuan. Cela pourrait englober les taxes douanières et tarifaires, les normes qualité et contrôle des produits importés ainsi que les normes sociales. Jusqu’à présent l’Europe a prêché par naïveté.

L’exemple flagrant est l’importation de ces vêtements contenant des substances chimiques dangereuses pour l'homme et l'environnement, selon un rapport publié le 20 novembre 2012, par Greenpeace.

Plus généralement une réforme du système monétaire international s’impose afin d’éviter les fluctuations erratiques des monnaies et les risques de change qui en résultent sur les entreprises. Dans cette perspective, les recherches devraient s’orienter vers une plus grande coopération entre les pays émetteurs de devises et ceux qui subissent les contrecoups de la guerre des monnaies.

Une monnaie commune internationale, sorte d’Ecu à l’échelle planétaire pourrait se substituer au dollar dans les règlements internationaux. Sa valeur serait indexée   sur un panier de monnaies, pondéré par le poids des économies en termes de PIB.

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