Innovation et technologie en Afrique : le cas Gemalto

Les technologies les plus avancées peuvent être déployées en Afrique et donner lieu à de vraies "success stories". Dans un domaine clé pour les États, l’identité numérique est un bon exemple d'une réussite française dans ce domaine.

Devant la volonté croissante des états africains d’informatiser et de sécuriser les données et documents ayant trait à l’identité civile, notamment dans l’exercice de la lutte contre la fraude documentaire et l’usurpation d’identité, un constat émerge : l’identification des personnes revêt une importance cruciale, elle est le fondement d’une société qui reconnaît à ses individus la valeur qui leur est due.

Cette prise de conscience bénéficie d’abord aux populations, à qui l’on veut accorder la pleine jouissance de leurs droits citoyens et sociaux : se voir délivrer des documents légaux attestant de leur identité de façon unique et indivisible, exercer un droit de vote dans un système électoral débarrassé de l’erreur et de la fraude, bénéficier d’une couverture d’assurance maladie, accéder à un parcours administratif simplifié...
Les États souverains, quant à eux, entendent accéder rapidement à une meilleure gestion des populations présentes sur leurs territoires, et restaurer un lien de confiance entre ces populations et leurs administrations nationales et territoriales. Par le biais de l’identification sécurisée des personnes, les états espèrent booster leur développement par les TIC, accélérer la croissance économique et sociale dans le respect des intérêts de tous, et enfin faire émerger la modernité pour un rayonnement national et international.
Des industriels occidentaux qui ont développé des technologies innovantes répondant aux besoins précités ont pris acte du phénomène. Parmi eux, Gemalto, spécialiste de la sécurité numérique, a répondu présent à l’appel d’une poignée d’état qui ont souhaité s’inscrire dans la course à l’émergence par le numérique et y font aujourd’hui figure de nobles précurseurs.  
Avant de s’intéresser plus avant aux projets menés par l’équipementier en Afrique, il convient de préciser quelques notions autour de la biométrie. Hier réservée à des applications de niches telles que la sécurisation des sites militaires, la biométrie devient une application grand public et répond aujourd’hui aux besoins des entreprises, institutions, opérateurs télécoms et États, aussi bien en terme d’identification des individus que d’émission de documents sécurisés. Le passeport électronique, qui contient le portrait et les empreintes digitales du porteur, est le document de type biométrique le plus répandu.

Certains pays d’Europe et du Moyen-Orient ont également doté leurs citoyens de cartes nationales d’identité, de permis de conduire et autres cartes d’assurance maladie biométriques. Si elle rencontre un tel succès, c’est que la biométrie s’est rapidement distinguée comme la technologie la plus pertinente pour identifier les personnes de manière fiable et rapide en fonction de leurs caractéristiques biologiques uniques.
Le principe est simple :
la comparaison d’une empreinte digitale à une base de n empreintes permet l’identification de l’auteur de l’empreinte, c’est l’identification. La comparaison de cette même empreinte à une empreinte de référence stockée dans un document d’identité permet d’authentifier à coup sûr l’auteur comme le titulaire du document, c’est l’authentification. La précision de l’identification repose toutefois entièrement sur la fiabilité du matériel utilisé pour la capture des données. Gemalto a ainsi su développer une gamme de dispositifs de pointe, assurant une capture optimale de la photographie et des empreintes digitales, et conçue pour être déployée rapidement y compris dans des zones à l’accès difficile.

La sécurisation des listes électorales au Bénin

Le Bénin a fait appel à Gemalto pour mettre en place un système d’inscription informatisé des électeurs, réduire le risque de fraude et ainsi restaurer la crédibilité du processus électoral. C’est par un procédé appelé enrôlement qu’ont été capturées les données civiles et biométriques de l’ensemble de la population électorale, constituant la colonne vertébrale d’une base de données nationale reflet de l’identité biométrique électorale béninoise.
La solution d’enrôlement s’est présentée sous forme d’une valise mobile robuste contenant un appareil photo numérique, un appareil de capture des empreintes digitales, un ordinateur portable, une carte d’alimentation électronique et une suite de logiciels destinés à enregistrer sur place les données civiles, les empreintes et les photographies numériques des citoyens. Le kit s’est également vu doté d’une alimentation externe ainsi qu’un générateur utilisé pour charger la batterie. Près de 3200 stations d’inscription ont ainsi été assemblées, configurées puis déployées sur l’ensemble du territoire béninois pour enregistrer quelques 6 millions d’individus. Une performance qu’il convient de saluer en soulignant deux contraintes fortes avec lesquelles l’industriel a dû composer : d’une part la difficulté des conditions de déploiement, réalisé en grande partie dans des zones rurales, à l’accès et aux conditions climatiques difficiles, et d’autre part, la rapidité d’exécution dictée par les exigences des autorités béninoises (moins de 3 mois se sont écoulés entre l’attribution du marché à Gemalto et la fourniture de l’ensemble des kits d’enrôlement).
La seconde partie de la solution de Gemalto a permis la consolidation des données au niveau national, en deux étapes : en premier lieu, les données collectées au moyen des kits et cryptées ont été déversés dans des serveurs placés sous autorités provinciales, puis relayées par ces serveurs jusqu’à un site central. Une fois les données consolidées puis traitées en central, c’est une application nationale qui s’est chargée de l’affectation des électeurs aux centres de votes, puis de la génération des listes électorales. Préalablement à l’affectation des électeurs, un module de déduplication biométrique a permis de vérifier l’absence de double inscription ou d’autres irrégularités symptomatiques de fraudes.     

La couverture d’assurance maladie du Gabon

Né de la volonté du Gabon d’offrir à ses citoyens les plus démunis une couverture santé minimale tout en modernisant le système d’assurance maladie, la CNAMGS a vu le jour en 2009 notamment grâce au déploiement des solutions d’immatriculation et de vérification de Gemalto. C’est l’identification biométrique des ayants-droits qu’a choisi l’état gabonais afin de satisfaire la volonté de prise en charge minimale des soins de santé pour les Gabonais Économiquement Faibles (GEF) tout en évitant une potentielle exploitation abusive des droits.
L’industriel français s’est vu confier la maitrise d’œuvre du programme national d’assurance maladie électronique, déclinée en quatre volets : l’enrôlement biométrique des ayants-droits, l’émission de cartes assurés en polycarbonate, la personnalisation sécurisée, et enfin le déploiement de terminaux de vérification. Sur le même modèle que pour l’enrôlement électoral au Bénin, la campagne d’immatriculation des ayants-droits a été assurée par le déplacement des agents vers les populations et notamment dans les délégations provinciales CNAMGS, les mairies ou les départements. 130 centres d’immatriculation ont également été répartis sur l’ensemble du territoire, dans lesquels on attend jusqu’à 1500 immatriculations par jour pour 1,5 million de cartes de santé émises à terme.
La carte personnalisée d’assurance maladie est ensuite établie à partir des données personnelles renseignées par le citoyen (nom, prénom, date de naissance, sexe etc.), deux empreintes digitales, ainsi que sa photo d’identité. Les données civiles et biométriques sont ensuite numérisées dans un microprocesseur qui assure leur sécurisation par chiffrage. Enfin, c’est le procédé de personnalisation sécurisée au laser, dans le corps même de la carte, qui garantit l’immuabilité des données et rend la carte infalsifiable.
La carte d’assuré ainsi fabriquée est recevable dans les hôpitaux, les pharmacies et centres de soins agréés. Un terminal de vérification doté d’un capteur reçoit alors l’empreinte digitale du porteur de la carte et la compare à l’empreinte de référence stockée dans une puce sans contact. Le porteur de la carte est ainsi authentifié instantanément comme étant l’assuré, sans nécessité de connexion avec la base d’empreintes centralisée.

Le passeport biométrique marocain

Fort de son image de modernité et de son expérience de la carte d’identité, du permis de conduire et de la carte grise électronique, le Maroc a souhaité renforcer la sécurité des documents de voyage de ces citoyens et introduire un passeport biométrique nouvelle génération.
Gemalto a pensé pour le compte de la Bank Al-Maghrib, tenante historique de la confection des passeports, une procédure d’émission de bout en bout incorporant les technologies et les procédés les plus récents en matière de sécurité numérique. La chaîne couvre l’acquisition des données, le traitement, l’impression, la personnalisation, ainsi que la gestion du cycle de vie du passeport.
La Bank Ak-Maghrib s’est ainsi vue dotée d’une toute nouvelle gamme d’équipements de production et de systèmes d’exploitations, et son personnel, formé par l’équipementier, supervise aujourd’hui la production jusqu’au produit fini, allant du brochage d’inlays et de couvertures, à la personnalisation intégrant des fonctionnalités de sécurité visuelle et logique.
La campagne d’inscription des citoyens, quant à elle, s’est vu élargir au canal du Web avec la mise en place d’un portail dédié par lequel les demandeurs prennent connaissance des exigences, y compris en matière de documents justificatifs à fournir, remplissent un formulaire en ligne qu’ils peuvent imprimer pour le soumettre aux autorités administratives, et suivent l’état d’avancement de leur demande.
Enfin, le croisement de plusieurs fichiers centralisés a permis de faciliter l’acquisition des données : les empreintes digitales des citoyens disposant d’une carte d’identité électronique sont automatiquement transférés vers la puce du passeport sans qu’il soit besoin de les capturer une nouvelle fois.  

Ces trois exemples, parmi d’autres, illustrent l’investissement d’un grand industriel français sur le continent africain. Loin de se contenter des pays industriels ou du Golfe, Gemalto propose ses innovations aux pays africains. En dehors des sujets en eux-mêmes, ici modernisation des services de l’Etat, trois autres avantages sont à noter pour le continent :
* Une partie des équipes de l’équipementier sont aujourd’hui installée en Afrique soit pour assurer la maintenance des systèmes soit pour les développements des solutions. Il y a donc création d’emplois effective sur le continent.
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Les travaux réalisés par Gemalto nécessitent aussi de développer d’autres infrastructures. Les échanges entre serveurs nécessitent par exemple des data center, des réseaux de données, des hot spots Wifi ou Wimax d’accessibilité. C’est aussi la connectivité qui est impactée positivement.
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Enfin, Gemalto opérant également dans le secteur des télécommunication avec la fourniture de carte SIM et solutions mobiles à forte valeur ajoutée aux opérateurs, c’est aussi un moyen d’améliorer la connaissance des spécificités africaines et donc de développer des produits adaptés.

Jean-Michel Huet, directeur associé, BearingPoint et Anne-Sophie Oster, Consultante BearingPoint

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