L’armée française et les PME : une autre économie de la défense

Si l’on associe facilement l’industrie de la défense à de grands groupes comme Thales ou EADS, il ne faudrait pas oublier pour autant que le ministère de la Défense entretient aussi des relations privilégiées avec les PME.

Elles représentent en effet plus de 60 % des entreprises qui travaillent pour lui, et sont les bénéficiaires de 190 000 contrats par an pour un montant compris entre 1,5 et 2 milliards d’euros. Les démarches d’information, d’accompagnement mais aussi de partenariats avec ces acteurs de premier ordre pour le tissu économique local sont d’ailleurs au cœur de la politique du ministère.

Les dispositifs consacrés aux relations avec les PME ancrés parmi les priorités du ministère  

Le ministère de la Défense consacre depuis plusieurs années déjà des moyens humains et financiers dans le but d’informer, de soutenir mais aussi de faciliter la contractualisation avec les PME. C’est ainsi qu’au début des années 2000 a été créée la Mission PME, un service dont le rôle est d’aider et de conseiller les PME dans leurs relations avec le ministère et les difficultés qu’elles pourraient rencontrer avec les services achats. Cette Mission veille aussi à ce que les stratégies d’achats du ministère prennent en compte les particularités des PME.
Dans une démarche plus proactive, la Défense cherche aussi à aller à la rencontre des PME sur le terrain, afin de les informer et de les encourager à devenir partenaires du ministère. En 2012, ces campagnes de rencontres régionales de la Mission Achats ont ainsi permis de rencontrer 2 000 PME. Il fait noter d’ailleurs que toutes ne sont pas issues du secteur de l’armement, puisque chaque année, 30% du budget, soit environ 4 milliards d’euros, est consacré aux achats hors armement. 

Enfin le ministère dispose de moyens pour soutenir l’innovation dans les PME : c’est notamment l’objectif du dispositif RAPID, le régime d’appui aux PME pour l’innovation duale, qui subventionne les projets des PME à fort potentiel technologique. Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, a annoncé fin 2012 que le financement de RAPID serait augmenté de 25 % d’ici 2015 pour atteindre 50 millions d’euros. 

Les relations avec les PME : un axe stratégique   

Ces différents dispositifs ont pour but d’aller vers les PME pour les inciter à devenir des partenaires commerciaux du ministère, qui y trouve aussi son intérêt. En effet, comme le rappelle le dernier Livre blanc de la Défense paru en 2013, les PME « constituent une source majeure d’innovation technologique dont la contribution est essentielle au maintien de notre avance ». Ces partenaires de choix sont donc une condition essentielle du maintien de l’avantage compétitif d’une industrie où l’obsolescence technologique est synonyme de mort rapide. Sans compter que multiplier le nombre de fournisseurs potentiels, c’est aussi permettre au ministère de s’ouvrir à davantage de concurrents, et donc améliorer les performances des marchés en termes de prix. Un argument revendiqué par la Mission Achats dans une période où la dette publique se doit aussi d’être maîtrisée !

Mais favoriser et protéger les PME dans le cadre de ses relations commerciales est aussi pour le ministère une façon de lutter contre la crise à un niveau plus global. En confiant des marchés à des entreprises de petites tailles, qui sont, rappelons-le, le premier employeur de France mais aussi les plus touchées par les difficultés actuelles de l’économie, le ministère de la Défense contribue au maintien et au développement de leurs activités ainsi que des emplois qui en découlent. C’est d’ailleurs principalement ce constat qui explique les mesures du Pacte Défense PME, lancé en novembre dernier par Jean-Yves Le Drian.

Le Pacte DéfensePME : dernier outil en date du renforcement du lien avec les PME 

Symbole fort de l’action du ministère en la matière, la Pacte Défense PME contient 40 mesures pour les PME et les ETI. Il s’articule autour de quatre grands axes : l’intégration des PME et ETI à la stratégie d’achat du ministère, la facilitation du passage de la recherche au développement par la consolidation dans la durée du soutien financier aux PME, l’amélioration des relations entre le ministère et les maîtres d’œuvre industriels par des conventions bilatérales pour favoriser la croissance des PME, et le renforcement de l’action en région.
Le ministère se veut donc exemplaire en matière de relations avec les PME, et encourage ses partenaires de grande taille à suivre le mouvement. C’est ainsi que des conventions avec des grands groupes comme EADS, Thalès ou Safran ont été signées dans le cadre de ce pacte. Leur objectif : favoriser la croissance des PME sous-traitantes de ces groupes industriels. Le ministère de la Défense souhaite résolument s’afficher comme un acteur moteur dans la préservation, la défense et l’aide au développement des PME.  

Le ministère de la Défense : partenaire de choix pour des PME renforcées    

Plusieurs entreprises tirent déjà les bénéfices de cette politique. Lors d’une visite du Ministre en décembre 2012 chez Rellumix, entreprise qui conçoit, produit et commercialise des filtres, des séparateurs et des systèmes de distribution des fluides et des traitements des eaux, Thierry Voiriot, son président, explique l’intérêt pour une structure de sa taille (35 salariés et 5 millions d’euros de chiffre d’affaires) de travailler pour le ministère de la Défense : « Ca accélère les performances, la compétitivité, et la qualité. Ca nous aide à vendre ». 

Autre exemple récent, concernant un groupement de PME cette fois : Griffes Défense, qui rassemble une plusieurs PME françaises de l’industrie textile alliées à Ineo, a remporté un appel d’offres d’un montant d’un milliard d’euros pour l’habillement des militaires sur une période de 8 ans. Un marché très important, en valeur et en durée, qui a malgré tout été accessible à de petites entreprises, qui se sont unies pour l’emporter. Les membres de Griffes défense (Saint James, Eminence, Cotten…) disposeront avec ce marché d’une visibilité accrue sur leur activité des prochaines années, et pourront ainsi sécuriser leurs investissements et leurs emplois.

Autre entreprise à avoir bénéficié des actions du ministère de la Défense en faveur des PME : la société de étallerie marseillaise Territoire, dont le président, Alain Goetschy, a rencontré les acheteurs du ministère lors d’une campagne d’information en région. Suite à cette prise de contact, il fait désormais partie de l’annuaire des fournisseurs du ministère, et souligne l’intérêt pour lui de disposer d’un client dont les paiements sont sûrs et qui est aussi un argument de poids dans les relations avec les banques.

Une économie de la Défense tournée vers la défense de l’intérêt économique national, des entreprises et de l’emploi        

Par sa politique en faveur des PME, le ministère de la Défense cherche à contribuer au redressement du pays. C’est ce que revendique Jean-Yves Le Drian qui a déclaré en janvier dernier : « Il faut faire en sorte qu’au niveau du ministère de la Défense, et au niveau des grands groupes, on ait sans arrêt à l’esprit : comment est-ce que l’on peut par notre développement, par nos commandes, irriguer un tissu industriel à la fois civil et militaire, et contribuer ainsi au redressement productif de notre pays. ».
Une volonté dont on peut déjà observer les effets dans plusieurs marchés récemment attribués. 

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