La territorialisation de l’efficacité énergétique : un pas vers l’autosuffisance ?

Les plus gros consommateurs d’énergie du pays sont les bâtiments, qui représentent 43 % de la consommation énergétique française tous secteurs confondus. L'efficacité énergétique est devenue un enjeu crucial des politiques mises en place depuis plusieurs années et les entreprises commencent elles aussi à mettre la main à la pâte.

La généralisation des bâtiments à énergie positive

Depuis 2010 et l’adoption des lois Grenelle 1 et 2, les bâtiments à basse consommation (BBC) se généralisent. Leur principe est simple : équilibrer autant que faire se peut la production et la consommation d’énergie. Malgré leur développement, la facture énergétique de la France atteignait les 68,7 milliards d’euros en 2012. Une hausse de 7 milliards par rapport à l’année précédente, mais surtout un triste record pour l’hexagone et un constat : il faut aller plus loin.
L’essor de nouvelles technologies telles que les smart grids, des réseaux électriques intelligents permettant le stockage de l’électricité et l’intégration d’énergies renouvelables dans les réseaux classiques, offrent aujourd’hui de nouvelles perspectives avec les bâtiments à énergie positive (Bepos). Produire plus d’énergie qu’on en consomme et ainsi devenir non plus simple consommateur, mais fournisseur de services à part entière, une utopie ? Pas vraiment. Plusieurs initiatives sont d’ores et déjà à l’essai sur le territoire et paraissent prometteuses.

Production décentralisée, centrales photovoltaïques, dépistage des anomalies…

Le groupe de distribution Casino, via sa filiale GreenYellow, montre l’exemple depuis 2010 et a investi plus de 400 millions d’euros dans le développement de ce type de stratégies afin d’améliorer l’efficacité énergétique de ses magasins. Une initiative novatrice qui peine cependant à se généraliser. Outre les questions de pédagogie et de responsabilisation, développer des solutions pour la mise en place de bâtiments à énergie positive implique également des questions plus larges d’infrastructures, de coûts, mais aussi d’opportunités. Un changement d’échelle, des bâtiments au territoire dans sa globalité, pourrait permettre non seulement une meilleure adaptation de ces solutions durables dans les villes, mais également le développement d’initiatives plus étendues.

Les territoires à énergies positives et Terr’innove, le pilote de GDF Suez

« Entre 2000 et 2013, notre consommation a augmenté de 51 % contre 12 % pour la moyenne nationale. Dans ce cadre, la Vendée va tester une action pilote en France : Terr’innove ». Le 18 juin dernier, Bruno Retailleau, président du Conseil général de Vendée, annonçait le lancement d’un plan en partenariat avec GDF Suez afin de faire de la région un des premiers « territoires à énergies positives » (TEPOS) de France.
Une démarche pionnière que GDF Suez a déployée dans les Pays de la Loire, dans le Rhône-Alpes, en Alsace, dans le Poitou-Charentes et en Bretagne. Le but : analyser la consommation d’énergie de chacune de ces régions, les aider à réduire leur consommation et intégrer le plus d’énergies renouvelables possible. À terme, ces régions devraient être capables de produire plus d’électricité qu’elles n’en consomment, par le biais de sources de production décentralisées principalement.
Une stratégie énergétique territoriale qui permettra à chacune des régions de devenir des actrices de la transition énergétique en marche aujourd’hui en France. Rappelons que le pays est supposé réduire de 50 % sa consommation énergétique d’ici 2050. Un objectif ambitieux fixé par la récente loi sur la transition énergétique qui passera sans nul doute par la généralisation des territoires à énergies positives. Une généralisation qui ne se fera pas du jour au lendemain, certes, mais qui marque l’évolution positive des mentalités face aux questions environnementales et énergétiques.
Le comportement exemplaire est en train de devenir la nouvelle norme sociale et les solutions les plus économes en énergie deviendront bientôt les solutions par défaut.
« Au XXIe siècle, des centaines de millions d’êtres humains vont produire leur propre énergie verte dans leurs maisons, leurs bureaux et leurs usines et la partager entre eux sur des réseaux intelligents d’électricité distribuée […], exactement comme ils créent aujourd’hui leur propre information et la partagent sur Internet. » Les prévisions de Jeremy Rifkin dans La Troisième Révolution Industrielle n’ont jamais été aussi proches de la réalité.

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