Blockchain publique, privée, consortium… Quelles différences ?

Des technologies plus ou moins fermées voient le jour pour s'adapter aux contraintes des secteurs privés.

Comme la technologie en elle-même, la terminologie de la blockchain est encore bien nébuleuse. Blockchain publique, blockchain privée, distributed ledger, consortium… Des termes émergent dans le secteur pour désigner des protocoles aux applications très différentes. Le JDN fait le point.

Blockchain publique

Dans la blockchain publique, tous les nœuds du réseau d'échange sont contrôlés par le réseau peer-to-peer. Il n'y a aucune barrière d'entrée, aucune permission à demander pour effectuer une transaction et tous les acteurs sont donc en situation égalitaire dans leur participation au réseau. C'est le cas de la monnaie virtuelle bitcoin, bien sûr, et de l'Ethereum.

Blockchain privée

La blockchain privée tourne sur un réseau privé sur lequel le gérant peut modifier le protocole quand il le souhaite. Personne ne peut y participer sans y être autorisé. "Cette blockchain n'est pas très intéressante, juge David Teruzzi, expert en bitcoin. Elle est certes scalable à l'infini, contrairement à la blockchain publique, mais son intérêt est limité puisqu'elle ne fait pas le lien entre différents acteurs."

Les blockchains privées sont en fait beaucoup utilisées par des acteurs comme les banques, par exemple, pour expérimenter en interne sur la blockchain et accroître leur connaissance de la technologie. "Cela les aide à mieux appréhender la blockchain pour l'utiliser dans le futur dans un scénario plus complexe", explique Luca Comparini, responsable blockchain chez IBM France. Mais pas seulement. "Les blockchains privées peuvent aussi permettre de raccorder différents systèmes d'information qui ne se parlent pas bien au sein d'une même entreprise."

Consortium

Le consortium est une blockchain qui regroupe plusieurs acteurs mais qui n'est pas publique et ouverte à tous. "C'est une blockchain hybride, résume David Teruzzi. Les droits d'écriture et de modification sont modifiables et certains nœuds peuvent être rendus publics tandis que d'autres restent privés." Les participants possèdent certains droits et les décisions prises sur la blockchain le sont par la majorité d'entre eux.

Le consortium est plus adapté aux contextes régulés

"Les blockchains publiques reposent sur l'anonymat des participants et l'absence de régulateur, rappelle Luca Comparini. C'est un problème pour les acteurs qui opèrent dans des contextes régulés, comme les banques et les assureurs, et qui sont obligés par la conformité de connaître l'identité des participants." Le consortium est donc le choix privilégié par ce type d'acteurs : à l'international, le consortium R3 regroupe 42 banques qui expérimentent sur la technologie. "IBM s'oriente aussi vers des blockchains de ce type, sur lesquelles on peut enlever étendre, déléguer ou révoquer l'accès et qui s'adaptent bien à des contextes réglementés."

Plus le réseau est étendu, plus le ROI est intéressant. Mais le chemin d'adoption de la technologie, jusqu'à ce qu'elle soit opérationnelle pour de vrais cas d'usage, est long. D'où le recours à des blockchains privées ou consortiums restreints en attendant.

Distributed ledger

Le terme de "distributed ledger technology" (DLT) est de plus en plus utilisé pour désigner les blockchains privées et les consortiums. "Les puristes considèrent qu'on ne peut dans ces cas-là pas parler de blockchain, décrit David Teruzzi." "Pour les pro-bitcoins, la seule vraie blockchain est une technologie de registres partagés décentralisée, tandis que les registres distribués dans une entité unique ou un groupe ne peuvent pas bénéficier de ce terme, ajoute Luca Comparini. On les appelle donc des distributed ledgers."

Interopérabilité et side chains

Plusieurs blockchains publiques, privées et consortiums pourraient finir par cohabiter, chacun se spécialisant sur les applications les plus adéquates. "La blockchain publique est idéale pour les marchés ctoc et P2P, tandis que les blockchains privées et les consortiums sont davantage adaptés au btob, analyse Luca Comparini. Pour le btoc, cela dépendra des contraintes du secteur." Résultat : des passerelles ou side chains vont être créées entre les différentes blockchains pour assurer leur interopérabilité. Un domaine encore peu exploré.

 

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