Tezos, la blockchain décomplexée qui veut remplacer Ethereum

Tezos, la blockchain décomplexée qui veut remplacer Ethereum Conçue par un Français, cette nouvelle plateforme a la particularité d'avoir une gouvernance plus stricte. Elle vient de boucler une ICO record de plus de 233,7 millions de dollars.

Après Bitcoin et Ethereum, une nouvelle blockchain veut se faire une place : Tezos. Imaginée par un le Français Arthur Breitman, accompagné de sa femme américaine Kathleen, cette nouvelle plateforme toujours en développement fait du bruit dans le petit monde de la blockchain. Elle veut ni plus ni moins remplacer une des références du milieu : Ethereum. Comme cette dernière, Tezos compte faire tourner des smart contracts, des programmes autonomes qui exécutent automatiquement des actions validées au préalable par les parties prenantes. Son petit plus ?  Tezos sera capable de vérifier formellement la validité du code, le point faible d'Ethereum.  

Pour accélérer son développement, l'équipe de Tezos a naturellement choisi de se financer via une ICO, une levée de fonds en crypto-monnaies. Initialement prévue en mai dernier, elle a dû être décalée au 1er juillet car elle n'avait pas obtenu l'accord des régulateurs suisses (où est basée la fondation de Tezos). Entre le 1er et le 13 juillet, date de sa clôture, le projet a récolté l'équivalent de 233,7 millions de dollars, d'après la fondation. Tezos fait en tout état de cause donc mieux que la plateforme d'échanges de crypto-monnaies en réserve Bancor Protocol, qui avait levé l'équivalent de 153 millions de dollars le 12 juin dernier.

"Proposer une ICO sur une durée aussi longue et sans déterminer de montant maximal est dangereux"

Contrairement aux ICO "traditionnelles", Tezos a fait le choix de ne pas définir de seuil maximal d'investissement. "Beaucoup de projets se lancent avec un plafond sous prétexte que c'est plus responsabilisant, défend Ross Kenyon, porte-parole de la fondation. Mais ils le mettent bien en dessous de la demande car un plafond encourage une "mentalité FOMO" (fear of missing out, en français la peur de manquer quelque chose, ndlr), ce qui pousse les gens à se focaliser sur les paramètres de l'ICO au lieu de se plonger dans le contenu des projets." La stratégie n'est cependant pas du goût de tout le monde. "Proposer une ICO sur une durée aussi longue et sans déterminer de montant maximal est dangereux, surtout quand c'est un projet en early-stage", soutient de son côté Côme Jean Jarry, cofondateur de Belem, une start-up qui aide les institutions financières à explorer les applications de la blockchain.

Une gouvernance plus centralisée

L'écosystème de la blockchain s'interroge aussi sur l'utilité d'un tel montant. "On sait ce qu'OVH va faire avec sa récente levée de fonds, comme payer des serveurs. Mais on ne sait pas ce que Tezos va faire de ces 200 millions de dollars", s'interroge Quentin de Beauchesne, président et CTO de Ledgys, fournisseur d'infrastructures blockchain. Dans leur "white paper", le document de présentation de leur ICO, les équipes de Tezos ont précisé avoir besoin de "seulement" 20 millions de dollars pour notamment couvrir les frais de leur fondation, rémunérer leurs neuf développeurs et racheter Dynamic Ledger Solution, l'entreprise d'Arthur et Kathleen Breitman à l'origine de Tezos. "Quand on reçoit beaucoup trop d'argent, est-ce qu'on travaille ? Beaucoup de grosses ICO n'ont pas produit grand-chose. La start-up Augur, qui avait levé 8 millions de dollars, a seulement produit une démo un an et demi plus tard. C'est plutôt léger", estime Quentin de Beauchesne. 

Tezos permettra à une "supermajorité" de choisir et d'adopter des propositions de mise à jour de la blockchain

Tezos a cependant fait part de ses ambitions. Il veut concevoir une plateforme dotée d'une gouvernance plus proche du monde de l'entreprise. Une caractéristique en opposition totale avec l'essence-même de la blockchain, qui repose sur une gouvernance décentralisée. Concrètement, Tezos permettra à une "supermajorité" de choisir et d'adopter des propositions de mise à jour de la blockchain alors que pour Bitcoin et Ethereum c'est toute la communauté qui est sollicitée. Depuis quelques années, la gouvernance de ces deux blockchains est de plus en plus controversée. Deux camps s'affrontent : les développeurs, qui veulent conserver un niveau de technologie qui garantisse la décentralisation et les industriels qui veulent augmenter le nombre de transactions. "Ils essaient une nouvelle formule, c'est intéressant. Reste à voir si cela va marcher", observe Côme Jean Jarry.

Autre particularité de Tezos liée au sujet de la gouvernance : la mise en place d'un "proof-of-stake" qui demande à l'utilisateur de prouver combien il détient de crypto-monnaies pour obtenir des droits de vote en proportion. Une évolution que prévoit aussi de faire Ethereum à terme. "On va se diriger vers une oligarchie avec une gouvernance par ceux qui ont le plus d'argent", regrette Quentin de Beauchesne. Tezos ne cache pas sa proximité avec le milieu financier. Le milliardaire Tim Draper a même déclaré en mai dernier vouloir participer à l'ICO de Tezos, d'après Reuters. Mais impossible de le vérifier : les échanges sont opérés via une blockchain, il sont donc anonymes...

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