Les wearable techs changent de dimension

Après les bracelets et les montres, des vêtements aussi courants que le jean se connectent et seront bientôt capables d'agir sur le corps.

Ne soyez pas étonnés si demain vous tombez sur deux adolescents qui se photographient mutuellement les poches de pantalon en gloussant, c'est juste qu'ils s'échangent leur numéro de téléphone. Vous êtes tout de même étonné ? Alors c'est que vous n'êtes plus à la page : désormais, mêmes les jeans ont basculés dans le digital.

Enfin c'est surtout vrai pour le dernier-né de la marque française Kaporal : "Nous proposons un jean connectant, c'est-à-dire qui permet d'accéder à toutes les coordonnées de son porteur rien qu'en scannant le QR code unique imprimé sur une poche avec un smartphone", explique Nicolas Ciccione, directeur e-business de la société.

"Les nouvelles générations veulent de l'identitaire et pour elles, par exemple, une montre ne peut être que connectée"

Concrètement, une fois le jean acheté, au même prix que les autres, il suffit au client de scanner le code et de rentrer ses coordonnées. Ce service, fournit par Buzcard, spécialiste français de la carte de visite numérique, est pour l'instant gratuit pour cette première série limitée. Mais pour la nouvelle collection prévue début 2016, il sera nécessaire de payer un abonnement pour mettre à jour ses données après un an d'utilisation.

En faisant du jean un support de rencontres, Kaporal entend répondre aux attentes de la nouvelle génération de consommateurs : "Il y a un lien étroit entre les 16-25 ans, attirés par nos jeans, et les nouvelles technologies. Nous souhaitons apporter avec ce produit des usages funs et lifestyle, plus que le reste des wearables (objet connecté qui se porte, NDLR)", affirme Nicolas Ciccione.

Un avis partagé par Stéphane Bohbot, fondateur de Lick, enseigne spécialisée dans la distribution d'objets connectés : "La technologie devient un véritable style de vie, une mode. Ces produits sont ultra personnalisables donc chacun peut y trouver son compte. Les nouvelles générations veulent de l'identitaire et pour elles, par exemple, une montre ne peut être que connectée."

L'ambition de Kaporal : créer de nouveaux usages, comme un contrôle en temps réel du niveau d'usure de la trame du jean 

Au-delà de l'argument de vente, cette stratégie offre aussi à Kaporal un bon moyen d'en savoir plus sur sa clientèle : "Cela permet d'entrer et de rester en contact avec nos clients via leur compte en ligne, de gérer un contact humain plus fort que d'habitude grâce à ce lien direct permis par le QR code ", explique Nicolas Ciccione, pour qui "le potentiel du textile connecté est énorme" et qui souhaite "devenir un acteur de référence dans ce domaine."

Kaporal a donc décidé d'accélérer : "Nous allons rapidement passer du jean connectant au jean connecté. Nous travaillons déjà avec une start-up française très active dans ce domaine et nous proposerons un nouveau produit dès le second semestre 2016."

Son ambition ? Créer de nouveaux usages, comme un contrôle en temps réel du niveau d'usure de la trame du jean ou un échange d'informations entre le vêtement et la machine à laver, qui adapterait son programme au textile. "C'est essentiel car la valeur ajoutée du produit, sur ce marché extrêmement concurrentiel où nous sommes attaqués de toutes part, et notamment par le low-cost, passe aujourd'hui par le service", poursuit-il.

Reste un défi de taille : maîtriser les coûts. Car Nicolas Ciccione l'assure, les vêtements connectés n'auront de succès que s'ils restent accessibles.

"Les wearables sont le segment le plus dynamique parmi tous les objets connectés"

Pour leur préparer la voie, les vêtements connectés peuvent en tout cas compter sur les ventes grandissantes de l'ensemble des produits wearable. "Cette catégorie est en fort développement car des acteurs majeurs de l'industrie comme Apple lui ont ouvert la voie. C'est le marché le plus dynamique parmi tous les objets connectés", souligne Stéphane Bohbot, le patron de Lick. Chez lui, les objets connectés qui se portent représentent désormais 25% des ventes. "Et l'engouement à l'approche de Noël ne cesse de s'accroître."

A tel point que l'enseigne a signé fin septembre un partenariat avec le bijoutier et horloger français Louis Pion. Objectif : l'aider à déployer dans ses 140 magasins une offre de montres connectées, notamment en formant ses vendeurs. Preuve s'il en est que "la montre connectée est un produit déjà familier auprès du consommateur. Les montres qui se vendent le mieux sont celles qui ressemblent le plus à une belle montre traditionnelle. Aujourd'hui, ces wearables sont d'abord achetés pour leur design", explique le fondateur de Lick.

Mais l'engouement qu'ils suscitent devrait encore se renforcer avec l'arrivée de nouvelles fonctionnalités, estime-t-il : "Ces appareils disposent de plus en plus de capteurs, comme pour le rythme cardiaque. Ce n'est pas encore un réel besoin chez le consommateur mais je suis assez confiant sur le fait que les nouveaux services qui sont en train d'être imaginés pour ces produits vont vite les rendre indispensables."

"Le marché des traqueurs d'activité et des objets connectés de santé est saturé. Nous voulons montrer que les possibilités sont infinies"

Car les wearables tels qu'ils existent actuellement risque bien d'être rapidement dépassés. Parmi les innovations les plus spectaculaires, l'américain embr labs a frappé fort avec son bracelet connecté Wristify, capable de refroidir le corps en cas de coup de chaud ou d'une montée de stress, et de le refroidir en cas de grosse chaleur.

"Les wearables vont petit à petit devenir des technologies actives. Le marché des objets connectés se démocratisera quand ils seront capables d'agir sur notre corps", nous affirme David Cohen-Tanugi, co-fondateur de embr labs et créateur de Wristify.

Car l'offre existante aurait, selon lui, déjà atteint ses limites : "Le marché des traqueurs d'activité et des objets connectés de santé est saturé. Nous voulons montrer que les possibilités sont infinies et que les objets connectés peuvent aussi rendre notre quotidien plus confortable." Après les révolutions de l'ordinateur de bureau, de l'ordinateur portable et du smartphone, David Cohen-Tanugi est formel : "les wearables sont le futur de l'informatique".

 

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