Doctolib, MonDocteur : qui va rafler le marché de la prise de RDV médicaux ?

Les deux acteurs se partagent la grosse majorité du marché français et font la course au recrutement des professionnels de santé.

Le site de réservation de rendez-vous médicaux MonDocteur vient de révéler que Lagardère Active, qui a pris une participation majoritaire dans la start-up fin 2013 en annonçant y investir 2,4 millions d'euros, a finalement injecté quinze millions en deux ans pour son développement. L'occasion d'afficher de grandes ambitions : couvrir 20% des cabinets médicaux français d'ici 2018, soit 100 000 praticiens environ. Aujourd'hui, MonDocteur en revendique 3 500 sur 11 000 présents sur des plateformes similaires en France environ.

Son principal concurrent, la start-up Doctolib, affirme en compter 7 000 et affiche également un objectif de 100 000 inscrits d'ici deux ans -les chiffres affichés par les deux sociétés étant difficiles à vérifier. Clicrdv et rdvmedicaux ainsi que d'autres plateformes référençant quelques centaines de praticiens se partagent le reste du marché.

Les deux leaders sont engagés depuis leur lancement, en 2013, dans une course à l'inscription de praticiens. Doctolib assure en avoir recruté plus de 1 000 en janvier,  tandis que MonDocteur explique avoir atteint un rythme de recrutement de 500 professionnels par mois, "en forte accélération".

En tenant compte du nombre de praticiens revendiqués et de l'abonnement mensuel facturé une centaine d'euros (les sociétés ne prennent pas de commission sur la prise de rendez-vous), on peut estimer à 700 000 euros par mois environ le chiffre d'affaires actuel de Doctolib et 350 000 euros celui de MonDocteur. "Nous tablons sur 10 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année", assure cependant Thibault Lanthier, cofondateur de MonDocteur.

Chirurgiens d'un côté, généralistes de l'autre

Si les deux concurrents s'adressent tous deux au marché des professionnels de santé, leurs bases sont aujourd'hui très différentes. Doctolib mise plus sur les chirurgiens et anesthésistes (50% des inscrits) que sur les généralistes (25%) et les dentistes et kinésithérapeutes (25%). MonDocteur revendique de son côté 30% de généralistes, 30% de dentistes et 40% de spécialistes avec une forte représentation d'ophtalmologues, gynécologues, pédiatres et dermatologues.

"Nous sommes très focalisés sur les chirurgiens car nous avons remportés de nombreux appels d'offres avec des cliniques privées comme celles du groupe Vitalia, explique Stanislas Niox-Chateau, CEO de Doctolib. Pour nous, c'est un atout car la prise de rendez-vous y est plus complexe et la valeur ajoutée est plus grande." Au contraire, MonDocteur mise sur les "médecins d'entrée de parcours de soins", recherchés plus couramment par les patients. 

  Doctolib MonDocteur
Date de lancement Octobre 2013 Juin 2013
Audience Web fixe : 457 000 VU en décembre selon Médiamétrie
Mobile : audience trop faible pour remonter dans le classement Médiamétrie
Web fixe : audience trop faible pour remonter dans le classement Médiamétrie
Mobile : 28 000 VU en novembre selon Médiamétrie
Nombre moyen de recherches Google en France en janvier 2016 301 000 27 000
Fonds levés 23 millions d'euros 15 millions d'euros
Investisseurs Accel Partners, Pierre Kosciusko Morizet (PriceMinister), Bertrand Jelensperger (Lafourchette), Pierre Krings (PriceMinister), Kerala Ventures, Nicolas Brusson (BlaBlaCar) Lagardère Active a pris une participation majoritaire au capital
Nombre de praticiens 7 000 praticiens, 220 cliniques privées et 80 établissements de santé 3 500 praticiens
Nombre de spécialités 180 55
Composition des praticiens inscrits sur la plateforme 50% de chirurgiens et  anesthésistes, 25% de généralistes, 25% de dentistes et kinésithérapeutes 30% de généralistes, 30% de dentistes, 40% de spécialistes avec une forte représentation des segments les plus recherchés (ophtalmologues, gynécologues, pédiatres, dermatologues…
Nombre de rendez-vous pris par mois sur la plateforme 1,5 million 1 million
Coût de l'abonnement pour les praticiens 99 euros TTC 106,8 euros TTC
Nombre de bureaux en France 20 23
Nombre de salariés 200. Objectif : 400 fin 2016. 100. Objectif : 200 fin 2016.
Internationalisation Un ou deux pays lancés en 2016, à commencer par l'Allemagne Pas de projets à l'étranger pour l'instant

 

En acceptant une prise de participation majoritaire de Lagardère Active au capital de MonDocteur, les fondateurs ont notamment misé sur la force de frappe de Doctissimo, propriété du groupe. Le forum qui a enregistré 3 millions de visiteurs uniques (VU) sur mobile en novembre, 5,6 millions de VU sur Web fixe et 1,8 million sur tablette en décembre, selon Médiamétrie, propose aux internautes de prendre leurs rendez-vous sur la plateforme.

MonDocteur s'appuie sur Doctissimo

"Le service sera par ailleurs directement intégré sur Doctissimo d'ici mars", ajoute Thibault Lanthier. Selon lui, le forum est aussi un moyen de convaincre de nouveaux praticiens en leur assurant qu'on leur ouvre "l'endroit où sont les patients sur Internet". "C'est une puissance incomparable puisque Doctissimo est la source spontanément utilisée par les patients", assure le cofondateur.

De quoi inquiéter Doctolib ? Absolument pas, pour son CEO : "La popularité du forum chute et son audience est constituée de beaucoup de blogs et d'échanges autour de questions liées au sexe… Je ne pense pas que ce soit un support idéal pour la prise de rendez-vous, ni que les médecins veuillent y être associés."

Une promesse : accroître la patientèle

Si, afin de séduire les praticiens, chaque acteur se targue de posséder le meilleur logiciel -plus pratique et doté de fonctionnalités plus nombreuses- l'un de leurs arguments réside dans la promesse d'accroître la patientèle. En moyenne, "20 à 30% des rendez-vous des praticiens sont pris via MonDocteur, assure Thibault Lanthier. Mais cela varie selon les spécialités et le pourcentage augmente avec le temps à 40 ou 50%, voire plus pour certains utilisateurs." Selon lui, la plateforme apporte "20 à 30 nouveaux patients par mois aux médecins abonnés".

"Les praticiens reçoivent en moyenne 235 rendez-vous par mois et environ un tiers des rendez-vous des professionnels inscrits sur Doctolib sont directement réservés sur le site par les patients. On a investi dans des consultants sur le terrain, qui font notamment de l'optimisation de trafic, analyse Stanislas Niox-Chateau. On a aussi beaucoup travaillé sur le SEO, comme pour LaFourchette, start-up dans laquelle j'ai investi via Otium Capital et qui tire 95% de son trafic par ce biais. La grande majorité des praticiens sont présents dans notre annuaire et notre marque commence à être connue par les patients."

L'internationalisation n'est pas une priorité

Alors que les deux concurrents se livrent une guerre dans l'Hexagone, se pose déjà la question d'exporter le modèle à l'étranger. Mais difficile de se lancer à l'international quand les moyens sont mobilisés pour s'emparer du marché français. "Aujourd'hui, MonDocteur est complètement focalisé sur le marché français qui présente un énorme potentiel de croissance : seuls 2% des praticiens sont équipés, explique Thibault Lanthier.

D'autant que, comme l'explique son concurrent, le modèle n'est pas facilement internationalisable : "c'est un projet de marathonien qui nécessite de repartir de zéro dans chaque pays commercialement". Doctolib se lancera quand même en Allemagne et peut-être dans un deuxième pays en 2016, tout en continuant de concentrer la majorité de ses efforts dans l'Hexagone. "Et pourquoi pas boucler ensuite une nouvelle levée de fonds pour aller plus loin", conclut son CEO.

Lagardère Active / E-Santé