Palaces : bientôt la pénurie de main d'œuvre

Palaces : pénurie de main d'œuvre L'arrivée des groupes asiatiques oblige les hôtels de luxe à redoubler de vigilance pour garder leurs clients, mais aussi leurs employés.

 

En moins de deux ans, quatre hôtels de luxe, dont trois asiatiques, ont ouvert leurs portes à Paris. Un choc pour les palaces historiques, qui n'ont pas souvenir d'un tel débarquement dans leur univers. S'ils s'inquiètent de voir leur riche clientèle filer chez la concurrence, c'est aussi pour leur main d'œuvre, rare et qualifiée, qu'ils doivent se préparer à une rude compétition.

La série d'ouvertures a commencé en 2010, avec celle du "nouveau" Royal Monceau, racheté par le groupe singapourien Raffles qui inaugurera son deuxième palace parisien en 2013, le Péninsula. S'en est suivi celle des hongkongais Shangri-La et Mandarin Oriental, en 2010 et 2011.

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L'hôtel Shangri-La, l'un des derniers arrivants sur le marché parisien. © Shangri-La Hotel, Paris 

Et grâce à des budgets conséquents, ces nouveaux entrants en imposent à leurs aînés. Selon un professionnel du secteur, le PDG de Shangri-La a laissé carte blanche à ses équipes pour rénover son hôtel parisien, un bâtiment ayant appartenu à la famille Bonaparte. Au total, le chantier aura duré près de quatre ans et la facture initiale quadruplé.

Bien décidés à rivaliser, les palaces "historiques" entament leur rénovation. C'est le cas du Ritz qui a fermé ses portes en août 2012 pour deux ans de travaux. Le Crillon lui emboîtera le pas à l'automne. Or, entre temps, le personnel mis sur la touche risque de frapper à la porte des nouveaux venus qui tourneront à plein régime. Notamment parce que l'ouverture d'un établissement attire des employés en quête d'évolution : "Participer à l'ouverture d'un hôtel est une référence à avoir sur son CV", vante Valérie Ressy, directrice des ressources humaines du Mandarin Oriental.

Le personnel mis sur la touche pendant les rénovations frappera à la porte des nouveaux venus.

Mais pour Michel Font, cofondateur du cabinet de recrutement Cala Partners, le danger est ailleurs : "un an après l'ouverture d'un hôtel, une équipe de gestion vient remplacer l'équipe de lancement. Or, les femmes de chambre, concierges et autres maîtres d'hôtels sont des métiers extrêmement longs à former." Prises de vitesse, les nouvelles enseignes, même si elles s'en défendent, n'auront d'autre choix que de débaucher chez les concurrents. "Les établissements de luxe de province seront les premières victimes de la pénurie de talents qui va s'amorcer, puisqu'ils n'auront pas les mêmes arguments que les palaces parisiens pour conserver leurs équipes", précise Michel Font.

Dans ce contexte, seuls les hôtels au réseau international, comme le Park Hyatt, devraient tirer leur épingle du jeu : ils pourront rapatrier des salariés travaillant déjà pour le groupe à l'étranger.

"Les palaces de province seront les premières victimes de la pénuerie de main d'œuvre."

En revanche, le problème sera plus épineux pour d'autres qui, comme le Dorchester propriétaire du Plaza Athénée et le Meurice, n'ont pas les effectifs suffisants pour assurer des remplacements. Certains cinq-étoiles ne changent pas leur politique RH pour autant. "Nous sommes conscients de l'arrivée de nouveaux acteurs, mais nous n'avons pas adopté de stratégie de défense particulière, si ce n'est de faire connaître davantage la marque Marriott pour accroître notre visibilité", confie Agnès Fossé-Macé, DRH de l'établissement situé avenue des Champs-Elysées.

Une fois leurs travaux de rénovation achevés, les anciens palaces de Paris ouvriront à nouveaux leurs portes, menaçant à leur tour les nouvelles enseignes. Et les employés du secteur n'hésiteront pas à faire jouer, une fois de plus, la concurrence en leur faveur. Une situation déjà anticipée par les groupes récemment implantés qui encouragent la montée des opérationnels à la direction des établissements. Là encore, le Shangri-La donne le ton : René Blino, son DRH, a quitté ses fonctions en août 2012, pour suivre une formation de directeur d'hôtel en Asie. "Un révélateur de l'ampleur des problèmes qui s'annoncent", selon Michel Font.

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