Mais où sont passés les vrais patrons ?

Face à un contexte économique difficile et la disparition du sens donné au travail, Didier Pitelet dénonce le manque de leaders capables de fédérer autour d'une culture d'entreprise forte. Sa solution : remettre l'homme au cœur des stratégies. Explications

L'entreprise est en voie de déshumanisation accélérée. Le mal-être s'étend de façon inquiétante, atteignant désormais les cadres dirigeants. Les modèles que nous connaissons depuis cinquante ans sont en train de s’effondrer sous les coups de boutoir conjugués des crises successives, de la désespérance des salariés, de la disparition du sens donné aux projets collectifs et de désormais deux générations kleenex. Le défi des toutes prochaines années ne laissera pas le choix aux entreprises : elles devront remettre les hommes, les femmes, au cœur de leur stratégie sous peine d’être privées de talents et de faire subir à leurs marques des dégâts considérables.


En cette période de crise économique mondiale, où les mauvaises nouvelles affluent quotidiennement, la sur-médiatisation actuelle diabolise l'entreprise et les patrons, créant un amalgame pathétique entre quelques cas pitoyables et la très grande majorité d'entreprises vertueuses, entre les groupes du Cac 40 poings et mains liés aux marchés et les 96 % d'entreprises qui sont des PME ! La conséquence est terrible : un moral en berne, une victimisation des salariés y compris au sein de groupes profitables, 40 % des cadres dirigeants qui ne sont pas certains que leur patron soit à la hauteur pour gérer la crise ... Le monde marche sur la tête ! Tous les repères d'hier volent en éclats face à la démocratie directe du web où tout se sait, tout se dit en temps réel. La transparence et le collaboratif sont de mise à l'extérieur, encore redouté à l'intérieur des murs de l'entreprise ; la disparition du sens donné aux projets collectifs, l'arrivée d'une "Génération Y" en attente de vrais leaders proches, la troisième génération kleenex, un management déboussolé...

 

Alors que les salariés ont plus que jamais besoin de se rallier à une véritable culture d'entreprise, d'adhérer à de vraies valeurs, de porter leur marque en maillot, ils assistent à l'ère des dirigeants temporaires interchangeables et se voient totalement privés de repères identitaires. Nous assistons à la fin d'un modèle qui a dressé des profils de leaders à la gestion et à la rentabilité sans les avoir éduqués à l'humain. Conséquence directe : on assiste à une crise sans précédent de loyauté envers l'entreprise. Les dirigeants doivent intégrer qu'ils ont les équipes qu'ils méritent, qu'ils doivent se donner en gage à travers une histoire à vivre et à partager, et ne pas se cacher derrière le rayonnement de leur marque.

 

Le défi des toutes prochaines années ne laissera pas le choix aux entreprises : elles devront remettre les hommes et les femmes au cœur de leur stratégie sous peine d'être privées de talents et de faire subir à leurs marques des dégâts considérables. Les générations montantes, plus conscientes de leur responsabilité sociale, sont en train de modifier profondément les règles du jeu. Les 15/24 ans, notamment , sont prêts à en découdre, ils veulent du "vrai", de vrais patrons à admirer, de vrais projets à vivre. Ils sont 40 % à vouloir monter une boite, 39 % à vouloir rejoindre le privé contre seulement 25 % à devenir fonctionnaire... (enquête CSA du 17 avril 2009). La relève est en marche pour bâtir un nouveau monde à la reconquête de mots oubliés comme confiance, respect, reconnaissance, engagement, motivation (...)

 


Mes 25 années d'expérience dans l'univers des relations  humaines m'ont amenées à une réflexion approfondie sur ces modèles de gouvernance en mutation et à établir un diagnostic sévère mais mérité sur cet état de fait. Enrichi par de nombreux témoignages. « Les patrons sont morts, vive les patrons , l'enjeu de la réputation d'entreprise» est le fruit d'une analyse sur les modèles de management des entreprises d'aujourd'hui qui aide à décoder les enjeux de gouvernance et d'évolution du monde du travail pour les dix prochaines années. L'espoir est bien là.

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