Et si vous profitiez de vos vacances pour lire « Le Père Goriot » ?

Lire ou relire pendant ses vacances de grandes œuvres classiques comme Le Père Goriot, c’est atteindre deux bonheurs : un immense plaisir de lecture et celui d’en ressortir plus fort pour affronter la rentrée.

Chaque fois que je lis ce roman, je n’ai qu’une envie : celle de le partager avec ceux que j’aime. Je me dis que ses secrets sont décidément inépuisables, ses beautés si nombreuses, ses enseignements si convaincants, ses exemples si vertueux, y compris pour nous autres à l’aube de ce XXIème siècle…   

Il y a en effet tant à apprendre de cette histoire et de tous ses personnages dont les trajectoires se croisent chez Madame Vauquer. Souvenez-vous : une pension de troisième catégorie recueille des êtres, tous différents, tous désargentés. Parmi eux, le Père Goriot, vieil homme dont la feu grande fortune s’amenuise au fur et à mesure que ses filles le sollicitent ; il y a Rastignac, jeune aristocrate de province sans le sou qui comprend vite la dureté de la vie dans la capitale ; il y a Bianchon, futur médecin droit, simple et solide ; il y a Vautrin, fameux brigand machiavélique ; il y a… tant d’exemples bons et mauvais dont la première des vertus est de nous faire réfléchir sur nous-mêmes.

Confrontés à ces thèmes incontournables que sont l’amour, l’argent, le pouvoir, il leur arrive ce qui arrive à tout le monde : la tentation du vice. Certains y tombent, d’autres y résistent, parfois.

Voyons d’abord le Père Goriot : comment ne pas voir en lui l’illustration de l’exemple à ne pas suivre ? Cet homme qui fut, à force de travail, un grand professionnel reconnu, riche et, d’une certaine manière, admirable, devient dans sa vieillesse, pauvre et moins que rien aux yeux de presque tous. La raison ? Il n’a pas su élever ses filles dans le droit chemin. Il n’a pas su reproduire en elles ce qui l’a conduit, lui-même, au succès. Il les a trop aimées, c’est-à-dire mal aimées ! « Il aimait jusqu’au mal qu’elles lui faisaient. » dit Balzac. En leur assurant de beaux mariages et en leur donnant de solides dots, en les protégeant par trop, il en a fait d’horribles enfants gâtées, avides et impuissantes, sauf pour ce qui est de mettre leur père sur la paille.

La rencontre d’un tel personnage nous enseigne ceci : à l’instar de « qui trop embrasse, mal étreint », il n’est pas mauvais d’avoir pour guide : « qui trop aime, mal aime » ! Vouloir aider nos enfants, toujours, quelles que soient les circonstances, leur éviter toute contrainte, les protéger de toute dureté de la vie…, voilà de quoi faire d’eux, à terme, nos futurs ennemis ! Un enseignement sans doute profitable dans ce nouveau siècle où règne l’enfant roi et où les repères changent, s’inversent et, parfois, disparaissent…

Voyons maintenant Rastignac : jeune, ébloui par ce Paris aux mille éclats, on le suit dans ses rencontres, dans ses échecs, dans ses succès. Il veut réussir et, comme tout impatient à cet âge, il choisit de brûler les étapes : faire son droit ? Non, plutôt trouver une âme sœur ou une maîtresse brillante qui lui raccourcira la route vers le succès ! On le suit dans ses tentations, ses faiblesses. Par exemple, face à la combine scélérate que lui propose Vautrin qui eut fait de lui en un temps record un homme riche (avec toutefois un meurtre sur la conscience). Il hésite, avec quelque difficulté, certes. Mais avec le bon conseil de son magnifique ami, Bianchon le sage, il se range à la raison. Voulant le ramener à de plus simples ambitions, Bianchon lui dit : « Notre bonheur, mon cher, tiendra toujours entre la plante de nos pieds et notre occiput. » Rastignac entend le message : il résistera et décidera de ne pas entrer sur ce mauvais chemin.

Rastignac, dans ce roman, est en fait plus vertueux que la tournure que son nom a prise indûment de nos jours. D’ailleurs, n’est-il pas le seul à accompagner ce Père Goriot, qu’il a sincèrement aimé, à sa dernière demeure ?

Voici donc deux personnages dont le thème de l’aveuglement les réunit, en somme, pour un temps : Goriot dont l’amour de ses filles le fait entrer dans la nuit avant d’en mourir et Rastignac qui, au contact de Goriot notamment, va progressivement sortir de sa naïveté de jeune homme.  

Tant de beautés et d’enseignements dans un roman. Et puis dans cette œuvre, il y a une multitude d’autres choses si savoureuses et si riches d’enseignements profitables : la manière dont Rastignac va « réseauter » comme l’on dit aujourd’hui pour sortir de son isolement, les leçons de vie de Madame de Beauséant dont va s’inspirer Rastignac, la vision de la société que professe Vautrin, cruelle certes mais dont les mécanismes mis à nu crèvent de vérité, l’échange épistolaire entre Rastignac et sa mère dont l’humanité nous fait pleurer… Chaque situation, chaque personnage apporte son œuvre d’intelligence et nous saisit comme un miroir dressé devant nous, images d’un autre temps et pourtant si proches.

Nul doute qu’en sortant d’un tel livre, votre rentrée, côté professionnel comme personnel, en sera enrichie, éclairée ! En tout état de cause, il vous comblera de bonheur !

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