Mickaël Cambot (Robert Walters) "2011 va être l'année des recrutements pour la Business Intelligence et l'ERP"

Sur fond de reprise et d'externalisation offshore, les profils stratégiques et le Top Management du secteur IT devraient tirer leur épingle du jeu. La rémunération seule n'intéresse plus ces profils très recherchés.

JDN Solutions. Quels sont les profils qui vont le plus bénéficier de la reprise ?

Mickaël Cambot. Il va y avoir de bonnes opportunités pour les DSI, le Top Management IT et les fonctions stratégiques. La durée de vie de certains de ces postes, souvent associés à un projet de plusieurs années, n'excède pas 3 ou 4 ans . Or, le contexte n'invitait pas ces profils à changer de travail en 2009 et 2010. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, et l'accélération du  turn over de ces fonctions a déjà recommencé.

Il va également y avoir un fort besoin pour des fonctions du "middle management" liées à la forte tendance du secteur à recourir à l'offshore pour externaliser certains process, le support et le développement notamment. Ce n'est pas un hasard si des SSII indiennes comme Infosys et Wipro s'installent et se développent aujourd'hui en France : c'est la base de leur activité, et elles ont compris que le marché français était en train de tourner en faveur de leur modèle.

Or, pour diriger les ressources externes et chapoter les prestataires, un manager basé en France est nécessaire. Les profils capables de remplir cette mission, avec quelques années d'expérience,  sont donc aussi recherchés.

Par ailleurs, certains secteurs qui ont beaucoup souffert avec la crise, comme la finance ou l'industrie, expriment actuellement de nouveau un fort besoin en profils IT. Mais, ces secteurs demandent en fait des profils spécialisés très pointus, avec une double compétence, l'une métier dans le secteur d'activité, mais aussi dans l'informatique. C'est parfois très difficile à trouver. Un DSI d'une banque doit à la fois maîtriser les systèmes d'information mais aussi toutes les offres et produits financiers. Comme on dit, si sortir du monde de la banque est difficile, y rentrer est encore plus difficile.

 

La prétention salariale de ces profils convoités doit donc flamber...

Beaucoup de sociétés les chassent en effet. Aujourd'hui, à titre d'exemple, un DSI ayant une quinzaine d'années d'expérience dans un secteur comme l'industrie peut espérer gagner jusqu'à 150 000 euros, même si pour beaucoup d'entreprises, la barre des 100 000 euros de rémunération annuelle reste parfois dure à franchir.

"La barre des 100 000 euros de rémunération annuelle reste parfois dure à franchir."

Mais, le salaire n'est pas forcément ce qui intéresse le plus ces profils. D'ailleurs, des études récentes montrent bien que l'intérêt du poste et ses challenges l'emportent sur la rémunération pour décider le DSI à accepter un poste.

Mener un grand projet de transformation, avec une remise à plat de l'architecture est un défi qui peut les séduire. C'est d'ailleurs ce type de postes qu'il y a actuellement à pourvoir, c'est la raison pour laquelle architecte, urbaniste et manager chargés de la transformation du SI sont également recherchés, tout comme la fonction de Dosi [ndlr directeur de l'organisation et du système d'information], qui se développe actuellement, car c'est aussi un directeur dont la vision stratégique et organisationnelle peut être particulièrement utile aux DSI dans le cadre d'une refonte du système d'information.

 

Votre dernière étude annuelle sur les salaires montre également une hausse des rémunérations des intégrateurs ERP. Comment expliquez-vous cette tendance : c'est le retour des grands projets d'ERP ?

C'est plutôt lié à la démocratisation des ERP. Par exemple, SAP était auparavant plutôt utilisé par de grandes entreprises : les projets d'implémentation étaient souvent lourds, chers et longs. L'outil était également plus rare qu'aujourd'hui.

Désormais, des intégrations par modules peuvent intéresser des entreprises de tailles plus modeste, qui peuvent aussi les déployer à moindre coût. Les acquisitions de modules peuvent également être segmentées dans le temps ce qui les rend plus accessibles. Bref, ces solutions s'adressent à une cible désormais très élargie.

Une transformation aussi flagrante est aussi observable du côté de la Business Intelligence, aussi très liée aux ERP. Il est donc normal de constater aujourd'hui une hausse de la demande pour des profils d'intégrateurs ERP et BI sur le marché de l'emploi, ce qui s'associe naturellement à une hausse de leur prétention salariale.

 

Mickaël Cambot est Manager de la Division IT au sein du cabinet de recrutement Robert Walters. Spécialiste des fonctions DSI, managers IT, directeurs de programmes, il a une expérience de 6 ans dans les recrutements.  

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