Togaf : une contribution au développement durable des systèmes d’information

La sortie de Togaf v9, la nouvelle version du cadre d'architecture de l'Open Group, a été couronnée de succès. Lors de l'événement de lancement, les débats ont notamment porté sur les apports du modèle d'architecte pour les entreprises touchées par la crise.

Le lancement de Togaf v9, la nouvelle version du cadre d'architecture d'entreprise de l'Open Group, a été couronné de succès malgré la récession qui planait sur cette semaine de travail à San Diego début février 2009. En guise de synthèse témoignant de la maturité des débats et de l'apport de Togaf, voici un résumé des derniers échanges qui se sont poursuivis dans les salons de l'aéroport.

Le contexte est connu de tous : bien que les entreprises et leurs SI doivent se transformer et offrir toujours plus de services pour affronter la crise, les budgets des DSI, jugés à tort ou à raison trop élevés sont réduits. Face à cette situation, nous étions d'accord pour rappeler les pistes déjà ouvertes par les architectes et par les DSI.

Le mot rationalisation a souvent été porté par les architectes de tout bois : les urbanistes rêvent depuis des années de poser des modèles métiers qui seraient partagés par l'ensemble des lignes métiers ; intention louable pour éviter que le "client" porte autant de définitions que de lignes métiers... ce qui inévitablement implique autant d'applications que de lignes métiers pour en analyser le comportement et les tendances (data mining).

Les architectes techniques ne sont pas en reste, ils portent volontiers le même discours, arguant que le nombre de serveurs et la complexité des infrastructures vont de pair avec la non standardisation des données et des fonctions métiers qui induit la non mutualisation des infrastructures. Ces intentions louables ont peiné à rationaliser l'information et les systèmes d'information car elles s'appuyaient sur des modèles prescriptifs assez rigides et souvent déconnectés voir en retard sur les projets ou les attentes des métiers.

Lors d'un récent forum, les DSI se demandaient si le monde du Web 2.0 avec ses nouveaux modes de travail collaboratif, ses nouvelles stars et les services associés (cloud computing ...) allaient leur permettre de répondre plus vite et pour un coût réduit aux besoins de leur entreprise. La réponse est bien évidemment oui ... mais la mise en œuvre est une autre affaire car elle remet en cause bon nombre d'habitudes, de méthodes de travail ... et de prescriptions.

C'est en analysant ces deux tendances que l'on en est venu à expliquer simplement ce qu'apportent l'architecture d'entreprise et le Togaf aujourd'hui. Le cadre de méthode proposé aujourd'hui par l'Open Group fait entrer l'architecture d'entreprise dans le monde 2.0. Pourquoi ?

En passant d'un mode prescriptif à un mode descriptif (le "content framework" - cadre de description de l'architecture) et collaboratif (le processus d'architecture d'entreprise ou ADM - Architecture Development Method), le Togaf se pose en méthode de travail et de management moderne.

Ainsi posée, l'architecture d'entreprise 2.0 règle 2 problèmes majeurs : la contribution directe aux métiers et la possibilité de rationaliser.

-  La contribution directe aux métiers car la collaboration s'effectue dans le cadre d'une réponse à un besoin de l'entreprise : un nouveau service ou une nouvelle offre, l'alignement à un nouveau principe métier tel que la mutualisation de services ou de ressources. Cette architecture collaborative est doublement efficace car elle traite le besoin d'évolution qui donnera lieu à des projets et elle décrit ses résultats et ses livrables dans un cadre collaboratif et réutilisable (notamment les architectures building blocks). Notre débat quasi philosophique a même débordé un instant sur la solidarité apportée par ce mode de travail dans lequel un projet ou un programme contribue au développement durable sous forme de modèles d'architecture ou de services réutilisables ... ce qui est plus agréable qu'une dette symbolisée par une complexification du SI ou l'opacité d'une boite noire.

- La rationalisation est enfin un résultat atteignable puisque chaque programme de transformation a contribué à remplir le "cadre de description" du système d'information de l'entreprise. Il ne s'agit plus de dépenser un effort aussi important que vain pour maintenir un référentiel à jour. Tout nouveau programme sera donc enclin à réutiliser ce qui a été décrit ou pour le moins étudiera cette possibilité notamment parce qu'il appliquera ainsi les principes d'architecture de l'entreprise éco-responsable (mutualisation, c'est-à-dire réduction du nombre de serveurs, de firewall ou mutualisation de services d'infrastructure).

Il n'a échappé à personne qu'en travaillant ainsi, les budgets sont réduits au rythme de la rationalisation, de la simplification des infrastructures et de la mutualisation des services. Par ailleurs, l'expérience a montré qu'ainsi la qualité de service augmentait au rythme de l'industrialisation des infrastructures.

Nous étions prêts à nous quitter, convaincus d'apporter une brique essentielle à la professionnalisation des DSI... Une chose restait à faire : doper l'architecte d'entreprise aux "soft skills", ces qualités de communication et de leadership nécessaires pour accompagner l'entreprise dans sa transformation d'un mode de travail en silos à une mode de travail collaboratif en réseau associant direction générale, métiers et DSIO.

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