De la Révolution du jasmin à la révolution de la donnée publique : un pas à franchir obligatoirement

Suite à la révolution du 14 janvier, l’Etat tunisien doit saisir l’opportunité de s’inscrire dans le mouvement "Open Data" qui vise à obtenir de tout type de structure, notamment des collectivités publiques, la mise à disposition des citoyens, de façon libre et accessible via le Web, les données publiques.

Elle a été expéditive et elle a surpris tout le monde, la révolution dite du Jasmin, a libéré le 14 janvier 2011, le pays des chaînes d'une dictature sanguinaire et corrompue. Mais, la Tunisie est-elle, pour autant, complètement sortie du système mafieux établi par le régime de Ben Ali ? Je ne pourrai confirmer le changement des règles de jeux, que lorsque la « donnée publique » sera disponible et complètement libre d'accès.

La donnée comme actif public : le mouvement Open Data

Toute agence gouvernementale produit, collecte, transforme ou maintient une grande quantité de données numériques (fichiers de données, systèmes d'information géographiques, base de données, etc.). Ces données peuvent être de différents types :

- budgétaires : les budgets et leurs consommations, les marchés et projets publics et leurs attributions,
- électorales : financements des partis politiques, les résultats des votes scolaires/universitaires : résultats scolaires, résultats du bac, statistiques sur le système éducatif...
- statistiques : enquêtes, délibérations, subventions, résultats scolaires...
- de pilotage : le suivi des projets publics et les déblocages des payements liés à la réalisation des projets,
- cartographiques : description du territoire (cartes, cadastre...), des fonds documentaires (études, réglementations, statistiques...), des réseaux urbains (eau, énergie, transport, logistique, télécoms...), des infrastructures (voirie, bâtiments, espaces, parkings...),
- de qualité : mesures de la qualité de l'air, de l'environnement, du trafic..., des flux urbains (circulation...).
Etc.

Les données, que gèrent l'Etat et ses agences, dans le cadre de leurs missions, constituent un actif immatériel public qui peut être mis en valeur pour l'ensemble de la collectivité. Les citoyens, les partis politiques, les associations, les chercheurs et les journalistes y trouvent des informations permettant de juger l'activité de l'Etat, de vérifier le respect de l'égalité des chances et de la bonne distribution des richesses, et d'alimenter leurs travaux.

Libérer  les données publiques s'inscrit dans le mouvement "Open Data" qui vise à obtenir de l'Etat et des collectivités publiques, la mise à disposition des données publiques, de façon libre et exploitable, sous forme électronique et exploitable à travers le réseau Internet. L'Open data, a été popularisé depuis 2009, par Barak Obama (projet Data.gov) et par Tim Berners Lee, conseillé du premier ministre britannique (projet data.gov.uk).

Au-delà de la transparence : la réutilisation des informations publiques servira la stratégie de développement économique
Les données publiques, pourraient être transformées en informations à valeur ajoutée par des entreprises afin de créer de nouvelles activités et offrir aux citoyens de nouveaux services basés sur le trio "Web 2.0, Mobile et Cloud computing".

Selon le site Web de l'Union Européenne, la réutilisation d'informations du secteur public a généré en 2006, un chiffre d'affaires estimé à au moins 27 milliards d'euros.


Rendre obligatoire "Open Data" dans tous les back-offices  de l'Etat et ses agences

Au-delà de la dimension politique, la Tunisie, peut transformer le déficit qu'elle présente dans la numérisation des back offices de l'administration en une opportunité : elle doit inscrire l'obligation de la libération de leurs données dans les tuyaux, dans l'architecture même des solutions, pour toutes agences qui lanceraient un futur projet informatique.

C'est grâce à la réutilisation des données publiques que des optimisations seront possibles, et que des idées créatrices de valeur pourront fleurir, et que les agences publiques elles-mêmes pourront proposer des nouveaux services, que de nouvelles formes de proximité pourront émerger.

Ainsi, l'Etat tunisien pourrait fonder une partie de sa stratégie de réforme des services publics sur Open Data : pour un Administration Orientée Service.

Cinq principes pour commencer :
Voici un projet important que la délégation tunisienne invitée aux travaux du G8, le 26-27 mai à Deauville en France, pourrait proposer : libérer la donnée publique afin d'ancrer la transparence dans les mœurs de l'Etat.

Cinq principes sont à considérer :

- Le premier principe : inscrire l'obligation de la prise en compte de l'Open Data dans les solutions informatiques de l'Etat dans une vision de transparence totale,

- Le second prince : adopter la gratuite de l'accès comme règle générale et du partage de gain dans certaines situations,

- Le troisième principe : mettre en place un cadre commun pour la standardisation des formats et de l'accès aux données publiques et une gouvernance appropriée de la donnée publique (sous  le chapeau d'une DSI gouvernementale, mais ceci est un autre sujet),

- Le quatrième principe : définir des indicateurs de performance permettant de rendre compte de l'avancement du projet et la mesure réelle de la libération de la donnée publique,

- Le cinquième principe : Allons-y doucement, nous sommes pressés.


La Tunisie est maintenant libre de révolutionner sa gouvernance de la donnée publique.

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