L’écosystème du logiciel libre en France face à trois grands défis

C’est en se regroupant au travers de structures (Clusters, Pôles de Compétitivité, etc) favorisant l'innovation ouverte, l'accès au marché, et la formation aux technologies de demain, que l’écosystème du logiciel libre en France pourra bénéficier des meilleures opportunités de création de valeur.

Le monde de l’informatique connaît régulièrement des révolutions technologiques. Celles en cours ou qui s’annoncent ont pour nom : cloud computing, internet des objets, big data, socialisation et consumérisation de l’informatique d’entreprise, etc.
Le logiciel libre est un levier puissant pour répondre à ces nouveaux défis, que l’on soit offreur de technologie, de service ou utilisateur en recherche des meilleures solutions : il fournit des briques technologiques sur lesquelles il est possible de construire des offres à valeur ajoutée ; il accélère l’émergence et l’adoption de nouveaux standards et il catalyse la collaboration entre des acteurs complémentaires, voire dans certains cas concurrents sur le marché.
Alors que l’impact du numérique sur les entreprises et sur la vie privée est plus fort que jamais, le logiciel libre agit aussi comme un garde-fou contre les dérives de certains acteurs dès lors qu'ils sont placés en situation monopolistique: politiques tarifaires incontrôlables, interopérabilité limitée avec les autres produits du marché, sécurité et respect de la confidentialité des données défaillantes, etc.

Mais l’innovation ne se limite pas à la technique

Les facteurs de succès des innovations ne sont jamais purement technologiques mais intègrent aussi des innovations d’usage et de modèle économique.
Dans ce contexte, les principes de collaboration technologique ouverte deviennent de facto le cadre de travail assurant les meilleures chances de succès pour les entreprises et des retombées économiques pour le pays.
L’écosystème du Libre doit prioritairement relever trois grands défis pour lesquels les pôles de compétitivité, à la croisée des intérêts des entreprises et des chercheurs, ont un rôle clé à jouer :
  • La collaboration : le développement logiciel collaboratif distribué est dans l’ADN du logiciel libre. Ce modèle, relativement récent, présente des spécificités auxquelles les chercheurs et les entreprises habitués au génie logiciel traditionnel ne sont pas accoutumés : cycles de développement très courts; mise en place de méthodes et outils afin d’assurer la qualité fonctionnelle, technique et juridique des logiciels ainsi produits ; ou encore rôle essentiel des outils de développement et de coordination pour les équipes distribuées hétérogènes.
    La multiplicité des technologies et des communautés dans le domaine du logiciel libre incite à établir des passerelles : par exemple, le besoin d’interopérabilité entre les plateformes et les logiciels a donné lieu au développement de connecteurs entre les produits des différents acteurs, l’émergence a été facilitée par des rencontres entre les communautés. On observe également que la coopération entre les entreprises, a fortiori entre les grands groupes et les PME, ou entre les entreprises et les chercheurs, dans un cadre institutionnel défini par des contraintes juridiques, économiques et organisationnelles, nécessite d’adapter le mode de travail des différents partenaires, et de favoriser l’émergence et le partage de bonnes pratiques.
  • Les défis technologiques : Le principal enjeu, outre concevoir des outils qui répondent aux besoins exprimés et participent à l’avancée de l’innovation informatique, consiste à favoriser l’adoption du logiciel libre par les organisations de toutes natures, qu’elles relèvent de l’informatique ou d’autres secteurs, dans le cadre de leur transformation numérique. Citons ici les travaux du chercheur norvégien Øyvind Hauge qui distingue 6 axes selon lesquels les organisations adoptent l’open source : le déploiement de logiciels libres, l’utilisation d’outils de développements libres, l’intégration de composants libres préexistants, la participation au développement de logiciels libres, la création de produits logiciels libres et l’adoption des pratiques du logiciel libre.
  • La formation : assurer sur nos territoires une bonne connaissance des logiciels libres et une présence forte dans les projets libres internationaux les plus importants (ex. Eclipse, Android, OpenStack, OpenCompute...), est un enjeu majeur pour maintenir la position française dans ce domaine stratégique. Si l’on veut que davantage de jeunes « geeks » français lancent leur entreprise sur le Net, que la France tienne une place plus grande dans l’économie numérique, il est indispensable que le système éducatif leur apprenne à manipuler la matière première de l’informatique que sont les logiciels libres ou open source.
C’est en se regroupant au travers de structures favorisant l'innovation ouverte, l'accès au marché, et la formation aux technologies de demain, notamment les clusters ou groupes thématiques au seins de clusters et de pôles de compétitivité, que l’écosystème du logiciel libre en France pourra bénéficier des meilleures opportunités de création de valeur et faire entendre sa voix, en particulier sur des sujets de politique industrielle qui l’impactent directement : refus des brevets logiciels, préférence pour les standards ouverts, politiques d’achats publics ou privés qui favorisent le développement économique et l’emploi local, etc.

Innovation / Collaboratif