Idée reçue numéro 2 : on ne migre pas une base de données Oracle

Pérenne, transactionnelle, ACID, c’est la base de données open source PostgreSQL qui a le mieux tiré son épingle du jeu de la migration depuis les bases historiques.

Il y a encore quelques années, la seule idée de migrer une base de données "historique" vers un autre système de gestion de base de données relationnel faisait frémir. Les budgets informatiques confortables permettaient d’ailleurs de s’affranchir de cette question : le “good enough” veut que l’on ne change pas ce qui fonctionne. Les mentalités évoluent, les budgets sont revus à la baisse et le mouvement de migration, d’abord timide, s’accélère soudainement.
  • Non, les chats ne retombent pas toujours sur leurs pattes. De sombres statistiques le démontrent.
  • Non, quand on arrache un cheveu blanc, il n’en repousse pas sept. Faites le test.
  • Non, il n’est pas impossible de migrer une base de données Oracle.

Les idées reçues sont légion, y compris dans le domaine des infrastructures informatiques.

Il y a quelques années, de l’aveu même des éditeurs de bases de données alternatifs, l’idée reçue la plus répandue était qu’il est impossible de migrer une base de données propriétaire. La difficulté de la tâche, la criticité des données hébergées pour la bonne tenue de l’activité commerciale, et le fait que les SGBDR propriétaires sont souvent les outils les mieux maîtrisés par les administrateurs de bases de données justifiait l’adage.

La révision à la baisse des budgets informatiques aura eu pour principal avantage de faire sortir quelques entreprises de leur zone de confort pour a minima mener des investigations du côté des bases alternatives. Pérenne, transactionnelle, ACID, c’est la base de données open source PostgreSQL qui a le mieux tiré son épingle du jeu de la migration depuis les bases historiques.

Les premières migrations, plutôt discrètes, ont été effectuées par des services publics (tels que La Caisse Nationale d’Allocations familiales), des Ministères soucieux de mettre en oeuvre les politiques d'économie appelées de leurs vœux par les responsables publics, des services de cartographie et d'informations géolocalisées (tels que Mappy) ou encore des enseignes de la grande distribution (parmi lesquelles le Groupe ADEO, ex groupe Leroy Merlin, troisième groupe mondial de la vente de biens de consommation pour le bricolage et la décoration).

Le plus souvent, la migration a été effectuée en raison du nombre de serveurs. Dans le cas d’Oracle par exemple, et dans un contexte de chaîne de magasins, chaque base installée sur un serveur caisse en magasin nécessite l'acquittement d'au moins une licence Oracle Standard Edition One. La migration peut aussi être liée à un changement dans les besoins de puissance, voire une augmentation de la volumétrie de la base de données requérant un partitionnement Le tout peuvant nécessiter le passage à une licence “Enterprise Edition”, entraînant du même coup une multiplication par 8 - hors options et mises à jour - du budget à allouer à la licence.

Le phénomène s’est largement accéléré au cours des dernières années, la pression financière trop forte motivant les entreprises à faire des choix courageux ou à repenser leurs politiques d’achats. Pour autant, les sociétés prêtes à communiquer sur ces choix, si courageux soient-ils, restent rares : ne pouvant s’affranchir complètement de leur passif Oracle, Informix etc. (la migration s’effectue le plus souvent pour des raisons financières et le coût de migration de bases de données anciennes ne se justifie pas toujours), elles restent dépendantes d’éditeurs dont elles savent qu’il leur arrive de ne pas ménager leurs clients sur la base de licences insuffisamment claires et d’audits agressifs.

Mais ce n’est pas parce que la lame de fond n’est pas directement visible qu’elle n’existe pas : les spécialistes PostgreSQL sont régulièrement appelés pour la définition de socles, pour l’aide à la migration ou le support de nouvelles bases. Le côté "disruptif" de la base fait de plus en plus d’adeptes aussi bien chez les DSI que chez les développeurs: aussitôt créées, les nouveautés SQL sont intégrées dans PostgreSQL. Ceux qui voyaient la "hype" plutôt dans les technologies dites NoSQL sont désormais séduits par le SGBDR open source, son caractère innovant et évolutif. Il s’agit d’une tendance significative.

La gratuité de la distribution communautaire, des modules et des outils de migration associés facilitent la phase de découverte et de test de PostgreSQL. Le recours, gratuit lui aussi, à l’assistance de la communauté de développeurs et d’utilisateurs permet d’avancer prudemment et avec un cadre rassurant sur cette nouvelle voie.

La mise en œuvre d’un Système de Gestion de Base de Données Relationnel open source se prête tout particulièrement aux nouveaux projets. Au point que dans la plupart des entreprises ayant connu les effets pervers des politiques tarifaires de leur fournisseur de SGBDR propriétaire, le recours aux bases historiques doit désormais faire l’objet d’une dérogation, quand il n’est pas tout simplement interdit.

Pour être financièrement pertinente, la migration peut également être réalisée à la faveur d’une évolution ou de la refonte d’une application trop dépendante de fonctions embarquées dans la base historique utilisée.

A ceux - ils existent - que les sirènes des économies financières laissent froids, aux frileux qui se disent qu'en cas de problème leur hiérarchie ne pourra pas leur reprocher d'avoir fait le choix d'un système reconnu, aussi onéreux soit-il, je conseille quand même de regarder vers l’avenir et d'installer PostgreSQL sur un serveur de test, de s'essayer à l'outil de migration Ora2PG, de solliciter l'aide de la communauté.

Pour les philanthropes qui s’inquiéteraient du sort des entreprises telles que la firme de Redwood Shores si la tendance de la montée en puissance des SGBDR open source venait à se confirmer (et elle se confirmera), ils peuvent se dire que quand bien même ces sociétés cesseraient d’effectuer des acquisitions, d’innover dans les technologies et n'adapteraient pas leurs modèles économiques au cloud, la base installée de ces éditeurs leur garantirait encore quelques décennies de revenus confortables.

Pour tous les autres, que le changement n’effraie pas et qui pensent qu’il ne coûte rien d’explorer des pistes d’innovations nouvelles, accessoirement moins chères à l'usage, qu’ils commencent à se renseigner en ligne, qu’ils viennent à la rencontre des experts PostgreSQL, qu’ils entreprennent des formations de DBA PostgreSQL (faciles à appréhender pour les connaisseurs des systèmes historiques dont Oracle), téléchargent le système open source et fassent connaissance avec son langage…

Le moment venu, ils pourront tirer parti de la puissance des technologies et communautés open source, soulagés et libérés du poids de verrous propriétaires et de licences dont le prix ne se justifie pas.

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