Quand le cloud réinvente la notion de mobilité

Parmi les nombreux bouleversements engendrés par le cloud, il en est un dont on parle moins, mais qui mérite pourtant que l’on s’y arrête : il concerne la mobilité, qui ne ressemble plus du tout à celle du début des années 2000.

Bien sûr, la mobilité du SI est facilitée par les technologies cloud, mais c’est son principe même qui change. En effet, avec l’évolution du poste de travail et, de façon générale, la recomposition de toutes les facettes des environnements dits end user, l’environnement de travail devient un attribut digital de l’individu.

Le cloud, on le sait, est un élément central de la transformation numérique. Il favorise la souplesse pour mieux servir les métiers. Il est aussi un facteur d’accélération permettant au SI de se renouveler en profondeur, au même titre que d’autres technologies, et participe à façonner un nouveau type d’infrastructure plus clairement tournée vers l’utilisateur.

Il facilite bien sûr la mobilité du SI et de ses applications, tant sur un plan technique que dans les usages, les services, etc. Avec notamment la généralisation du BYOD, la mobilité est fondée de plus en plus sur les usages, qui prennent largement le pas sur la technologie elle-même. Son périmètre évolue avec, par exemple, l’influence des outils personnels sur les usages professionnels. Les smartphones, tablettes et montres connectées obligent l’entreprise à s’adapter. Le cloud efface le concept classique de mobilité.

La virtualisation à travers le cloud révolutionne la notion de mobilité

Plus que de « mobilité », il aurait fallu parler jusqu’ici de simple « connexion » à distance et sur des environnements dits on-premise. On cherchait simplement à travailler à distance, en considérant que le « bureau » et le poste de travail de base étaient physiquement placés à l’intérieur même de l’entreprise. Finalement, la distance était souvent assez courte, car il fallait trouver un moyen de connexion proche pour avoir une qualité de service suffisante.

La métaphore adaptée pour comprendre ce qui se passe est celle qu’a connue la téléphonie : avant l’ère des portables, un individu se voyait identifié par un numéro de fixe lié à la localisation géographique de son domicile ; aujourd’hui l’individu se voit affecter un numéro de mobile lié à sa propre identité et non plus à un lieu. La virtualisation amenée par le cloud révolutionne la mobilité de la même façon : on « élimine » la notion de distance, grâce notamment au wifi et à la 3/4G, qui permettent d’être en réseau n’importe où ou presque et avec un confort identique à son bureau. Le concept de travail à distance est remplacé peu à peu par celui de l’affectation à un individu de son environnement de travail, où qu’il soit.

Ainsi, la notion un peu réductrice de mobilité est étendue : mon poste de travail me suit. Le cloud modifie la mobilité, car le cloud est tout le temps et partout disponible. Le train, par exemple, devient rapidement un bureau le temps d’un trajet. À l’extrême, le cloud annihile ou efface le concept classique de mobilité. Nous passerions de la mobilité à une sorte de « mobiquité » (terme inventé par Xavier Dalloz et né de la fusion des mots mobilité et ubiquité), où l’environnement de travail évolue et devient un attribut digital professionnel (ou parfois personnel) de l’individu. Un véritable service à la personne. Une liberté supplémentaire. Une évolution qui va de pair avec une tendance à la dématérialisation en général, et du travail en particulier : le service et le contenu perdurent quels que soient le lieu, le moment et le support.

La sécurité au premier plan

Cette évolution, féconde pour l’utilisateur, n’est pas sans contraintes pour l’entreprise. Assurer, sécuriser et simplifier les accès distants deviennent essentiels.

Il faut contrôler les équipements connectés ou isoler l’information de l’entreprise en sécurisant les terminaux, en utilisant des espaces « containers » chiffrés, en augmentant la sécurité de l’accès avec des authentifications tiers (token, carte...), en réduisant l’adhérence au type de poste de travail. Ou encore en gérant les autorisations d’accès internes à l’entreprise (gestion des identités), en « journalisant », surveillant et analysant les activités des utilisateurs connectés (corrélation d’évènements SIEM, intelligence artificielle de suivi des usages).

Il est nécessaire de mieux sécuriser l’information de l’entreprise : utiliser un service de microVPN pour les accès internet professionnels, crypter les données stockées et les échanges, sans oublier de chiffrer les partitions des supports fixes et amovibles pour écarter les risques de vol ou de perte.

Concernant la possibilité de travailler en tout lieu et particulièrement dans les lieux publics, on doit aussi penser à masquer son écran (gares ou aéroports), crypter ses flux de données lors de l’utilisation de points de connexion ouverts, personnels ou guest.

Pourtant, le cloud facilite bien des choses dans ce contexte : le mode SaaS, le concept by design, etc. Il peut être utilisé comme base fonctionnelle, avec la gestion applicative portée par le cloud mais avec les données restant dans l'entreprise. Il facilite la gestion d’une flotte mobile, avec la notion d’enrôlement, la facturation à l'usage, la fédération des identités. Le mode hybride facilite la portabilité des applications tout en conservant les données en entreprise.

Pas de doute, la mobilité n’est plus celle que l’on croyait. Et finalement au bénéfice de tous, même si cela complique un peu la tâche des DSI et des RSSI… 

Mobilité