Data science, data gouvernance et open source : enjeux majeurs de la ville connectée

Les différentes parties prenantes, entreprises et pouvoirs publics, ont conscience que le succès de la ville connectée passe par une maîtrise de la chaîne de valeur de la donnée.

La ville connectée évoque dans l’imaginaire collectif une ville où les capteurs observeraient tout, de la température à la circulation. Les feux de signalisation seraient activés et désactivés à l'aide de capteurs de mouvement, et le GPS de votre voiture indiquerait non seulement votre itinéraire mais aussi l'espace de stationnement disponible le plus proche de votre destination.

Ce songe technologique se précise un peu plus chaque jour grâce au déploiement de l'internet des objets (IoT), ce réseau d'objets et de capteurs connectés à internet, en mesure de communiquer de manière transparente et en temps réel. La ville du futur et connectée ambitionne en effet de communiquer avec elle-même, de suivre et de répondre aux mouvements de ses résidents pour optimiser automatiquement leurs conditions de vie en temps réel.

Ce désir de tirer profit des récentes évolutions technologiques pour simplifier la vie des citadins et assurer une conception plus durable de la ville est notamment porté par le C40 - une alliance globale de 40 métropoles qui vise à mettre en application l’accord de la Cop21 en capitalisant notamment sur les applications de la ville connectée. La ville de Paris et le NUMA travaillent sur le projet #DataCity pour permettre à de grands groupes collaborant avec des start-up de déployer les premiers cas pratiques répondants aux besoins de la ville connectée de demain. Depuis trois ans, il y a un intérêt croissant sur le sujet, et constatons que les énergéticiens et les constructeurs automobiles déploient des PoCs (proof of concept) en data science de plus en plus aboutis autour de l’IoT. Plus largement, certains pays leaders commencent même à communiquer leurs plans stratégiques pour adresser les défis posés par l’IoT.

Les différentes parties prenantes, entreprises et pouvoirs publics, ont conscience que le succès de la ville connectée passe par une maîtrise de la chaîne de valeur de la donnée. Il est à n’en pas douter nécessaire de garantir la sécurité, l’actionnabilité et la transparence des données. En effet, la réussite de la ville connectée est largement conditionnée par la capacité des villes et des états à clarifier la gouvernance des données tout en déployant de puissantes plateformes d’open data pour permettre aux entreprises (start-up et grands groupes) d’apporter une valeur ajoutée et de développer des services pertinents. A l’occasion de la signature d’un MOU (Memorandum of Understanding) avec l’Open Data Alliance pendant le Smart City Summit de Taiwan en Février dernier, force est de constater cette prise de conscience chez des pays leaders dans la production de composants électroniques et informatiques (Japon, Taiwan, Corée).

Taiwan est à plusieurs égards un exemple intéressant, comme le souligne Dr ChiMing Peng, président de l’Open Data Alliance : « Taipei est une des villes au monde où il y a le plus de capteurs, l’enjeu à présent est de développer une surcouche de valeur via l’économie numérique, en permettant notamment aux acteurs de l’énergie et des transports d’enrichir leur connaissance avec de l’open data ». Taiwan ambitionne d’infuser ces pratiques au-delà de la sphère business, un plan ambitieux DIGI+ a d’ailleurs été présenté par la ministre de l’économie numérique Audrey Tang en décembre dernier. Ce plan qui a pour but de positionner Taiwan comme leader de l’IoT, de la ville connectée et plus généralement de l’économie numérique repose sur trois piliers :

  • La construction d’un cadre légal avantageux pour l’innovation,
  • Le développement de la multidisciplinarité des talents, au travers notamment d’une profonde refonte de l’enseignement du numérique et de la data science,
  • Une R&D avancée dans les technologies numériques avec un fort tropisme pour l’open source et l’open innovation.

Ce plan démontre à quelle point la ville connectée et intelligente s’insère dans des transformations technologiques et sociétales plus larges. Il semble nécessaire d’engager les réflexions multidisciplinaires pour arriver à une intégration de la ville connectée à horizon 2030. Dans un horizon plus proche, l’évolution positive de la gouvernance des données et de l’open data permettent de consolider la surcouche d’intelligence AoT (Analytics of Things) dès à présent en pratique pour démontrer la valeur des premiers cas d’usage.

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