Le crowdfunding, une nouvelle façon de rencontrer son marché

Se faire connaître, bâtir une communauté, valider l'adhésion d'un public, bêta-tester un nouveau produit ou service : le financement participatif se révèle être bien plus qu'un simple outil de financement.

Né il y a un peu plus de 10 ans, le crowdfunding a commencé par s'implanter dans le secteur artistique et culturel, puis associatif, avant de toucher l'entrepreneuriat. Parallèlement, avec l'émergence des makers, une nouvelle philosophie voit le jour, centrée sur le "faire", tournée vers la mise en pratique des idées, le passage à l’acte : il s’agit de matérialiser, tester, diffuser son projet. Avec les nouveaux outils numériques et un écosystème foisonnant de réseaux d’accompagnement et fablabs, créer n’a jamais été aussi facile. 

Sans être ingénieur ou designer, vous pouvez en quelques heures créer un produit dans un fablab. Et, si vous pensez qu'il répond à un besoin identifié, vous pouvez lancer une campagne de crowdfunding pour lancer ce produit, sans faire d'étude de marché initiale : la réussite de votre campagne sera en elle-même révélatrice de l'intérêt porté à votre produit.
Créer, financer, commercialiser
Les belles histoires se multiplient. Marie-Laure Rauline, fondatrice de Lumaki, recevait en 2016 le prix Made in France, décerné par Camif, du concours Make it Happen. Revenu pour une deuxième édition en 2017, ce concours permet à des makers de passer de l'idée à la commercialisation de leurs produits en quelques mois. Les deux étapes-phares ? La création d’un prototype dans un fablab, puis le lancement d’une campagne de crowdfunding. "Au début du projet, j'en étais à une idée que je pouvais dessiner. A la fin du projet, j'avais un prototype qui fonctionnait dans les grands principes, beaucoup de retours utilisateurs sur le projet, son intérêt, sa compréhension. Make It Happen fut une très belle opportunité pour valider l'intérêt du produit auprès de consommateurs."

De l’idée à la commercialisation, tout peut aller très vite. Avec le crowdfunding, la distance entre le créateur et le consommateur se réduit, permettant ainsi une étude de marché grandeur nature. Au fur et à mesure de sa campagne, en fonction des retours que lui font les internautes, le porteur de projet peut affiner son prototype, co-construire avec sa communauté, mais aussi ajuster ses quantités de production. Il s’agit là d’un autre avantage du crowdfunding : le système de préventes. Pensé pour les campagnes dont l’objectif est de financer la production d’un produit physique (vêtement, accessoire, meuble...), il permet aux contributeurs de pré-commander un produit en avant-première, et aux créateurs de financer en amont la constitution de leur stock. Aucune avance de trésorerie à faire, aucun produit invendu : le montant récolté pour les pré-commandes est utilisé pour la production, dont la quantité est définie à l’avance.

Un outil récurrent chez certains

Conscients de cette opportunité, de plus en plus de jeunes créateurs français s’approprient cet outil de façon récurrente pour chaque nouveau lancement de produit et l’intègrent naturellement à leur modèle économique. C’est le cas de Thomas Huriez, créateur de la marque 1083, jeans et chaussures éco-conçus et fabriqués en France. Au cours de ses trois campagnes de financement participatif, Thomas Huriez a pu observer quels modèles étaient les plus précommandés et ainsi ajuster de façon plus sereine ses quantités à produire. "Comme je sais ce qui plaît, je peux limiter le risque de sur-stock", révèle-t-il.

L’histoire de Lunii, fabrique à histoires pour les enfants financée sur Ulule en avril 2015, est également porteuse d’inspiration pour les porteurs de projet qui souhaitent passer par le crowdfunding pour rencontrer un marché à plus grande échelle. Après avoir réalisé 400 préventes lors de leur campagne, l’équipe de Lunii a profité de cette expérience réussie pour approcher de gros distributeurs comme Nature & Découvertes. Utilisant le crowdfunding comme une garantie de son succès auprès des consommateurs, Lunii est maintenant vendu dans tous les magasins du réseau et a été l’une des plus belles ventes de Noël dernier. De quoi faire rêver les porteurs de projet en herbe !
 
Tester l’intérêt de son produit, comprendre les besoins de ses consommateurs, ajuster ses quantités de production en amont : le crowdfunding réduit la distance entre le créateur et son audience, facilite la compréhension de ses besoins. Un crowdfunding réussi, c’est aussi l’assurance que le produit trouve son audience, ce qui peut ouvrir des portes bien plus grandes vers de nouveaux consommateurs. Dans l’écosystème des makers, où tout peut aller très vite, le crowdfunding permet d’affiner son idée afin qu’elle soit le plus possible en adéquation avec les attentes de son audience. Aller vite, donc, mais en étant sûr que l’on va dans la bonne direction.


Noel / Réseaux

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