Kevin Rose (True Venture) "Je ne crois pas que Snapchat puisse devenir aussi gros que Facebook "

Fondateur de Digg, ex-partner du fonds Google Ventures désormais chez True Ventures, Kevin Rose évoque sa vie d'investisseur et les secteurs qu'il suit en particulier.

Après avoir cofondé plusieurs start-up, dont la plateforme Digg, vous êtes désormais investisseur au sein du fonds True Ventures. Quels secteurs couvrez-vous ?

Kevin Rose, ex fondateur de Digg, partner chez True Ventures © True Ventures

Je m'intéresse avant tout aux produits orientés vers le consommateur. Je cherche des applications susceptibles d'être utilisées quotidiennement et installé sur votre smartphone, Je m'intéresse notamment au secteur du fitness et aux applications utilisant la Blockchain. Même si ces applications ont encore un côté 'geek pour le consommateur, je trouve cette technologie fascinante. J'apprécie aussi les projets qui ont vocation à mieux faire parler les données, notamment grâce au machine learning et à l'intelligence artificielle. Je pense par exemple à  une entreprise que j'ai rencontré récemment dont le but est de prédire le meilleur traitement pour des patients atteints de cancer en analysant une très grande quantité de données.

Pouvez-vous nous citer quelques-uns de vos derniers investissements ?

Lorsque j'étais responsable de Google Ventures, j'ai investi dans Ripple, qui est depuis devenue la troisième crypto-monnaie au monde. Plus récemment, j'ai investi en tant que business angel dans Humu, une start-up créée par Laszlo Black , ancien DRH de Google, et dont l'objectif est de faciliter le recrutement pour les entreprises grâce au machine learning. Avec True Ventures, nous avons misé sur Peloton, une entreprise qui vend des vélos d'appartements équipés d'écrans pouvant diffuser des cours en direct. J'ai également investi dans Leade.rs, la start-up de Loic Le Meur.

Quels sont vos critères de sélection lorsque vous investissez dans une start-up ?

"Nous disons non à 95% des entrepreneurs "

Nous disons non à 95% des entrepreneurs qui viennent nous voir. La principale raison à ces refus est que la plupart du temps leurs projets ne proposent qu'une légère amélioration de technologies ou de concepts qui existent déjà, comme le 'Snapchat de ceci' ou le 'Pinterest de cela'.  Les investisseurs ne sont pas des oracles et nous nous ne pouvons prédire le futur. Mais nous pouvons essayer d'identifier la capacité d'un entrepreneur à penser différemment et à pouvoir mettre en oeuvre ses idées. Enfin l'idée de départ doit évidemment être suffisamment attrayante et ambitieuse, mais cela ne fait pas tout.

Quelle est l'erreur la plus répandue que font les entrepreneurs qui échouent ?

Il s'agit le plus souvent d'erreurs de recrutement. Par exemple, beaucoup d'entrepreneurs font l'erreur de recruter quelqu'un pour un poste car ils se disent que ce rôle doit être pourvu rapidement au lieu de patienter pour recruter la bonne personne.

Vous êtes connu pour être le créateur Digg, l'un des premiers sites communautaires du Web 2.0. Ce spécialiste de la curation de contenus n'a pourtant pas connu le succès espéré. Avez-vous des regrets ?

Je n'ai pas de regret car je n'aurais probablement pas pu faire les choses différemment à cette époque dans la mesure où je ne disposais pas des connaissances que j'ai aujourd'hui. J'ai rencontré récemment le dirigeant de Betaworks, (l'entreprise a racheté Digg en 2012, ndlr) qui m'a informé que le site était encore utilisé par 12 millions de visiteurs uniques chaque mois et qu'il était rentable.  Ce n'était certes pas le succès que nous espérions mais je reste fier de ce que nous avons accompli.  

Vous avez fondé Digg en 2004. Croyez-vous qu'il soit plus facile de lancer sa start-up aujourd'hui ?

"Digg est encore utilisé par 12 millions de visiteurs uniques chaque mois"

C'est une évidence ! Certes, il y aussi plus de concurrence aujourd'hui mais je pense qu'il y a également beaucoup de niches encore sous-exploitées. Ce qui a changé c'est qu'une start-up peut désormais faire connaitre son produit avec pas ou peu de budget, en utilisant notamment des réseaux sociaux comme Instagram. Grâce au computer vision, un produit peut être automatiquement reconnu par la plateforme et apparaitre dans l'onglet de recommandation. Une simple photo peut ainsi toucher des milliers de personne !  Il y a encore quelques années, vous pouviez tout juste espérer un retweet de quelqu'un disposant d'une certaine audience. Désormais, cet effet viral peut se propager très vite.

En tant qu'expert du Web social, pensez-vous que Snapchat ait des chances de devenir un jour aussi gros que Facebook ?

Je ne le crois pas. Je pense que Facebook va continuer de cloner toutes les fonctionnalités développées par Snapchat, et qu'il sera très dur pour eux d'y faire face, surtout considérant leur niveau de revenus. Il faut malgré tout reconnaitre à Evan Spiegel et à son équipe d'avoir été des pionniers et des innovateurs. Personne ne peut remettre en cause leur créativité. Néanmoins, le fait d'avoir une entreprise bien plus grande que la leur qui intègre ces innovations dans son produit complique forcément les choses. Car Facebook ne se limite pas à sa seule plateforme : c'est aussi Instagram, WhatsApp, Oculus, etc. La partie n'est bien entendu pas encore terminée pour Snapchat, qui va continuer d'inventer de nouvelles choses pour accroitre sa base d'utilisateurs,  mais je ne crois pas que l'entreprise puisse rivaliser avec Facebook dans un futur proche.

Quelles sont vos méthodes pour être plus productif au quotidien ?

L'une des clés à mes yeux est de démarrer la journée très tôt le matin. Je réalise toujours la plus grosse partie de mon travail avant le déjeuner puis je fais un peu d'exercices et je profite du soir pour analyser ce que j'ai réalisé pendant la matinée. En tant que grand consommateur de contenus, je profite des moments où je suis à la salle de sport pour écouter des podcasts ou des livres audio. Je règle souvent la vitesse de lecture à 1,5x afin de pouvoir écouter davantage de contenus en un laps de temps réduit. J'utilise également une application qui permet de couper les passages blancs où personne ne s'exprime. De cette manière, j'utilise le temps consacré au sport pour être productif.

Avez-vous prévu de vous lancer dans une nouvelle création de start-up ?

La majorité de mon temps est désormais consacré aux investissements que je réalise au sein de True Ventures. Le reste est dédié à l'exploration de nouvelles idées que je finance à titre personnel. Je travaille ainsi sur plusieurs projets dont une application de méditation appelée Oak qui va être lancée bientôt. Avant cette application, nous en avions lancé une autre appelée Zero, dédiée au jeûne. Il est probable que nous lancions de nouvelles applications tous les 6 mois.

Kevin Rose est l'un des partners du fonds d'investissement True Ventures. Serial entrepreneur, il est connu pour être le cofondateur de Digg et de Revision3, un réseau de chaines vidéo sur le Web. Il est actuellement membre du conseil d'administration d'Hodinkee, un site e-commerce spécialisé dans les montres. Avant cela, il a occupé le post de General Partner au sein du fonds Google Ventures.

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