Jean Ferré (Microsoft Ventures Paris) "Les start-up de Microsoft Ventures sont de futurs clients ou partenaires"

Directeur de la Division Plateforme et Ecosystème de Microsoft, Jean Ferré est aussi en charge du programme d'accélération Microsoft Ventures Paris lancé en avril 2012. Premier bilan.

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Jean Ferré est Directeur de la Division Plateforme et Ecosystème de Microsoft. © S. de P. Microsoft

JDN. Pouvez-vous présenter Microsoft Ventures Paris (ex-Spark) ?

Jean Ferré. C'est un accélérateur de start-up qui a vocation à accélérer une dizaine de start-up chaque trimestre, une quarantaine par an. Objectif : prendre une équipe de deux à cinq fondateurs et les amener de l'idée à l'entreprise, avec un produit qui tourne, un business model, qui soit capable de lever des fonds et de chercher des clients sur un marché. Microsoft Ventures (lancé sous le nom "Spark" puis rebaptisé) est le premier accélérateur européen de Microsoft et a été lancé en avril 2013.

Notre démarche découle d'une initiative prise il y a dix ans. En 2005, le programme IDEES (Initiative pour le Développement Economique des Editeurs de logiciels et des Start-up), inauguré par Bertrand Delanoë et Bill Gates, visait déjà à soutenir des start-up. J'étais alors PDG d'un éditeur de logiciel, Sinequa, l'une des premières sociétés à intégrer le programme. Criteo est aussi passée par là, tout comme Yammer et Dailymotion. Devant son succès, IDEES a été décliné dans le monde entier sous le nom de BizSpark. Microsoft a déjà accompagné 1 300 sociétés en France, 50 000 dans le monde.

 

Pourquoi alors créer Microsoft Ventures, en parallèle de Bizspark ?

Il faut s'adapter à l'évolution des start-up. Avant elles démarraient dans un garage, et le projet était muri pendant un à deux ans avant d'aller à la rencontre du marché. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus rapide. Les start-up valorisent les dernières technologies et connaissances du marché et se lancent sans passer trop de temps sur le business plan. L'accélérateur devient l'alpha et oméga de la naissance de la start-up. En lançant Spark en avril dernier, la France s'est encore une fois montrée pionnière pour Microsoft. Microsoft Ventures a depuis été décliné à Berlin, Londres, Tel Aviv, Moscou, Bangalore, Pékin et Seattle.

 

Quels sont les critères de sélection ?

Une équipe (nous conseillons aux fondateurs seuls de s'associer), et un ensemble de compétences nécessaires au succès : développement technique, commercial et marketing en fonction du sujet, compétences en matière de design, ergonomie, expérience utilisateur. Il faut aussi que l'équipe ait une vision financière et business du projet, qu'il soit crédible d'un point de vue financier et du marché. Et enfin il faut qu'il ait une ambition mondiale. Parfois la start-up n'en est qu'au stade de projet, parfois elle tourne déjà mais doit faire un pivot. Presque tous les entrepreneurs arrivent avec une ambition très large. Notre travail est de les amener à se focaliser, sur un produit plus précis par exemple.

 

Quels sont les secteurs qui vous intéressent ?

Tous les services Web ou applications mobile, grand public ou B2B, les services aux entreprises qui s'appuient sur les concept autour du Big Data, les offres classiques de logiciels aux entreprises -souvent avec deux composantes fortes : mobilité et cloud, la vidéo, les objets connectés, les nouvelles formes d'e-commerce (ce que j'appelle l'e-commerce 3.0 : sites/places de marchés dynamiques, désintermédiation entre fabricant et consommateur, mobilité, solutions pour leverager les réseaux sociaux pour l'e-commerce...), et le gaming.

 

Qu'apportez-vous aux start-up ?

"La première promo a payé les pots cassés"

Nous leur inculquons une méthodologie pour développer les entreprises, avec le lean start-up, et un coaching hebdomadaire, ainsi que des rencontres avec des mentors. Elles bénéficient de l'aide d'experts techniques et de consultants en design. Nous améliorons constamment l'apport de l'accélérateur. La première promotion a un peu essuyé les plâtres. De nombreuses start-up étaient tournées vers le big data et nous avions des problèmes de bande passante... On s'est améliorés sur le coaching, le mentoring, avec des master class, des mise en relation avec les VC ... L'une des spécificités de Microsoft Ventures est la mise en contact, grâce à son ancrage dans le retail, le jeu, la production de contenus, les services informatiques (Skype, Outlook.com...), la pub, les services en entreprise... Une personne se consacrera désormais exclusivement à la mise en relation au sein de Microsoft Ventures Paris. Nous ne prenons pas de participation au capital. Chaque promo est plus impressionnante que la précédente par le niveau des talents et des projets. Plus ça va, et plus je me dis qu'on aura le prochain Whithings ou Criteo !

 

Les plus grandes réussites depuis le lancement ?

La troisième promo de start-up vient d'être annoncée, et Microsoft Ventures a vu passer une trentaine de start-up depuis sa création. Parmi nos plus belles résussites : Youmiam, qui a levé 300 000 euros, mais aussi Reminiz, qui a gagné le premier prix Bouygues Telecom de la meilleure start-up 4G pour son application de reconnaissance de stars. La solution de communication intelligente SmartNotify et l'application de second screen UBQT ont été sélectionnées pour intégrer l'incubateur TheFamily.

 

Imposez-vous les technologies Microsoft ?

Non. Par exemple, certaines start-up développent des applications mobile toutes plateformes. Et les langages de développement utilisés sont pour certains .Net, le langage de Microsoft, mais la plupart utilisent HTML, Java... Il y a une grande diversité.

 

Prévoyez-vous d'investir dans les start-up ?

Etre au cœur de l'écosystème

Nous avons changé le nom "Spark" pour "Microsoft Ventures Paris", en juin dernier, à dessein. Cela veut dire que l'on est potentiellement actif sur le marché de l'investissement early stage. Ça nous arrive, mais c'est très rare pour l'instant. On regarde et on est à l'écoute : s'il y avait une synergie forte entre une start-up et l'activité de Microsoft, on pourrait l'envisager. Nous avons par exemple racheté Yammer pour cette raison. Mais ce n'est pas l'intention première du programme. Nous souhaitons avant tout développer l'écosystème, compléter l'offre pour que nos clients dans le monde de l'entreprise et les consommateurs puissent bénéficier de nouveaux services. Microsoft Ventures est une preuve des valeurs de long-terme de Microsoft : améliorer le monde et être un facteur d'évolution positive pour la société. Une action citoyenne, en somme. Bien sûr, ce n'est pas la seule raison et ce n'est pas simplement du mécénat. L'accélérateur nous permet d'être au cœur de l'écosystème, à côté des autres accélérateurs et incubateurs. Nous travaillons avec les start-up, de façon très proche pour certaines d'entre elles. Ces entreprises deviendront, pour certaines, des clientes. D'autres seront des partenaires stratégiques. Et puis, on ne leur demande pas d'utiliser nos technologies, mais on espère qu'elles seront interopérables, pour que nos clients les utilisent.

 

 

Diplômé de l'Ecole Polytechnique, Jean Ferré démarre sa carrière en tant que chercheur de l'Ecole des Mines de Paris, puis rejoint les cabinets de conseil en stratégie du groupe Mac et AT Kearney. Il travaille ensuite en Argentine pour un câblo-opérateur américain, avant de devenir Président directeur général d'Arisem (éditeur de logiciels - groupe Thalès) de 1997 à fin 2001. En 2000, il crée, avec d'autres entrepreneurs, l'association Silicon Sentier et en devient le premier Président. En 2002, Jean Ferré devient Directeur du développement international du cabinet de conseil BPI. Puis, à partir de 2005, il est Président de l'éditeur de logiciel spécialiste du "Business Search" Sinequa. Jean Ferré rejoint finalement Microsoft en avril 2011 pour prendre la direction de la Division Plateforme et Ecosystème (DPE).

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