Kickstarter change ses règles : quels projets seront maintenant acceptés ?

Kickstarter nouvelles règles La plateforme de financement participatif américaine a décidé d'assouplir les règles d'acceptation de projets... Pour court-circuiter Indiegogo ?

Depuis sa création, la plateforme américaine de financement participatif de référence, Kickstarter, avait fait de la sélection minutieuse et de l'accompagnement des porteurs de projets son cheval de bataille. Cette marque de fabrique va pourtant prendre fin. Kickstarter vient d'annoncer, sur le site The Verge, un bouleversement complet de ses règles. Les barrières à l'entrée imposées aux porteurs de projets, auparavant plutôt strictes, seront désormais minimes. D'une liste de plus de 1 000 mots, le règlement est passé à 300 mots, décrypte The Verge.

Des restrictions bien moins nombreuses

Des projets qui étaient auparavant refusés seront désormais les bienvenus sur la plateforme. Avant, ils devaient forcément rentrer dans l'une des catégories disponibles sur la plateforme : art, comics, danse, design, mode, films et vidéos, nourriture, jeux, musique, photographie, publications, technologie et théâtre. Les projets caritatifs étaient interdits, tout comme des produits très spécifiques : "lunettes de soleil, produits de beauté, hardware avec plus d'un objet spécifique dans les récompenses, projets software n'étant pas lancés par des développeurs". l'objectif de ces règles étant d'offrir une plateforme avec des projets de qualité, et limiter les échecs et arnaques une fois le créateur financé.

Désormais, Kickstarter ne refusera que les projets illégaux ou dangereux, à quelques exceptions près : les projets caritatifs seront toujours interdits et les porteurs de projets ne pourront toujours pas promettre aux soutiens une participation au capital ou un remboursement. Kickstarter dresse également une liste de projets interdits, principalement pour ne pas tomber dans l'illégalité (médicaments, concours, jeux d'argent, boissons énergisantes, projets racistes, campagnes politiques, pornographie, revente, tabac, armes).

"Launch now", sans passer par l'équipe Kickstarter

Deuxième nouveauté : une option "Launch now" permettra aux porteurs de projets de lancer leur campagne sans même passer par l'approbation de l'équipe Kickstarter. Les internautes pourront donc choisir -s'ils le souhaitent, de se passer de l'avis d'un employé avant de créer leur page. Un algorithme passera alors au crible le projet pour s'assurer qu'il ne viole aucune des règles de la plateforme. "Les projets doivent être honnêtes et présentés clairement, décrit Kickstarter. (...) Ils ne peuvent pas induire en erreur ou déformer des faits, et les créateurs doivent être honnêtes à propos de ce qu'ils veulent accomplir. Quand un projet implique de produire et distribuer quelque chose de complexe, comme un gadget, nous demandons à voir un prototype et nous refusons des rendus photoréalistes."

Selon le CEO, Yancey Strickler, cette nouvelle fonction permettra de dégager du temps à ses équipes pour travailler plus en profondeur avec les porteurs de projets qui le souhaitent. The Verge rapporte que jusque-là, Kickstarter approuvait 78% des campagnes. Parmi elles, 44% parviennent ensuite à lever des fonds. Mais cette nouvelle stratégie permettra surtout à Kickstarter d'augmenter la masse de projets proposés sur la plateforme et de croître encore plus rapidement. Une décision prise alors que la plateforme américaine rivale Indiegogo lui est passée devant en termes de nombre de campagnes.

Abandonner le qualitatif pour dépasser Indiegogo ?

La stratégie d'acceptation large de projets a été adoptée dès son lancement par Indiegogo. La plateforme s'est toujours montrée extrêmement souple sur ce point, ce qui lui a permis de se faire une place de choix. Depuis sa création, plus de 200 000 campagnes ont été menées sur Indiegogo dans plus de 200 pays, contre près de 150 000 campagnes dans cinq pays pour Kickstarter. En diminuant les barrières à l'entrée, Kickstarter espère probablement inverser la tendance et récupérer ceux qui, frustrés par son fastidieux processus, se sont tournés vers les concurrents.

Jusqu'ici, Kickstarter pouvait par contre se targuer de meilleurs taux de réussite sur les campagnes et d'avoir levé plus de fonds : depuis sa création, la plateforme a levé 981 millions de dollars pour près de 63 000 projets validés. Mais avec ses nouvelles règles, le pourcentage de réussites des campagnes ne devrait pas manquer de chuter. Autre inquiétude : ces nouvelles règles pourraient faciliter l'émergence d'arnaques ou de projets complètement irréalisables. Une nouvelle donne qui pourrait décourager les internautes. D'autant que, même avec les règles strictes appliquées auparavant, les produits de certaines campagnes n'ont jamais été livrés aux backers... Fait inédit, une plainte a d'ailleurs été déposée en mai aux Etats-Unis contre Ed Nash et la société Altius Management, qui avait levé plus de 25 000 dollars auprès de 810 soutiens et jamais délivré le jeu promis.

La nationalité du porteur de projet reste restrictive

Mauvaise nouvelle pour les start-up françaises : les règles concernant les porteurs de projets, elles, ne changent pas. Si n'importe qui dans le monde peut soutenir une campagne, il faut obligatoirement être résident permanent aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou aux Pays-Bas pour en proposer une. Une règle qui oblige les start-up françaises à se tourner vers d'autres plateformes, comme Indiegogo, qui n'imposent pas de telles restrictions, ou bien à créer une société dans l'un de ces pays.

 Voir : "Les incroyables nouveaux locaux de Kickstarter en images", du 21/5/2014

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