Ce que 67 000 pubs Meta m'ont appris sur les pubs qui rapportent

Koda

Trois pubs Meta sur quatre sont coupées en moins d'une semaine. Ce que le registre public de Meta révèle sur les pubs qui rapportent, et comment l'utiliser avant de copier un concurrent.

Tous les e-commerçants que je connais font la même chose. Ils ouvrent la bibliothèque publicitaire de Meta, tapent le nom d'un concurrent, font défiler ses pubs, et en choisissent une à imiter. Celle qui a l'air la plus réussie, la plus léchée, celle qui "marche sûrement".

Je l'ai fait aussi. Puis j'ai voulu savoir si ces pubs marchaient vraiment.

Un registre que presque personne ne lit vraiment

Depuis le Digital Services Act, Meta publie pour l'Union européenne un registre de toutes les publicités diffusées : la date de lancement, si la pub tourne encore, et une estimation de sa portée. C'est public, gratuit, et presque personne ne l'exploite au-delà du simple coup d'œil.

Pendant six semaines, j'ai récupéré chaque jour ces données, via l'accès officiel de Meta, pour l'outil que je développe. Au total : 67 216 publicités, diffusées en France, sur près de 400 recherches de produits et de marques. Et chaque jour, une seule question : est-ce que cette pub tourne encore ?

Trois pubs sur quatre meurent en une semaine

Le premier résultat m'a surpris. 76% des publicités n'ont été vues que 7 jours ou moins. Seules 8% ont passé le cap des 30 jours, et à peine 2,6% celui des 60 jours.

Autrement dit, la pub "réussie" que vous copiez ce matin a de grandes chances d'avoir été coupée trois jours plus tard par l'annonceur, parce qu'elle ne rapportait rien. Vous imitez un échec.

Personne ne paie pendant deux mois une pub qui perd de l'argent. La durée de diffusion est donc l'un des rares signaux publics de rentabilité. Nous ne voyons ni les ventes, ni la marge, ni le retour sur investissement d'un concurrent. Mais nous voyons combien de temps il continue à payer.

Celles qui durent touchent beaucoup plus de monde

Le deuxième résultat confirme le premier. La portée médiane d'une pub coupée en moins d'une semaine est d'environ 60 personnes dans l'UE. Pour une pub qui dure plus de 90 jours, elle monte à environ 28 000.

Une partie de l'écart est mécanique : plus une pub tourne, plus elle touche de monde. Mais l'écart est bien plus grand que ce que le temps explique. Les annonceurs ne se contentent pas de laisser tourner leurs gagnantes : ils mettent plus de budget derrière.

Comparer une pub à sa niche, pas à tout le marché

Le troisième résultat est un avertissement. Dans les recherches de grandes marques, 20 à 23% des pubs dépassent 60 jours. Dans la plupart des niches de produits (bijoux, compléments, animaux), on est proche de zéro.

Les grandes marques font tourner des pubs d'image pendant des mois, sans exiger qu'elles rapportent directement. Les petits vendeurs, eux, testent vite et coupent vite. Trente jours dans la bijouterie, c'est exceptionnel. Trente jours pour une marque installée, c'est banal. Une durée ne veut rien dire sans sa niche.

Une méthode en cinq minutes

Concrètement, voici ce que j'applique désormais avant de m'inspirer d'une pub :

  1. Regarder la date de lancement. Moins de 14 jours, c'est encore un test. Au-delà de 30 jours, la pub rapporte probablement.
  2. Chercher les variantes. Si la même vidéo tourne en plusieurs versions, l'annonceur ne teste plus : il accélère.
  3. Regarder la portée, quand elle est affichée. Une longue durée avec une grosse portée vaut bien plus qu'une longue durée seule.
  4. Revenir une semaine plus tard. Le signal le plus utile n'est pas "depuis quand" mais "est-ce qu'elle tourne encore".
  5. Décortiquer la gagnante plutôt que la copier : l'accroche des trois premières secondes, le problème posé, la démonstration, la preuve. Puis reconstruire cette structure avec son propre produit.

Les limites à connaître avant de copier quoi que ce soit

La durée est un signal, pas une preuve. Une pub peut rester en ligne des semaines à 5 euros par jour simplement parce que personne n'a pensé à la couper. Un annonceur qui duplique une gagnante crée une "nouvelle" pub, ce qui la fait paraître plus jeune qu'elle n'est. Et mon échantillon a ses bords : un pays, six semaines, des recherches que j'ai choisies.

Utilisés ensemble, la durée, les variantes, la portée et la comparaison à la niche permettent de faire un vrai tri. Utilisée seule, la durée vous enverra parfois sur la mauvaise pub.

Ce que j'en retiens

Les données publiques de Meta suffisent à séparer les pubs qui rapportent des simples essais. Elles sont gratuites et accessibles à tous. Le vrai avantage n'est pas d'avoir accès à des informations secrètes, mais de prendre le temps de lire celles qui sont déjà publiques.