Face aux fake news, les veilleurs stratégiques montrent la voie
Habitués aux rumeurs et à la désinformation, les veilleurs stratégiques ont développé des méthodes rigoureuses pour fiabiliser l'information.
Face aux fake news et à leur prolifération, le législateur est au rendez-vous. Instauré en 1881, le délit général de fausses nouvelles est puni d’une amende de 45 000 €. Quant à la loi du 22 décembre 2018, elle a pour objet la lutte contre la manipulation de l’information lors des scrutins électoraux et peut aboutir à un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende. Pour autant, force est de constater que les tentatives de désinformation demeurent particulièrement nombreuses en France, dans un contexte où près d’un Français sur deux s’informe via les réseaux sociaux (source : Arcom 2025).
Le veilleur stratégique, habitué des fake news
Face à cette déferlante appelée à se renforcer avec la période électorale que nous nous apprêtons à traverser, il existe des moyens de lutter. La communauté des veilleurs stratégiques qui œuvrent au cœur des organisations privées comme publiques nous le démontre au jour le jour. Confrontés de longue date à des phénomènes aussi divers que l’infobésité, le "bruit" informationnel, la mésinformation ou la pure et simple désinformation, les veilleurs ont déployé une méthode de travail aussi simple qu’elle est efficace, pour peu qu’elle soit appliquée de manière rigoureuse. Leur premier réflexe consiste à suspendre leur jugement, c’est-à-dire à ne pas verser dans une approche de type "pour ou contre" dès lors qu’ils se trouvent face à une information spectaculaire, inattendue, éminemment rassurante ou au conforme à leurs propres convictions. Sans rejeter ni adhérer, le veilleur stratégique observe d’abord une information comme un objet à comprendre.
Trois réflexes à avoir face à une nouvelle
Vient ensuite le temps de l’analyse. Ici, trois réflexes simples sont élevés au rang de processus professionnels. Le premier d’entre eux consiste à remonter à la source de l’information. Qui me parle ? Qui est l’auteur ? Quel média ? Le veilleur s’interroge notamment sur l’intérêt éventuel qu’aurait un auteur à tenir une position. Il est également attentif aux dates. Dans un monde où l’information n’a de cesse d’être "recouverte" chaque jour, il s’agit de jauger de la pertinence réelle d’une information, sachant qu’un fait énoncé en 2022 peut avoir été largement invalidé quatre années plus tard…
Second réflexe : le croisement des sources. Les professionnels de la veille se montrent ici aussi vigilants que des journalistes d’investigation. Ils savent que l’information la plus pertinente n'est pas nécessairement celle qui est répétée des centaines de fois, et recherchent les sources indépendantes, idéalement primaires et institutionnelles, permettant de valider ce qu’ils ont lu, vu ou entendu.
Enfin, dernier réflexe : replacer la nouvelle dans son contexte. Pour quelle raison apparaît-elle maintenant ? A-t-elle été tronquée, à l’image d’une photographie qui aurait été recadrée ? A-t-elle été sortie de son époque ?
La sécurité de l’information qui circule au quotidien dans notre société relève d’un garde-fou démocratique, que le législateur ne peut prendre en charge seul. En l’espèce, adopter un référentiel reposant sur des usages professionnelles constitue une option à considérer sérieusemet. C’est ainsi que les usages numériques ont été influencés par la cybersécurité professionnelle, que les métiers de la sécurité alimentaire ont généré de nouvelles pratiques domestiques, ou encore que les milieux de la haute montagne ont structuré la culture de la prévention.
Dans de telles conditions, il est temps que la société s’inspire du mode opératoire et standards des professionnels de la veille. Nous avons tous à y gagner.