Le baromètre de l'emploi de Manpower passe dans le rouge pour la première fois depuis 2021
Le baromètre trimestriel de Manpower, présenté mercredi à VivaTech, indique que "les perspectives d'embauches vont dans les mois à venir être au plus bas depuis 2021". C'est la première fois que cet indicateur passe dans le rouge depuis 2021.
Selon l'étude, la prévision nette d'emploi devrait reculer de 2 points au troisième trimestre 2026, après des hausses de 15 points au deuxième trimestre et de 30 points au premier trimestre 2026. La moyenne sur l'année 2025 était une hausse de 30 points.
Baisse des intentions d'embauche
Dans le même temps, 24% des entreprises interrogées prévoient d'embaucher entre juin et septembre 2026, contre 30% au deuxième trimestre 2026 et 31% au troisième trimestre 2025, soit une chute de 7 points en un an. L'étude repose sur une consultation en avril auprès de plus de 1 000 entreprises françaises de tous les secteurs.
Manpower avance que "le conflit au Moyen-Orient" a "poussé les entreprises à la prudence". L'étude rappelle qu'un accord de paix a été annoncé dimanche soir entre Washington et Téhéran.
Dans son communiqué, Manpower souligne : "Le premier trimestre 2026 marque un coup d'arrêt de la dynamique économique française, avec une croissance négative (- 0,1 point de PIB) après le +0,2 point enregistré en fin d'année 2025. La demande intérieure s'est affaiblie sous l'effet d'un recul de la consommation des ménages (- 0,1 point) et d'un repli de l'investissement (- 0,4 point)".
Le baromètre fait ressortir que ce sont "les entreprises de plus de 5 000 salariés, davantage positionnées à l'international, qui se brident le plus sur les recrutements", tandis que le phénomène est "moins marqué concernant les sociétés plus modestes, ancrées localement".
L'étude précise : "Les plus touchés sont l'agroalimentaire, le luxe, ou encore l'automobile". A l'inverse, elle constate : "L'aérospatial, la défense, l'énergie ou encore le ferroviaire s'en sortent bien, avec un solde d'embauches positif. Ils sont portés par le contexte géopolitique et les forts investissements dans ces domaines stratégiques".
Benoît Derigny, patron de Manpower France, observe : "Il y a incontestablement un décrochage. Le lien avec la crise au Moyen-Orient semble clair. Notre baromètre MEOS démontrait déjà un recul au deuxième trimestre, une tendance qui se prolonge et s'installe progressivement". Il ajoute : "Toutes les entreprises sont en situation de prudence et d'attente. Le niveau d'incertitude demeure présent et pèse sur les décisions".
Sur la demande, il note : "Les ménages sont eux aussi concernés par ce climat d'incertitude. Ils font plus attention à leurs dépenses. D'autant plus avec le retour de l'inflation".
Concernant les besoins à venir, il indique : "Il y a déjà une pénurie de profils pour les métiers manuels et industriels. Et celle-ci va s'intensifier. Le secteur de l'aérospatial et de la défense vise 250 000 embauches d'ici à 2030. Ce sont clairement des métiers d'avenir".
En perspective
La Banque de France, dans son Bulletin 245/4 (mars-avril 2023), indiquait qu'entre mai 2021 et mars 2023, la part des entreprises déclarant rencontrer des difficultés de recrutement était passée de 36% à 52%, et que 350 000 emplois étaient restés non pourvus au quatrième trimestre 2022. Selon la même source, malgré l'invasion russe en Ukraine, le marché du travail avait été exceptionnellement dynamique en 2021 et 2022, mais grevé par des difficultés de recrutement liées principalement à des problèmes de qualification.