Protection sociale : le Medef propose 30 milliards d'euros de baisse nette des cotisations, transférés vers la TVA et les retraités aisés
Le Medef a présenté un projet de réforme d'ampleur du financement de la protection sociale, visant à alléger significativement les charges pesant sur les entreprises et les salariés. A l'approche de l'élection présidentielle, l'organisation patronale propose une baisse globale des cotisations sociales de 30 milliards d'euros en net, répartie entre les entreprises et les salariés du privé.
Un allègement net de 20 milliards pour les entreprises
Dans le détail, les entreprises verraient leurs charges diminuer de 20 milliards d'euros en net. Le Medef vante une baisse de cotisations de 60 milliards, mais celle-ci irait de pair avec une disparition "mécanique" des allègements de charges pour les salaires compris entre 2 et 3 fois le Smic (30 milliards d'euros). Par ailleurs, les employeurs verraient leurs cotisations vieillesse augmenter de 10 milliards. En tenant compte du surcroît d'impôt sur les bénéfices qu'elles devraient acquitter, les entreprises empocheraient au final 16 milliards d'euros. "Soit 50 000 euros par an en plus pour une entreprise de 50 salariés pour produire, investir et recruter !", vante l'organisation.
D'après les projections réalisées par les économistes de Rexecode, ce "choc de compétitivité" se traduirait sur la prochaine décennie par la création de 260 000 emplois, un redressement de la balance commerciale de 0,3 point de PIB (ou "70 avions Rafale par an") et un coup de fouet à la croissance tricolore de 0,7 point de PIB.
Le Medef veut aussi donner un coup de pouce aux salariés du privé, grâce à une baisse de leurs cotisations vieillesse de 10 milliards d'euros, intégralement reprises par les employeurs. Un employé au Smic empocherait 300 euros par an, le gain atteignant 650 euros pour un salaire de 4 000 euros brut. Une partie de ces gains s'évaporant en impôt sur le revenu, la réforme profiterait schématiquement pour un tiers aux salariés et deux tiers aux entreprises.
Un financement reposant sur la TVA et les retraités aisés
Pour financer cette baisse de charges, ce sont d'abord les retraités aisés qui seraient mis à contribution. Leur taux de CSG serait aligné sur celui des actifs et l'abattement de 10% à l'impôt sur le revenu sur les pensions serait supprimé, permettant à l'Etat et à la Sécurité sociale de récupérer 6 milliards d'euros.
Les 19 milliards restant à financer proviendraient d'une hausse de la TVA. Le taux normal, de 20%, augmenterait d'environ 2,3 points. Le Medef se veut cependant rassurant : cette hausse ne pénaliserait pas les ménages modestes, dans la mesure où une grande partie de leurs dépenses (restauration, alimentation, énergie, transports) relèvent de taux réduits qui ne bougeraient pas.
Au-delà de son acceptabilité politique et sociale, le principal écueil de la réforme est qu'elle ne contribue pas au nécessaire redressement des comptes, estime le spécialiste des finances publiques François Ecalle. Pour le fondateur du site Fipeco, la priorité est de stabiliser la dette publique en réalisant un effort budgétaire d'une centaine de milliards d'euros. "Augmenter la TVA, cela a un coût politique élevé, souligne-t-il. Si vous dépensez ce capital politique pour compenser des baisses de cotisations sociales, vous n'en aurez plus pour réduire le déficit."
Le Medef se contente d'affirmer que son projet ne dégrade pas les finances publiques, sans pour autant les améliorer. A l'été 2025, l'organisation avait toutefois dévoilé des pistes pour réformer le système de santé et faire des économies, notamment en ciblant les arrêts maladie, un sujet que le gouvernement a justement remis à l'agenda.
Un débat encore à ouvrir
Le mouvement dirigé par Patrick Martin plaide régulièrement pour une réforme du financement de la protection sociale (retraite, chômage, Assurance maladie), arguant que le système accumule les déficits et pèse trop fortement sur les entreprises et les salariés. Malgré ses appels répétés à ouvrir des discussions en bonne et due forme avec les pouvoirs publics et les partenaires sociaux, celles-ci n'ont pas démarré : l'exécutif a seulement chargé récemment un panel d'experts de plancher sur la question.