Apple accuse OpenAI de vol de secrets industriels dans le développement d'objets connectés

Apple accuse OpenAI de vol de secrets industriels dans le développement d'objets connectés La bataille judiciaire entre Apple et OpenAI s'envenime, sur fond de concurrence dans le hardware et d'accusations de vol de secrets industriels et de débauchage massif.

Dans une nouvelle étape du bras de fer opposant deux géants de la tech, Apple a déposé lundi une requête devant un tribunal fédéral à San Jose, accusant OpenAI d’"actes répétés de vol délibéré", destinés selon elle à "faire avancer le programme et les ambitions d’OpenAI dans le matériel". Cette plainte vise à obtenir l’arrêt immédiat de l’utilisation par OpenAI de secrets industriels d’Apple et la fouille des ordinateurs du créateur de ChatGPT.

Un partenariat devenu rivalité

Jusqu’à récemment, Apple et OpenAI entretenaient un partenariat technologique : ChatGPT est intégré aux produits Apple depuis 2024. Mais la relation s’est tendue depuis l’annonce par OpenAI de son intention de se lancer dans le hardware, avec le développement de ses premiers objets connectés, notamment une enceinte connectée sans écran conçue avec le studio de Jony Ive, ancien responsable du design d’Apple.

Pour Apple, la situation est critique. La firme affirme dans sa requête qu’OpenAI "ne saurait être autorisé à utiliser les secrets d'Apple pour prendre une avance indue" dans cette compétition, y voyant un préjudice concurrentiel "qu'aucune indemnisation financière ne pourrait réparer". Selon la plainte initiale, plus de 400 anciens d’Apple travaillent aujourd’hui chez OpenAI, un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène de débauchage dénoncé par la marque à la pomme.

Apple ne se limite plus à évoquer le simple débauchage de salariés, comme dans sa plainte initiale du 10 juillet, mais accuse désormais OpenAI d’"actes répétés de vol délibéré". Les avocats d’Apple insistent sur l’urgence d’une injonction, estimant que "le préjudice se produit en ce moment même" et que chaque jour sans décision judiciaire permet à OpenAI d’"incorporer" un peu plus d’informations confidentielles "dans le développement de ses appareils", rendant le retour en arrière toujours plus difficile.

OpenAI, de son côté, a répliqué mercredi en demandant l’abandon de poursuites "sans fondement" et en plaidant le rejet définitif du dossier, ce qui empêcherait Apple de revenir à la charge. "Apple a bâti sa réputation en prêtant une attention méticuleuse aux moindres détails. Cette plainte fait l'inverse", écrivent les avocats d’OpenAI, jugeant "pourrie jusqu'au trognon" la plainte de la marque à la pomme. Ils accusent également Apple de vouloir "utiliser une plainte prétexte et sans fondement pour compenser ses difficultés à recruter et à retenir ses employés, ainsi que ses échecs à intégrer l'intelligence artificielle dans ses produits".

OpenAI invoque par ailleurs le droit californien, qui "encourage" la mobilité des salariés, "à laquelle on attribue la révolution technologique qui a rendu les entreprises de cet Etat enviées du monde entier".

Les dessous de l’affaire : débauchage et secrets industriels

La plainte d’Apple vise notamment deux anciens employés : Chang Liu, ancien ingénieur iPhone, et Tang Tan, ex-vice-président du design, aujourd’hui directeur du matériel chez OpenAI. Apple reproche à Tang Tan d’avoir utilisé le nom de code interne d’un produit non annoncé pour soutirer des informations à des candidats lors de recrutements. Selon la requête, OpenAI leur demandait d’apporter en entretien "des prototypes" et des fichiers de conception, pour des séances de "show and tell".

OpenAI se défend en affirmant qu'il s'agit de "pratiques ordinaires du secteur" et qu'Apple "n'identifie aucun secret des affaires précis" qui aurait été divulgué à Tang Tan. Selon ses avocats, celui-ci a "répété à ses recrues et à son équipe de ne pas apporter ni divulguer d'informations confidentielles de leurs anciens employeurs".

OpenAI retourne également l’accusation, reprochant à Apple d’avoir mal protégé ses propres données, en restant "connecté aux comptes personnels" de l’ingénieur Chang Liu "longtemps après son départ" du groupe. Une négligence qui, selon OpenAI, rendrait inopérant le droit d’invoquer le secret des affaires.

Un contexte de concurrence exacerbée

Pour convaincre le juge de l’urgence, les avocats d’Apple ont versé au dossier un article du média TechCrunch décrivant les détails ayant fuité sur le premier appareil d’OpenAI : une enceinte connectée sans écran, conçue avec le studio de Jony Ive. Selon Bloomberg, l’objet aurait la forme circulaire d’un donut, la taille d’un palet de hockey et coûterait entre 300 et 400 dollars, pour un lancement prévu en 2027. OpenAI n’a jamais confirmé ces fuites, mais affirme devant le juge construire "quelque chose d'entièrement nouveau et différent de tout ce qui existe chez Apple", soulignant qu’Apple "n'allègue jamais que l'appareil d'OpenAI partagerait le moindre élément de conception (...) de fournisseur ou de composant avec un produit Apple".

L’affaire intervient à un moment crucial pour OpenAI, qui prépare son entrée en Bourse sur la base d’une valorisation de quelque 852 milliards de dollars, et mène une compétition acharnée avec Anthropic, son rival de San Francisco.

Le juge fédéral Edward J. Davila examinera le 1er octobre les requêtes des deux adversaires.