Moody's maintient la note de la dette française mais garde une perspective négative

Moody's maintient la note de la dette française mais garde une perspective négative L'agence américaine surprend en conservant la note de la dette française, tout en pointant les risques liés à l'absence de réformes et aux tensions sociales.

Vendredi soir, l'agence de notation américaine Moody's a conservé inchangée son appréciation de la qualité de crédit de l'Etat. La France est toujours notée Aa3 par Moody's, un cran au-dessus des deux autres grandes agences Fitch et S&P, qui ont toutes deux privé la France de son double A il y a un an. Selon la nomenclature de l'agence, la dette française reste un actif de qualité "élevée", avec un risque de crédit "très faible".

Cette décision, qui intervient dans un contexte de dégradation patente de la situation budgétaire française, prend à rebours la plupart des observateurs qui attendaient une dégradation de la note. Moody's maintient toutefois une perspective "négative" sur la dette française, ce qui signifie que l'agence n'exclut pas une future dégradation. Cette perspective négative est notamment motivée par le risque que le Parlement se montre incapable de prendre des mesures pour redresser les finances publiques, ou que "les réformes structurelles antérieures, notamment sur les retraites" soient durablement mises en pause, voire inversées. Ce message s'adresse directement aux parlementaires qui examinent actuellement le projet de budget pour 2027.

Un contexte économique et financier tendu

Depuis l'été, le taux des obligations assimilables du Trésor (OAT) à 10 ans progresse sensiblement, et de plus en plus rapidement. Mercredi, il a franchi la barre des 5% - un niveau jamais atteint depuis 2002.

La guerre au Moyen-Orient a provoqué un fort ralentissement de l'économie tricolore - au point que le gouvernement ne mise plus que sur une modeste hausse du PIB de 0,5% cette année, deux fois moins que la prévision initiale. Parallèlement, la flambée des taux d'intérêt a fait grimper la charge de la dette de 5 milliards d'euros par rapport à la prévision initiale. Elle atteindra 79 milliards cette année, selon Bercy, et devrait franchir le cap symbolique des 100 milliards dès 2028.

Face à ces difficultés, le gouvernement a officiellement renoncé à son objectif de faire revenir le déficit public à 5% du PIB cette année (contre 5,1% l'an dernier). Il essaie désormais de le cantonner à 5,4%. Dans le scénario de Moody's, le déficit public ne serait que très modestement réduit en 2027, à 5,2% du PIB (alors que le gouvernement ambitionne de le ramener à 5%). Moody's estime également que le poids de la dette continuera d'augmenter jusqu'à la fin de la décennie.

Moody's met en avant les risques politiques et sociaux qui pèsent sur la trajectoire budgétaire de la France. Les analystes de l'agence notent que "de larges mouvements de protestation sociale ont éclaté, ce qui pourrait limiter les efforts de consolidation budgétaire". Ils font néanmoins l'hypothèse qu'un budget pour 2027 sera finalement adopté - "possiblement par ordonnances" - et que les coûts de financement comme les tensions sociales vont "quelque peu s'atténuer dans les prochains mois".

Moody's anticipe toutefois que le prochain président de la République et le prochain gouvernement devraient logiquement tenter de redresser les comptes. Mais "ils ont peu de chance de parvenir à mettre en œuvre un assainissement budgétaire rapide, face aux tensions sociales, à un environnement politique qui devrait rester fragmenté et à une croissance modérée du PIB", estime l'agence.

Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, s'est félicité dans un communiqué : "Cette décision est la reconnaissance de la solidité de notre économie et de la crédibilité du budget présenté par le gouvernement." Il y voit aussi "un appel à la responsabilité" pour adopter un budget réduisant le déficit public à 5% du PIB - une cible "intangible", répète-t-il.