Kevin Warsh annonce la création de cinq groupes de travail pour réformer la Fed

Kevin Warsh annonce la création de cinq groupes de travail pour réformer la Fed Le nouveau président de la Fed engage une refonte des méthodes de mesure de l'inflation et de la productivité, en réponse aux transformations économiques et technologiques, tout en réaffirmant la cible de 2% d'inflation.

Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a donné sa première conférence de presse jeudi. Il ne s'est pas contenté d'annoncer le maintien des taux dans la fourchette de 3,50% à 3,75% atteinte en décembre, de réaffirmer la cible institutionnelle de 2% d'inflation et de publier des projections d'inflation révisées en hausse, à 3,6% à la fin de l'année. Il a aussi engagé une refonte des méthodes de la Fed en matière de politique monétaire, en dévoilant la création de cinq groupes de travail (ou "task forces") chargés de repenser les pratiques de l'institution, notamment sur la mesure de l'inflation et de la productivité.

Cinq groupes de travail pour une refonte en profondeur

Ces cinq groupes réuniront "les meilleurs cerveaux" de la Fed, économistes et non-économistes. Leurs travaux commenceront sous quinze jours et devraient, pour la plupart, aboutir à des recommandations avant la fin de l'année, a assuré Kevin Warsh. "Ces dernières semaines ont été plutôt chaleureuses", avec des collègues qui veulent "revenir aux principes fondamentaux" pour rebâtir l'institution, a-t-il salué.

Le premier groupe porte sur la communication de la Fed. Le nouveau président juge que l'institution est devenue trop bavarde ces dernières années, notamment en matière d'orientation, ou "guidance", ces petits cailloux que sèment les banquiers centraux pour aider les marchés à anticiper la prochaine décision de politique monétaire. "Depuis l'été dernier, mes collègues discutent des améliorations possibles de la forme et de la fonction de la communication. Cette nouvelle équipe s'en nourrira et j'attends qu'elle propose quelques changements bien sentis, y compris sur les projections économiques", a-t-il déclaré.

Jeudi, ces projections ont été publiées comme à l'accoutumée, sauf que Kevin Warsh n'a pas participé à l'exercice de transparence sur les prédictions individuelles de mouvement des taux. Seuls 18 membres du comité de politique monétaire se sont prononcés anonymement. Neuf d'entre eux tablent désormais sur une hausse d'ici à la fin de l'année, contre zéro en mars. Pour le nouveau président, en livrant une orientation, la Fed donne sa réponse aux marchés alors qu'elle devrait les écouter : "les marchés financiers sont probablement la source d'information la plus importante pour guider les banquiers centraux", a-t-il dit, en faisant le vœu de laisser les marchés "regarder les données" et de "retirer les œillères" de la Fed.

Au passage, Kevin Warsh a taclé son prédécesseur Jerome Powell sur la communication de la Fed à propos de l'inflation, supérieure à sa cible depuis cinq ans : "l'engagement à atteindre la cible est fort, unanime et sans ambiguïté. Je pense que c'est un message important qui nous manquait depuis cinq ans, et on va réparer ça", a-t-il lâché.

Le deuxième groupe est consacré au bilan financier de la Fed. Kevin Warsh aimerait réduire le stock d'actifs emmagasiné par la banque, qu'il juge insuffisamment diminué depuis l'explosion due à la grande crise financière. L'équipe mesurera les avantages et les risques de vastes réserves, ainsi que leur composition, avant de proposer "un cadre alternatif pour la conduite et la mise en œuvre de la politique monétaire".

Le troisième groupe évaluera de nouvelles sources d'information et d'autres méthodes de collecte, pour "donner aux décideurs des informations sur l'état de notre économie qui seront plus précises, plus pertinentes, plus fraîches et, de façon peut-être encore plus importante, plus exploitables". Kevin Warsh a qualifié de "démodées" les études nationales utilisées par les banquiers centraux et les ministères : "Cela ressemble très peu à l'économie américaine en 2026", a-t-il jugé, pointant les faibles taux de réponse aux enquêtes et des questions inadaptées à ce siècle. Les patrons d'entreprises ont accès, selon lui, à des informations en temps réel moins sujettes à révision que les données publiques nationales. "Ce qui nous intéresse, c'est ce qui se passe maintenant. Nous sommes moins intéressés par les échos de l'histoire", a-t-il dit. L'an dernier, les statistiques du marché du travail ont été drastiquement révisées, ce qui s'explique en partie par des réductions d'effectifs, puis par le gel des crédits gouvernementaux pendant quarante jours.

Intelligence artificielle et productivité au cœur des réformes

Le quatrième groupe se penchera sur la productivité de l'emploi "dans une ère de transformation". Il s'agit d'étudier "le rythme, l'étendue, l'impact économique des nouvelles technologies à usage général, dont l'intelligence artificielle, et d'examiner ce que cela implique pour la Fed dans l'accomplissement de nos missions sur l'emploi et l'inflation". L'IA "est peut-être le changement le plus important pour l'économie, les entreprises et les ménages depuis que je suis entré dans l'âge adulte", a estimé Kevin Warsh, qui n'est pas le seul au sein du comité à penser que, "sur le long terme", elle profitera aux Etats-Unis. Il y voit un facteur de "croissance non inflationniste", parce qu'elle entraînera des gains de productivité considérables qui maintiendront salaires et prix sous contrôle.

Enfin, le cinquième groupe planchera sur la manière d'appréhender l'inflation. Il devra d'abord décortiquer les principaux facteurs de hausse des prix, en repartant de zéro et sans préjugés, puis proposer une nouvelle panoplie d'outils "permettant d'assurer la stabilité des prix dans une économie en mutation". Kevin Warsh a déjà signalé qu'il préférait des indicateurs ajustés, qui écrêtent les pics d'inflation concentrés sur certains produits : il ne veut pas s'attarder sur des "bosses" de prix et juge que la tendance des trois ou six derniers mois importe davantage que le dernier chiffre. En cette ère de transformation, le nouveau président préfère regarder loin devant.