La BCE juge souhaitable la création de banques transfrontalières en Europe
La Banque centrale européenne (BCE) considère que la création de grosses banques européennes est souhaitable pour la soutenabilité du système bancaire. Cette position a été exprimée vendredi par Philip Lane, membre du directoire et chef économiste de la BCE, lors d'une conférence organisée par Natixis CIB à Paris.
Un système bancaire trop localisé jugé risqué
"Avoir un système bancaire trop localisé et, par ricochet, trop imbriqué avec son marché national n'est pas une bonne recette", a déclaré Philip Lane. "Je pense, d'un point de vue macroéconomique, qu'il est très important d'avoir le partage des risques que procure la banque transfrontalière. Cela peut passer par la détention de capitaux propres, par le financement, par une technologie commune."
Philip Lane s'exprimait alors que la deuxième banque italienne UniCredit compte racheter l'allemande Commerzbank, son OPA lancée début mai s'achevant mardi soir. L'opération est jugée hostile par Berlin, actionnaire à 12% de Commerzbank, ainsi que par la direction et les salariés de la banque, qui défendent son indépendance. À plus long terme, UniCredit a en ligne de mire la fusion de Commerzbank et de l'allemande HypoVereinsbank, qu'elle détient déjà.
Mutualisation des coûts et essor des banques en ligne
À défaut de mener des opérations de concentration, les banques peuvent trouver d'autres moyens de réduire leurs coûts et leurs risques, estime Philip Lane. Dans le secteur, "les coûts fixes ont augmenté" et "mettre en place un système de cybersécurité sûr est coûteux", souligne-t-il. Des charges que les plus petits établissements peuvent atténuer en recourant à de "très bons prestataires de services qui le font pour de nombreuses banques". À terme, anticipe-t-il, "nous aurons un nombre relativement faible de banques gigantesques en Europe".
Quant à l'irruption d'acteurs purement numériques, qui bouscule le modèle bancaire traditionnel, elle ne "change [pas] les fondamentaux" aux yeux du chef économiste. Les banques historiques doivent certes "réagir", ce qu'elles font en proposant des produits concurrents, mais Philip Lane y voit une évolution saine : "il y a clairement un rôle pour les banques purement en ligne", avec "un modèle économique différent". Il rappelle toutefois que tout acteur fournissant des services financiers, "fintech ou autre", doit se conformer à la même réglementation, "à la fois en termes de liquidité, de solvabilité, mais aussi de service à la clientèle".