Le gouvernement annonce 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour tenter de tenir la cible de déficit public à 5% du PIB
Le gouvernement a été contraint d’annoncer 3 milliards d’euros d’économies supplémentaires sur le budget de l’année en cours pour faire face aux "risques" de dérives qui pèsent sur les comptes. Cette décision intervient alors que la trajectoire des finances publiques se complique, sur fond de croissance révisée à la baisse et de dépenses sous tension.
Un risque de dérapage de 5 milliards d’euros
"On a aujourd’hui un risque de dérapage de la dépense publique de 5 milliards : 3 milliards sur l’Etat et la Sécurité sociale, des mesures devront être prises, et 2 milliards d’euros sur les collectivités locales", a détaillé le ministre des Comptes publics David Amiel à l’issue du comité d’alerte des finances publiques, réuni à Bercy en présence du premier ministre Sébastien Lecornu.
Sur les 3 nouveaux milliards d’euros d’économies annoncés, 2 milliards concernent l’Etat, "en grande partie d’ailleurs liés aux mesures d’aide qui se sont déployées depuis avril dernier", et 1 milliard vise la Sécurité sociale, a précisé le ministre. Ces économies s’ajouteront aux 6 milliards d’euros annoncés lors de la précédente réunion du comité d’alerte en avril dernier.
En avril, l’exécutif avait mis en œuvre un plan de coupes dans les dépenses de 4 milliards d’euros sur l’Etat et de 2 milliards d’euros dans "la sphère sociale" - via un gel des allégements de charges - pour compenser le coût du conflit au Moyen-Orient. Le coût desdites aides a été chiffré à 1,4 milliard d’euros un peu plus tôt dans la semaine.
Le détail des mesures à venir reste à ce stade peu précis. Le ministre des Comptes publics a simplement indiqué que ces mesures seraient prises "dans le courant de l’année" via des décrets de gel ou d’annulation ou au moyen d’économies en gestion. David Amiel prévoit "d’examiner les dépenses ministère par ministère" en préservant les crédits "indispensables" notamment pour répondre "aux besoins urgents en matière de canicule et de soutien aux crises".
Du côté de la Sécurité sociale, la dynamique des arrêts maladie est pointée du doigt, avec des dépenses d’indemnités journalières ayant augmenté de 45% en sept ans. Un mandat a été "confié aux partenaires sociaux" de la commission en charge de ces dépenses "de réaliser 800 millions d’euros de mesures de redressement".
Ce nouvel effort budgétaire pourrait ne pas suffire à atteindre la cible de déficit de 5% du PIB pour 2026. Le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a déclaré : "Evidemment, notre objectif de déficit public de 5% est aujourd’hui difficile à atteindre. Nous ferons tout pour nous en rapprocher au maximum". Le déficit était de 5,1% du PIB en 2025.
La situation est d’autant plus tendue que le gouvernement a baissé sa prévision de croissance pour 2026, la dégradant de 0,9% à 0,7%. Cette révision "tient compte d’un début d’année moins favorable qu’anticipé lié notamment à la loi spéciale, ainsi que de la situation internationale, notamment du conflit au Moyen-Orient, même si les signaux sur l’inflation et la consommation sont plus encourageants", a souligné Roland Lescure. L’inflation est montée à 2,4% en mai sur un an, avant de redescendre à 1,8% en juin. Le PIB a, quant à lui, reculé de 0,1% au premier trimestre.
Un signal scruté par les investisseurs
Le gouvernement présentera à la rentrée un projet de loi de finances qui sera l’occasion "d’une actualisation totale de nos estimations pour 2026 et 2027", a décrit Roland Lescure. "Si la France ne parvenait pas à réduire, même à la marge, son déficit cette année, ce serait un mauvais signal envoyé aux investisseurs", prévient Alexandre Stott, économiste en charge de la France chez Goldman Sachs.