Un rapport chiffre à 126 milliards d'euros l'effort budgétaire minimal à fournir d'ici 2032

Un rapport chiffre à 126 milliards d'euros l'effort budgétaire minimal à fournir d'ici 2032 Un rapport remis au gouvernement alerte sur la nécessité d'un effort budgétaire massif pour éviter une crise de la dette d'ici 2032.

Un rapport sur la situation tendancielle des finances publiques, commandé par Bercy fin mai à quatre économistes – Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla – et rendu public mercredi 15 juillet, chiffre à 126 milliards d'euros l'ampleur de l'effort budgétaire minimal à fournir d'ici à 2032, pour simplement stabiliser la dette publique et éviter une crise financière. Ce montant représente environ 25 milliards d'euros par an, et met en lumière la dynamique préoccupante des finances publiques françaises.

Une trajectoire de déficit aggravée sans mesures correctives

Les quatre économistes se sont penchés sur la progression naturelle des dépenses publiques, c’est-à-dire leur évolution "à politique inchangée". Il en ressort que ces dépenses augmentent bien plus vite que la croissance économique, creusant ainsi le déficit, tandis que les recettes restent relativement stables en l’absence de mesures nouvelles.

Selon le rapport, le déficit public atteindrait 5,9% du PIB dès 2027 en l'absence de mesures correctives, soit près d'un point de plus que la cible de 5% fixée pour 2026 et déjà mise en doute en raison de la guerre au Moyen-Orient. Il continuerait de se dégrader pour atteindre 6,8% du PIB en 2030.

La principale raison de l'envolée des dépenses tient à la hausse des intérêts versés aux détenteurs d'obligations françaises. Cette charge de la dette va grimper d'une dizaine de milliards d'euros chaque année, "sous l'effet du refinancement progressif, à des taux plus élevés, des obligations arrivant à échéance". Elle devrait mobiliser 78 milliards d'euros cette année, puis progresser de 46 milliards d'ici à 2030 pour atteindre 124 milliards – un rythme quasiment cinq fois plus rapide que la croissance potentielle de l'activité économique tricolore.

D'autres postes de dépenses très dynamiques contribuent à la dérive naturelle du déficit. Les dépenses militaires, dont le Parlement vient de valider une nouvelle augmentation, doivent progresser de 20 milliards d'euros d'ici à 2030 (+34%, soit trois fois plus vite que la croissance). La contribution de la France au budget de l'Union européenne doit également fortement augmenter dans les années à venir, en vertu du nouveau cadre budgétaire convenu avec les autres pays membres (+10 milliards d'ici à 2030, en hausse de 37%).

Les dépenses sociales connaissent aussi une progression marquée. Les dépenses de santé progressent d'environ 10 milliards d'euros par an (+40 milliards d'ici à 2030, soit +15%), du fait du vieillissement de la population, de la hausse des affections de longue durée et du coût des thérapies nouvelles. Les pensions de retraite coûtent chaque année 11 à 12 milliards d'euros supplémentaires (+47 milliards d'ici à 2030, soit +13%), en raison de l'augmentation du nombre de retraités et du montant moyen des pensions.

Un diagnostic jugé "très inquiétant"

Les auteurs du rapport n’hésitent pas à alerter sur la gravité de la situation. "Dans un contexte de remontée des taux d'intérêt, la situation de nos finances publiques n'est plus soutenable", écrivent les économistes. "Le diagnostic est très inquiétant, juge Xavier Ragot, le président de l'OFCE. L'intérêt de ce rapport est d'avoir quelque chose de clair, documenté et précis - pour que ce soit intégré en amont."

Le rapport distingue deux horizons temporels : l’élaboration du budget 2027 à l’automne prochain et la campagne présidentielle. "Le coût de l'inaction en 2027 est rédhibitoire", prévient le rapport. Si le gouvernement et les élus échouent à doter le pays d’un budget, le déficit plongera de presque un point de PIB, en raison de la charge de la dette, de la hausse du budget des Armées, du dynamisme des dépenses de retraites et de santé, et de la non-reconduction de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises. Pour simplement rester à 5% du PIB, il faudrait baisser les autres dépenses (ou augmenter les recettes) d’environ 20 milliards d’euros.

"En 2027, si nous arrivons à un déficit de 4,9% du PIB, ce sera déjà très bien. Ce ne sera pas du surplace", souligne Xavier Ragot.

Les économistes se gardent de préconiser des mesures politiques précises, mais insistent sur la nécessité d’un effort partagé. "Il est illusoire de penser qu'une partie minoritaire de la population (les ultrariches, les fonctionnaires, les retraités, les étrangers, etc.) puisse subir tout l'ajustement", précisent-ils. Vu l’ampleur de l’effort, tout le monde devrait être mis à contribution et tous les leviers mobilisés (économies de dépenses, hausse des recettes et dynamisation de la croissance).

La marge de manœuvre pour augmenter les impôts est "réduite", souligne toutefois le rapport, il est donc "prioritaire d'interroger le montant et l'efficience des dépenses publiques", en particulier des dépenses sociales. Ainsi, "à court terme, une désindexation dans le cadre d'une "année blanche" ne devrait pas être a priori exclue en 2027".

"Cela devrait quand même être un aspect majeur de la campagne présidentielle de 2027, estime Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d'analyse économique. Est-ce que les candidats veulent stabiliser la dette, ce qui semble être le minimum d'ambition à se donner ? Et comment comptent-ils y arriver ?"